Dossier

Consommation – Le marché juteux des litchis

Les réformes de la filière litchis semblent avoir porté leurs fruits. Même si sur le marché
international, le label malgache éprouve des difficultés à s’imposer

Peut mieux faire. La campagne de récolte et de commercialisation du fruit de Noël bat son plein
présentement. Cependant, malgré des projections assez rassurantes effectuées par les techniciens de la filière, il y a quelques mois, la réalité sur le terrain est tout autre.
La dernière prospection effectuée par le Centre technique horticole de Toamasina (CTHT) quant à la situation du litchi dans la région, a fait état d’une campagne non précoce ainsi que d’une fructification normale en termes
de quantité de fruits disponibles. La campagne « par bateau » qui constitue le principal moyen de fret de cette denrée, active tous les acteurs du secteur dans la région Est et Sud-est du pays. Au total, les producteurs malgaches devraient exporter 17 000 tonnes de litchis vers le vieux continent pour la campagne en cours. D’après les prévisions du Groupe d’exportateurs malgaches de litchi (GEL), la moitié de la production vient de Toamasina (région Atsinanana), tandis que 40 % viennent de Manakara (Sud-est) et les dix derniers pour cent proviennent de l’Anosy (Taolagnaro) dans le Sud du pays. Et d’autres régions.

L’Atsinanana en pole position

Cours moyen du letchis en Europe

Pour atteindre rapidement la production à commercialiser, la plupart des collecteurs préfèrent se concentrer sur les régions Atsinanana et Analanjirofo dans la mesure où elles représentent le moins de difficulté en termes d’acheminement jusqu’au grand port qu’est Toamasina. Ainsi, les 40 % de Manakara et du Sud du pays auront du mal à s’exporter vers l’Europe sauf au cas où les opérateurs optent pour un fret « par avion ». Une option qui sera beaucoup plus coûteuse et que peu d’entre eux prendront en compte. Pourtant, la demande du marché est en constante évolution. Trente mille tonnes sont ainsi prévues pour couvrir les marchés européen, russe, et même celui de Dubaï. Madagascar de son côté produit entre quatre vingt mille et cent mille tonnes par an, mais faute d’infrastructure et parfois recalés dans le volet qualité, les produits de la Grande ile ne s’écoulent finalement que sur le marché local.
Selon le CTHT, « sur mille cinq cent quarante huit pieds adultes productifs, six cent vingt neuf pieds se trouvent dans la région de Brickaville, cinq cent treize pieds dans celle de Fenoarivo-atsinanana et quatre cent six pieds dans celle de Toamasina. La répartition des fruits prélevés en fonction de leur diamètre maximal, indique que le diamètre de la population se situe à cette date entre 21 et 31 mm avec une moyenne d’environ 27 mm, ce qui indique une forte accélération du développement des fruits. Cependant peu de fruits ont atteint leur
développement maximal ».

Laissés pour compte

Déjà en pleine saison et les retombées tardent à se faire ressentir. Les producteurs de la région Atsinanana tirent la sonnette d’alarme par rapport aux blocages qu’ils rencontrent dans le commerce de leurs produits. «Le prix du letchi est fixé par les collecteurs entre mille et mille quatre cents ariary le kilo auprès des producteurs. Arrivé en Europe, ce même letchi se vend avec une moyenne de vingt euros. Imaginez le gap et le manque à gagner des producteurs locaux», s’insurge Edwige Raharisoa, membre du groupement des femmes entrepreneures de Toamasina. Selon ces opérateurs, tous les avantages vont dans les poches des collecteurs. De leur côté, les producteurs sont pourtant sommés de respecter les normes internationales afin que leurs produits soient crédibles sur le marché international, surtout européen. Cependant, ces normes nécessitent de coûteux investissements. Tant sur les transports, le conditionnement ou encore la manutention alors que les prix d’achat restent au plus bas. Il serait intéressant que ce soient les autorités qui fixent ce prix minima d’achat dans un élan de protectionnisme, mais les doléances des producteurs de base sont rarement prises en compte par l’État qui préfère écouter les groupements professionnels majoritairement constitués d’opérateurs étrangers. En effet, ne durant en moyenne que deux mois, la saison du fruit de Noël gagnerait à être mieux exploitée avec une meilleure préparation au niveau des infrastructures. La Grande île ne peut exporter qu’un peu moins de vingt mille tonnes sur cent mille tonnes de production. D’un autre côté, ces vingt mille tonnes ne couvrant pas la demande du marché habituel, ces clients se tourneront alors vers les autres pays producteurs, à l’instar de l’Afrique du Sud.

Échos de campagne

Les producteurs sont parfois trop lesé entre les prix imposés par les collecteurs et les normes de qualité recquis pour l’exportation

Les letchis de Madagascar s’imposent comme la source principale d’approvisionnement en Europe avec des volumes déjà importants. La qualité des fruits s’avère correcte, mais comme souvent en début de campagne, de calibres peu élevés. Les produits malgaches ont été rapidement dirigés vers les différents secteurs de distributions: exportations, chaines nationales de supermarchés et marché de gros. L’Italie, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique ont été ainsi approvisionnés. La dispersion des ventes a, semble-t-il, favorisé l’écoulement de ces premières réceptions. Les prix d’attaque de cette nouvelle campagne sont identiques à ceux pratiqués durant la saison 2017/18. En marge de cet approvisionnement majeur, les litchis des autres provenances se sont commercialisés plutôt sur les marchés de gros. L’Afrique du Sud a modifié son offre variétale en passant de la variété « Early Delight » à la variété « Mauritius ». Le poids de l’approvisionnement global a entraîné une légère érosion des prix de vente. L’ile Maurice a poursuivi ses expéditions avec, comme la semaine dernière, des fruits
présentés en bouquet dont les prix se sont progressivement infléchis. Vendus autour de 14,00€/kg en début de semaine, ces produits se négociaient autour de 10,00€/ kg en fin de semaine du fait, notamment, de l’attitude
attentiste des marchés de gros.

Par Harilalaina Rakotobe