Faits divers

Harcèlement sexuel – Une manifestation de la misogynie de la société

Vonjy Andriamanga au cœur des problèmes de la Jirama

Si dans des pays comme la France ou les États-Unis, le harcèlement sexuel peut conduire à l’effondrement d’une carrière ou de toute une vie pour l’auteur, il faut constater qu’à Madagascar, c’est devenu pratiquement une norme sociale à laquelle la femme doit se plier

«Non. Il n’y a pas de harcèlement sexuel dans l’Administration ! », C’est sur un ton sarcastique qu’une jeune femme, que nous prénommerons Tiana pour préserver sa véritable identité, répond à notre question de savoir si elle s’est sentie harcelée dans le cadre de sa fonction. Travaillant dans l’Administration publique depuis neuf ans, la jeune femme de 32 ans est d’avis que ce que les médias étrangers qualifient de harcèlement, façonne son quotidien. « Cela va de petits mots comme chérie, malala ou encore piso de la part des collègues masculins jusqu’à des coups de fil d’un supérieur hiérarchique à des heures indues, sans parler des contacts physiques déplacés délibérés. » D’après Tiana, cette pratique est tellement ancrée dans les habitudes que personne ne s’en offusque plus.
Pour sa part, Mendrika (un pseudonyme), journaliste, se veut être plus cash en affirmant se sentir harcelée par le regard de certains hommes. Amenée à côtoyer plusieurs hommes « importants », elle déplore que ces derniers se croient parfois tout permis au nom de leur rang au sein de la société. « Cela vaut pour tous, qu’ils soient hommes politiques, hommes d’affaires ou cadres. Certains n’hésitent même pas à demander mon numéro auprès de mon supérieur pour me harceler au téléphone. Mais ce qui me répugne le plus c’est quand ils tiennent des propos obscènes devant moi. Il y a aussi cette manie de chatouiller la paume de la main avec le doigt lors des poignées de mains. »

Vide juridique
S’il y a un endroit où la femme est la plus exposée aux harcèlements, c’est dans la rue. « C’est à en devenir paranoïaque », lance Onja (pseudo), 25 ans. « Il ne se passe pas un jour sans que je ne me fasse siffler dans la rue. Certains hommes n’hésitent pas à m’aborder directement. Je dis non ou je les ignore, mais cela se complique quand ils insistent. » Cette jeune femme affirme même qu’il arrive parfois que des hommes la touchent en pleine rue. « Le plus souvent, c’est la main, mais il m’est arrivé qu’un gars m’a touché les fesses et même l’entre-jambe. C’est déstabilisant ! », Tiana, à qui cela est également arrivé, indique que le pire dans ce genre de situation est que, si elle se plaint auprès de son entourage, la faute finit toujours par lui incomber. « J’entends des phrases comme : tu n’a qu’à ne pas t’habiller comme cela. C’est très frustrant. »
D’un point de vue juridique, le harcèlement sexuel est inscrit dans l’article 333 bis du Code pénal et dans le Code du travail. Il est défini comme toute conduite non souhaitée, de nature sexuelle, qui interfère avec le travail. D’après la magistrate Hasina Andrianarisoa, bien que le harcèlement sexuel soit puni par la loi, peu de femmes portent plainte. « La crainte de perdre son emploi, la honte et le fait de ne pas connaitre la loi en sont les principales raisons », précise-t-elle. D’autant qu’il n’est pas facile de prouver un acte de harcèlement sexuel. « En matière pénale, on peut utiliser les sms ou les mails échangés, des photos, des enregistrements ou encore des témoignages comme preuve. » Pour Hasina Andrianarisoa, les armes juridiques pour lutter contre le harcèlement sexuel à Madagascar ne sont pas assez fournies. « Il y a un vide juridique qui ne prend pas en compte tous les aspects du harcèlement, ces petits gestes et comportements qui instaurent un environnement malsain au travail. » Pour ce qui est des attouchements dans les rues et les endroits publics, la magistrate explique que cela peut être assimilé à un attentat à la pudeur et c’est inscrit dans l’article 331 alinéa 1 du Code pénal. « Pour ce genre de situation par contre, il y a beaucoup plus de plaintes enregistrées. »
Tolotra Andrianalizah