alaune Politique

Législatives enchantées – L’entrée des artistes

Une floppée d’artistes en scène

Boudées des politiciens, une démarche plutôt inattendue, les législatives vont être dominées par les candidatures indépendantes. Et une percée des vedettes du showbiz local. À fond(s) la musique

Pouvoir. Les Malgaches ressentent le besoin d’en avoir, ne serait-ce que pour une simple considération envers la société sinon l’honneur, pourtant le pouvoir appartient au peuple et c’est lui qui en est le détenteur suprême. Actuellement, c’est le monde à l’envers, l’exercice du pouvoir est devenu l’affaire des riches, autrement dit une affaire de mafiosos car pour se présenter aux élections, il faudrait avoir des centaines de billets en banque, être idéaliste ne suffisant plus. La course contre la montre aux législatives commence. Pour rappel, les premières législatives de l’IVe République de Madagascar ont eu lieu le 20 décembre 2013.
Madagascar venait de sortir de la période transitoire (2009-2013). Cent cinquante et un sièges de députés sont à pourvoir à la Chambre basse, le parti Miaraka amin’i Prezida Rajoelina (Mapar) avait la majorité avec quarante-neuf députés contre vingt et un élus pour le Tiako i Madagasikara (TIM) de l’ancien président Marc Ravalomanana.

Requêtes

Le 18 février 2014, le bras droit du président Rajoelina qu’est Christine Razanamahasoa accède au perchoir, mais à la suite d’une requête déposée à la Haute Cour Constitutionnelle (HCC) suivie de l’annulation des élections qui ont installé ce premier bureau permanent, de nouveaux votes ont eu lieu. Le candidat du parti Leader Fanilo, Jean Max Rakotomamonjy, est arrivé à la tête de l’Assemblée nationale. Le parti au pouvoir de l’époque, celui du président Hery Rajaonarimampianina, le Hery Vaovao ho an’i Madagasikara(HVM), a essayé de former une alliance au sein de l’Assemblée nationale puisqu’il n’y avait aucun député élu sous cette nouvelle couleur politique. Finalement, le HVM a « gagné » une vingtaine de députés. Le mandat de ces parlementaires a pris fin le 5 février à minuit, et les élections législatives se dérouleront le 27 mai. Le bicamérisme est le système appliqué à Madagascar, le Parlement comprenant deux chambres, le Sénat présidé actuellement par Rivo Rakotovao, et l’Assemblée nationale, qui est la troisième Institution de la République.

Des candidats en herbe

Le dépôt de candidature est clos depuis le mardi 12 mars. L’affluence des artistes marquent ces législatives. Entre autres, le roi du Kawitry, Jery Marcoss, est le candidat du Mapar à Antalaha, suivi de celui du Kilalaky, Tsiliva, candidat à Morondava, Jean Aimé à Marovoay pour faire renaitre la notoriété du district de Marovoay du temps de Bruno Rajaonson dit Brun-Ly. Jerry Marcoss et Tsiliva ont joué un rôle important durant la campagne présidentielle de 2018.
Le député de Toliara, qui a été élu sous la couleur indépendante en 2013, qui a choisi d’intégrer le clan Mapar durant la présidentielle, a annoncé sa candidature sous la couleur du Mapar pour ces législatives.

transfuges

Siteny Randrianasoloniaiko, respecté dans l’ancienne province de Toliara et qui a été questeur à l’Assemblée nationale. Kaleta, sera candidat à Taolagnaro. Le parti Freedom présente un candidat à Miarinarivo, en la personne du journaliste Fetra Rakotondrasoa.
À Fandriana, l’Alliance républicaine de Madagascar ou Armada a opté pour Hasimpirenena Rasolomampionona, ancien directeur général du service foncier, comme candidat. L’Armada regroupe les partis Mapar, VPM/ MMM, Hiaraka isika, Avana et le Parti libéral démocrate (PLD). Parmi les personnalités qui ont été écartées, citons entre autres, l’ancienne députée du district d’Antananarivo I, Michelle Ratsivalaka, qui est remplacée par le docteur Jocelyn. Dans le district d’Antananarivo-Atsimondrano, l’association Tsiorintsoa a choisi de présenter Nofilalaina tandis qu’Harijaona Randriarimalala, qui est une ancienne grande figure du régime Hery Vaovao ho an’i Madagasikara (HVM) réputée pour son art de retourner la veste à la dernière minute, a finalement choisi de se représenter sur la liste indépendante. Le parti Antoka sy Dinan’ny Nosy (ADN) a choisi de présenter Victoire Rahelivololona Ramaroson dans l’esprit de la refondation.
La candidate Tatie Vololona met en valeur les femmes dans le développement. Pour le parti TIM, le colonel Emilien Ramboasalama sera son candidat dans le IVe arrondissement d’Antananarivo-ville, tandis que dans le Ve, il s’agit de Fetra Ralambozafimbololona, un conseiller municipal de la commune urbaine d’Antananarivo.
Dans le Ier arrondissement, le parti TIM a renouvelé sa confiance en la personne de Me Hanitra Razafimanantsoa. À Toamasina, le parti Malagasy Tonga Saina (MTS) a choisi de présenter le candidat malheureux à l’élection présidentielle qu’est Roland Ratsiraka. À Mahajanga, le parti Mapar a choisi de redonner confiance à l’ancienne députée Lalao Rahantanirina connue sous le nom de Ninah.
Dans le IIIe arrondissement, l’ancienne députée Aina Rafenomanantsoa, Anyah de son nom d’artiste, sera toujours candidate du parti Mapar. L’ancienne députée a bien été remarquée par son silence, pourtant elle est la représentante du peuple en percevant un salaire avec une indemnité lourde. Pourquoi ce silence continu ? Si bien qu’elle est une artiste reconnue, serait la cause de son mutisme prolongé ? Pour garder la bonne réputation alors qu’en intégrant le parti politique Mapar, elle sera redevable envers ce parti la logique nous tient.
Au niveau du IIe arrondissement Lanto Rakotomanga sera toujours la candidate du clan Rajoelina bien qu’elle a été victime d’une arrestation avec la découverte d’une boite dans sa voiture contenant des milliards au temps de l’ancien régime. Naivo Raholdina sera le candidat du Mapar dans le Ve arrondissement, il est bien marqué par son œuvre sociale sans fin dans cette circonscription par le biais de son association Fafi V. Même s’il se présente dans la liste indépendante, cette « petite grande » personnalité remportera toujours la victoire dans cet arrondissement. Au niveau du IVe arrondissement, Paulbert Rahasimanana dit Rossy sera le candidat du Mapar. La ministre de la Population actuelle, Irma Naharimamy, sera la candidate du régime dans la ville économique de Toamasina. De ce fait, elle devra bientôt déposer sa démission, l’incompatibilité de fonction en sera la cause.

Excès

Les candidats semblent mélanger vitesse et précipitation. L’article 69 de la Constitution de la IVe République stipule que « les membres de l’Assemblée nationale sont élus pour cinq ans au suffrage universel direct. Le régime des scrutins est déterminé par une loi organique. Les membres de l’Assemblée nationale portent le titre de Député de Madagascar ». Les candidats, une fois élus, seront les représentants du peuple à l’Assemblée nationale pendant cinq ans. Ils devront avoir un minimum de connaissances dans le milieu, puisque c’est l’intérêt général, l’intérêt supérieur de la nation, qui sera mis en jeu et le fait d’être célèbre ne suffit pas pour être un législateur. La fonction législative est sacrée, les législateurs votent la loi de finances. La question qui se pose est de savoir combien de ces futurs députés maitrisent et connaissent vraiment ce qu’est la loi organique relative aux lois de finances (LOLF) ? Imagine-t-on un artiste votant la loi de finances ? À chacun son parcours, mais il est constaté que seules quelques-unes de ces artistes ont occupé les bancs de l’université. Peut-on les imaginer en train de contrôler les bleus budgétaires ? Certains n’ont jamais vu de toute leur vie un projet ou un extrait de loi de finances. Si ce n’est pas de la précipitation à l’enrichissement, cela y ressemble. Des critères devraient être établis pour pouvoir se présenter aux élections, qu’elles soient présidentielles, législatives ou communales. Et être riches serait juste un plus. Selon le juriste Herilaza Imbiky, « il faut préparer la relève dans la vie, suivre étape par étape, ne pas se précipiter car chaque chose en son temps et surtout se mettre à l’épreuve ». Le Parlement a une fonction de législateur et le domaine de la loi (loi
organique, loi de finances ou loi ordinaire) nécessite une capacité intellectuelle élevée. Pourtant certains élus ne pensent qu’il suffit de lever la main pour y arriver et qu’en tout cas, c’est le travail le plus facile qui soit. L’initiative des lois n’est pas l’affaire de tous les citoyens. À part la fonction législatrice, le Parlement a aussi une fonction de contrôleur. Comment pourrait-on imaginer que ces personnes qui ne sont même pas passées à l’Université puissent contrôler l’Exécutif ? Peur de l’anarchie, peur de la ploutocratie, peur de l’avenir du pays. 

Editorial