#3 Actualites Interview

Dauphin Rasolofo : « La philatélie attend des relèves »

Une passion autour de la collection et de l’échange de timbres anciens, en usage et nouveaux est partagée par quelques personnes à Madagascar. Bien qu’il existe ce qu’on appelle « timbres postaux » et « timbres fiscaux », l’art de collectionner des timbres en général se désigne par « philatélie » .

Où en est-on de la philatélie à Madagascar ?

D’abord, il existe ce qu’on appelle l’Association des Philatélistes de Madagascar ou APM. À l’origine, un regroupement de collectionneurs de timbres ou philatélistes a été connu sous le nom de « Liaison philatélique ». Des philatélistes étrangers résidant à Madagascar étaient les membres exclusifs de ce groupement-là. C’est par la suite que des Malgaches, déjà imprégnés de la passion pour la philatélie ou collection de timbres, ont décidé ensemble de se rassembler en vue d’ériger une association de philatélistes. En 1986, l’Association des Philatélistes de Madagascar est donc née. Étant l’actuel président de cette association, je suis investi du devoir de faire fonctionner l’APM.

Le développement de la technologie et du numérique n’entrave-t-il pas l’existence même de la philatélie ?

La technologie et le numérique ne posent aucun problème aux philatélistes. Ce ne sont pas nous qui diffusons les timbres, mais une institution, la Poste. Malgré donc la célérité de l’évolution technologue, la Poste survit partout dans le monde. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication n’empêchent pas le recours aux services postaux qui nécessitent l’usage du timbre.

Le timbre n’est-il pas une espèce en voie de disparution

Même les pays où la proportion de l’accès aux NTIC prend une ampleur considérable, la Poste a toujours sa place et qui dit Poste dit timbre. C’est un cas d’exemple illustrant le fait que, nonobstant la préférence supposée des gens pour les facilités accordées par la technologie, les services postaux et donc l’univers des timbres sont encore connus des générations actuelles.

La philatélie arrive-t-elle alors à s’adapter au rythme de l’évolution technologique ?

Chaque philatéliste définit lui-même la catégorie de timbres qu’il désire collectionner au fil du temps. Il existe plusieurs « thèmes » que les timbres incarnent et pour les timbres d’un thème déterminé, faire de la collection est possible. Il y a ce qu’on appelle la « philatélie classique » consistant à collectionner tous les timbres qui viennent d’être émis. Puis, le philatéliste choisit lui-même de collectionner les timbres selon les thèmes. Ces derniers sont par exemple, le sport, les événements, la faune et la flore, les personnages célèbres. C’est cette collection par thème qui est désignée par le terme « collection thématique ». La technologie est là, et des timbres nouveaux aussi continuent à être émis. Et logiquement c’est ce rythme que le philatéliste suit.

Donc des catégories variées de philatélistes peuvent être rencontrées en fonction des thèmes de timbres ?

Chaque collectionneur est libre dans son choix, c’est là une question de passion. Les variétés de timbres nous responsabilisent aussi. Au-delà de la simple passion pour la collection de timbres, il y a un rôle que les philatélistes jouent. L’APM est sollicité pour la détermination des thèmes à faire paraître dans les timbres prévus à être émis. Et c’est l’administration des postes qui nous appelle.

Y a-t-il une périodicité dans la consultation des philatélistes par rapport à la définition du contenu du timbre à émettre sur le marché ?

L’administration des postes ne sollicite pas uniquement les philatélistes. Il n’y donc pas lieu de consultation régulière à une période précise. La raison en est le fait que plusieurs personnes formulent également des propositions pour les illustrations des timbres existants. Les philatélistes sont consultés, mais la possibilité pour tous d’approcher l’administration des postes est également là, s’agissant de la définition du contenu d’un timbre. Des individus peuvent demander à ce qu’un événement ou autre thème puisse faire l’objet d’un timbre.

Des avantages existent-ils alors pour les philatélistes si tout semble se limiter finalement à la passion ?

La philatélie traduit l’idée de penchant, c’est-à-dire l’on peut avoir un penchant pour la peinture et pour nous philatélistes, les timbres constituent notre centre d’intérêt. Le timbre a une valeur, et un catalogue indique son cours, comme celui de la vanille ou du girofle.

Pouvez-vous être plus explicite ?

Pour un timbre en usage, son prix est indiqué par sa valeur faciale. C’est lorsqu’un timbre n’est plus en usage et se raréfie en conséquence, c’est là que ce timbre monte en valeur. Car il faudrait alors que ce timbre soit recherché chez qui pourrait encore le détenir. C’est à ce moment-là que le philatéliste, collectionneur de son état, dispose d’un objet de valeur. Le timbre devient un objet de valeur lorsqu’il n’est plus en usage.

Peut-on évoquer l’existence d’un « commerce de timbres collectionnés » ?

Ce n’est pas un commerce florissant. À Madagascar, on n’est pas encore arrivé au stade où les timbres collectionnés font l’objet d’une véritable transaction commerciale. C’est un marché encore inexistant comparé à la réalité à l’étranger où il existe des « magasins philatéliques ». Dans la pratique, c’est entre philatélistes que les ventes, achats et rachats de timbres se font.

N’est-on pas là en présence d’un marché existant mais encore fermé ?

En référence aux réalités à l’extérieur, on peut dire qu’il s’agit d’un marché fermé. Mais les échanges entre philatélistes locaux et étrangers existent bel et bien et c’est le marché entre philatélistes.

Peu de gens connaissent la philatélie dans toutes ses dimensions, les philatélistes comptent-ils la vulgariser ?

À l’occasion d’une exposition comme celle qui entre dans le cadre de la célébration de la Journée mondiale de la Poste, les philatélistes font connaître leurs collections. La philatélie se montre à travers les expositions et aucune occasion n’est ratée s’agissant d’exposer et de faire connaître la passion pour les timbres. L’existence de l’Association des Philatélistes de Madagascar est toujours présentée lors des expositions. Il ne faut pas oublier que des philatélistes vivent dans la société malgache. Ils ne sont pas dans un monde à part, mais se retrouvent au cœur même de la communauté qui évolue suivant le temps et les époques.

Comment impliquez-vous les gens dans la prise en considération même de cette « philatélie » existante au sein de la société malgache ?

Les philatélistes sont ouverts à tous. Si quelqu’un désire se documenter sur les timbres, l’APM est là. Nous sommes tous là pour initier tout le monde à la collection de timbres. Nous accueillons à bras ouverts toutes les personnes désireuses ou curieuses de se connaître en « timbres ».

Comment expliquez-vous le processus de collecte de timbres ?

C’est l’association qui facilite la reconnaissance des personnes qui détiennent les timbres recherchés. Sans l’association, il est difficile de deviner quelle personne serait en possession de tel ou tel timbre que l’on recherche. Dans le monde de la collection, on n’a jamais tout. Il faut toujours que l’on se mette à rechercher un ou des timbres afin de compléter une collection que l’on tient beaucoup à cœur. L’Association des Philatélistes de Madagascar est en quelque sorte un lieu de rencontre entre l’offre et la demande en matière de collection de timbres.

Concrètement, comment établit-on une collection déterminée ?

On peut faire une collection suivant les années, ainsi on dispose d’une collection complète par année. Collectionner tous les timbres émis cette année est, par exemple, une manière de faire une collection.

Combien de timbres avez-vous personnellement réussi à collectionner et ce, en combien d’années ?

C’est depuis 1972 que je collectionne des timbres. Je n’arrive plus à compter combien ils sont maintenant.

C’est-à-dire ?

Les timbres que j’ai collectionnés jusque-là remplissent trois armoires. Les extraits sont exposés en ce moment à l’occasion de cette exposition qui coïncide avec la Journée mondiale de la Poste de ce 9 octobre, le jubilé du 145e anniversaire de l’Union Postale Universelle, la célébration des vingt cinq ans du statut de la « Paositra Malagasy ».

Transmettre la philatélie aux générations futures est-il réalisable ?

Le philatéliste, combien même il partage sa passion à son entourage ou à ses enfants, ne reçoit pas toujours la contrepartie escomptée de l’effort. Mes enfants ne sont pas intéressés par les timbres. Il y a un amour spontané pour les timbres et j’en ai connu l’expérience. La première fois où j’ai vu un timbre, la passion est née.

Quels problèmes sont rencontrés dans le monde de la philatélie ?

Le problème financier fait obstacle à la collection de timbres. Trois manières permettent de réaliser une collection : acheter le timbre en usage à la Poste, enlever le timbre à partir d’une enveloppe, acheter un timbre disparu du marché chez une tierce personne. C’est dans ce dernier cas qu’un investissement financier est inévitable. Il faut alors dépenser de l’argent pour acheter un timbre qui n’est plus en usage. À la sortie d’un timbre, c’est toujours mieux d’en faire un achat de deux pièces. Il ne faut pas penser que les timbres ne coûtent que 500 ariary, il existe des timbres qui coûtent 10 000 ariary la pièce. On obtient un bénéfice plus tard lorsqu’une opportunité d’affaires se présente, c’est-à-dire lorsque quelqu’un cherche à acheter l’un des deux exemplaires d’un même timbre que l’on possède.

L’investissement financier est donc capital pour la philatélie ?

À côté du simple timbre, il y a les enveloppes du premier jour et les cartes postales qu’on achète. À une illustration de timbre s’assimile une enveloppe de premier jour dont le coût est maintenant 7000 ariary et une carte postale. C’est là le vif de la collection. Plus d’exemplaires d’un même timbre on a, plus d’éventuels acheteurs on peut espérer.

Et l’échange autour des timbres ?

Quelqu’un peut posséder un timbre que je n’ai pas et vice versa.L’échange naît par conséquent. Il faut acheter ailleurs ce que l’on n’a pas, mais on peut aussi vendre ce que l’on a davantage.

Le recours à l’envoi d’une lettre à la poste est de moins en moins choisi. Contribuez-vous à rappeler la culture postale car la survie des timbres en dépend visiblement ?

L’Association des Philatélistes de Madagascar approche justement les
milieux scolaires pour faire connaître aux générations montantes ce que représentent les timbres, la poste, et surtout la philatélie.

Et les philatélistes de l’époque actuelle, combien sont-ils ?

Une centaine de personnes se sont rassemblées pour créer l’Association des Philatélistes de Madagascar. Avec les étapes de la vie, certains sont décédés, d’autres préoccupés par leur ménage et beaucoup de situations influent sur la philatélie. Actuellement, l’association compte encore une centaine de membres car des philatélistes adhèrent de temps à autre. Le président Didier Ratsiraka est un philatéliste très connu.

Le mot de la fin ?

La relève pose problème. Mais nous comptons sur les générations actuelles et futures pour perpétuer la philatélie. On a besoin de relève pour faire vivre la philatélie à Madagascar.