Reportage

Catastrophes naturelles – Les séismes font trembler

Depuis quelques semaines, des microséismes sont observés dans la partie Nord-ouest de Madagascar. Si cela ne doit pas être pris à la légère, il faut cependant amener la population à ne pas confondre possibilité de séisme et danger imminent

 

Ces derniers temps, le Nord-ouest du pays subit des microséismes fréquents. La terre tremble légèrement, mais cela est senti par bon nombre de la population. Certes, cette réalité nécessite une surveillance particulière par des spécialistes, mais il ne faut pas non plus paniquer. Selon un expert, la possibilité d’un séisme n’est pas à écarter, mais ce n’est pas encore un danger imminent. Encore moins, le signe imminent d’une éruption volcanique.

Crainte
Le tremblement de terre est une vibration du sol due à une fracturation d’une roche en profondeur. Cette fracturation est le résultat d’une accumulation d’énergie qui se libère au moment où le seuil de rupture de la roche souterraine est atteint. Comme la croute terrestre est constituée de plusieurs plaques qui évoluent sans cesse les unes par rapport aux autres, certaines s’écartent et d’autres divergent, voire même coulissent. Ces plaques tectoniques se déplacent régulièrement, de quelques millimètres à quelques centimètres par an, dans la partie supérieure de la croute terrestre, à environ 30km de profondeur. Des failles peuvent exister à cause de la pression d’une énergie cumulée et la déforment progressivement jusqu’à la rupture brutale de cette croute. Les géologues parlent de rupture sismique. Et c’est ce qui se passe actuellement dans le canal de Mozambique, causant des microséismes fréquents, mais à faible magnitude.

Haja, transporteur de Mahajanga, ne cache pas son inquiétude face aux secousses qu’il a senties dernièrement « Depuis un ou deux mois, comme j’ai l’habitude de dormir sur un matelas à même la terre, j’ai maintes fois senti des tremblements de terre, parfois quelque peu intenses, mais la plupart du temps de faibles secousses. Ignorant complètement le mécanisme qui déclenche ce phénomène naturel, je suis très inquiet de la fréquence de la vibration du sol. Les grands séismes qui tuent plusieurs personnes ailleurs, et que j’ai vus dans des reportages télévisés me terrifient. Plus les informations que j’ai lues dans un quotidien, parlent d’une possibilité sinon d’un séisme imminent, plus j’ai l’intention de me barrer de cette région même si c’est au détriment de ma petite entreprise de transport qui se développe. Il serait sans doute judicieux que les spécialistes des séismes informent la population sur les signes précurseurs. C’est plus qu’indispensable à mon avis. Il ne s’agit pas d’effrayer les gens, mais de leur dire la vérité, si le danger est vraiment imminent ou pas. »

Mais ces signes précurseurs existent-ils ? Oui, ils existent bel et bien étant donné que la puissance d’un séisme de magnitude 7 équivaut à plusieurs centaines de fois la bombe atomique d’Hiroshima. Mais la bonne question n’est pas de savoir si les signes existent ou non, mais plutôt si nos observateurs ont la capacité de les connaître avant. A Madagascar, les techniciens possèdent des sismomètres pouvant détecter les vagues de microséismes précédant la rupture majeure. Il est également possible d’entendre des gargouillements provenant de la profondeur de la terre, mais tous ces signes se présentent malheureusement peu de temps avant la rupture majeure, ne laissant pas ainsi aux techniciens le temps d’informer la population de l’imminence du danger. Dans le cas du Canal de Mozambique, cela ne concerne pas seulement la possibilité d’un séisme, mais également le risque de tsunami occasionné par un foyer d’éruption sous-marine. Ainsi, il est toujours très utile d’informer les populations environnantes sur les dispositifs à prendre en cas de séisme de grande envergure ou d’un tsunami, comme le Bureau national de gestion des risques et catastrophes ou BNGRC a récemment effectué. Mais dans tous les cas, il n’y a pas lieu de paniquer car si la crainte d’un danger est pire que le subir, elle empêche de vivre pleinement.

L’avis du spécialiste

Ramanantsoa Andry Harifidy chef de laboratoire de sismologie à l’Institut et observatoire de géophysique d’Antananarivo

« Nous avons observé depuis quelques semaines, plus de 900 secousses dont la plus forte avait une magnitude de 6,2. Nous continuons d’analyser les signaux et les mécanismes au foyer afin d’obtenir la nature et le mouvement des failles. Et selon le résultat préliminaire que nous avons obtenu, il s’agit d’une faille de décrochement. Ce type de faille est rassurant dans la mesure où c’est rare qu’elle cause un Tsunami. Néanmoins, nous continuons à analyser le mécanisme au foyer pour déterminer si la faille serait associée à une faille inverse ou normale pouvant générer un Tsunami. Il est également important de savoir si les épicentres sont en mouvement ou stationnaires. En revanche, il est difficile, voire même impossible de prédire exactement l’apparition d’un séisme ou d’un Tsunami. Et cela malgré les différents signes précurseurs comme les essaims fréquents souvent évocateurs d’une rupture majeure. Notre devoir est de donner au BNGRC les résultats de nos observations ainsi que leurs significations. C’est au Bureau national de prendre les dispositions nécessaires relatives à ces risques naturels. Et nous tenons à rassurer la population que nous observons continuellement ce phénomène ».

Textes par Christian Rija