Interview

Lainkana Zafivanona Ernest – «  La Douane se doit de confirmer sa crédibilité »

pour renforcer la politique de la transparence, nous établirons un contrat de performance à tous les niveaux de nos services

Le nouveau directeur général des douanes démarre sur les chapeaux de roues. Pour maintenir la performance de son service, il préconise la sécurisation des recettes en optimisant ces dernières ainsi qu’à la mise en place de certaines réformes en vue de renforcer la conception de transparence au sein de l’Administration douanière

pour renforcer la politique
de la transparence, nous établirons un contrat de performance
à tous les niveaux de nos services

Pourriez-vous présenter la douane malgache d’aujourd’hui ?

Du fait de l’économie à trait extraverti du pays, le volume d’importation est chez nous beaucoup important. Ce qui positionne la douane comme un contributeur aux recettes de l’État à hauteur de 48% contre 52% pour les impôts. Tout cela pour dire que l’entité que je dirige joue un rôle de régulateur de l’économie. Si l’État adopte une politique protectionniste dans un secteur d’activité local précis, il pourra alors réviser les droits des douanes à la hausse sur les importations, en limitant les exportations. Ce qui aura pour effet d’augmenter la demande locale et par conséquent la relance de ce secteur d’activité précis. Par ailleurs, la douane se fixe quatre missions principales, dont la sécurisation de la recette douanière à travers l’optimisation de cette dernière.

Vos attributions?

La DGD se doit aussi d’assurer la sécurisation de la population en faisant respecter les règlementations en vigueur. En l’occurrence l’interdiction d’importations de véhicules d’occasion ou de produits de consommation non conformes. La troisième mission concerne la facilitation des échanges dans le contexte de la politique de mondialisation. Sur ce point, la douane est un outil de fluidification de tous les commerces, que ce soit à l’import ou à l’export. Ceci dans l’optique de faciliter les procédures pour les opérateurs sans exception. Pour finir, la DGD fait aussi partie intégrante des outils de protection des ressources naturelles du pays à travers les différents niveaux de contrôle quant à l’exportation de ces ressources. Qu’il s’agisse de produits miniers ou encore de la faune et de la flore.

Quelles sont vos priorités pour rendre l’Administration douanière plus performante ?

Sur ce point, la sécurisation de la recette doit passer en priorité. Selon nos observations, les recettes de la DGD ne sont pas encore optimales. Présentement la douane travaille à partir d’un système de BSC (Bordereau de Suivi des Cargaisons) développé par GASYNET pour assurer le suivi des cargaisons à destination de la République de Madagascar. Ce système peut encore être amélioré à travers l’accélération des délais de traitement de dossiers des marchandises par le Service du Renseignement et de l’Analyse des Risques (SRAR) à partir des déclarations émises par les opérateurs. Sinon au-delà de cette mission de contrôle, nous envisageons la mise en place d’un statut particulier pour tous nos agents, à l’instar du corps des magistrats par exemple.

Un statut particulier pour un traitement particulier ?

Pour le moment la douane est régie par le statut général de la fonction publique (FOP). Pour être clair, ne serait ce qu’au sujet des sanctions, les agents de la douane doivent se conformer au tableau de sanctions de la FOP alors que notre métier a ces propres spécificités que les personnes en charge des arbitrages sur ces fautes professionnelles auront du mal à cerner. D’où notre projet de mise en place d’une gestion interne de tous les cas RH dans notre corps de métier. Ce qui impactera logiquement sur l’amélioration des systèmes de recrutement à la DGD dans la mesure où les qualificatifs requis pour intégrer la douane sont plutôt généralistes pour le moment alors que nous sommes souvent en charge de domaines nécessitant la maîtrise d’une certaine spécialité chez nos agents.

Et pour les autres points prioritaires de la DGD ?

La carte de la transparence est pour nous primordiale pour confirmer la crédibilité de notre service. Pour ce faire, la mise en place du concept d’open data sera effective sous peu. Grâce à ce système, les restrictions d’informations seront peu à peu abandonnées. Concrètement un dossier de déclaration déposé à la DGD sera accessible à tous les services et non seulement ceux qui seront en charge du traitement. Ce qui réduira inévitablement les risques de tentatives de fraude à tous les niveaux, que ce soit chez les agents de la douane que des déclarants et opérateurs. Un système qui sera accompagné par l’installation d’un centre de surveillance et de monitoring en temps réel des recettes journalières ainsi que de tous les services de la DGD ainsi que d’un service de redevabilité adressé aux consommateurs à travers la mise en place d’un numéro vert.

Qu’en est-il de la lutte contre la corruption, en vogue depuis l’installation du nouveau régime ?

La politique de la tolérance zéro émis par le pouvoir central a été reçu, compris et pris en compte. La DGD suivra cette vague bien évidement. Aucun traitement inégalitaire ne sera appliqué. Que ce soit au niveau de nos propres agents qu’au niveau des opérateurs. Nous agirons sans concession face aux personnes qui seront encore tentées de sortir des sentiers battus. Par ailleurs, pour renforcer la politique de la transparence, nous établirons un contrat de performance à tous les niveaux de nos services. Des objectifs que nos agents signeront individuellement et que l’on devra atteindre dans un certain délai.

un outil de fluidification
de tous les commerces
que ce soit à l’import ou à l’export

Est-ce que l’entité que vous dirigez est prête à faire face aux évolutions futures comme l’extension du port de Toamasina avec l’augmentation du volume des échanges commerciaux ?

Il est important de souligner quelques points par rapport à ce projet d’extension. L’envergure des travaux pour commencer et ensuite les mesures d’accompagnement obligatoires qui doivent suivre. Une fois que le projet arrivera à son terme, le port de Toamasina pourra alors prétendre au statut de port d’éclatement à l’instar de Port Louis à Maurice ou encore le port de Longoni à Mayotte. A partir de là, le service des douanes agira en conséquence en renforçant la capacité de traitement des dossiers, des contrôles et des suivis que nous assurons déjà au quotidien.

Des bruits malveillants courent sur votre carrière professionnelle. Votre réponse à vos détracteurs ?

Dans une mesure disciplinaire, il peut y avoir plusieurs procédures à suivre. Procédures auxquelles je n’ai été sujet, à ma connaissance. Concernant ladite « affectation disciplinaire » dont j’ai été l’objet après mon poste en tant que receveur à la douane de Vohémar, c’était une initiative personnelle et c’est pour les mêmes raisons personnelles que j’ai demandé à être transféré ailleurs. Des échanges de mails entre ma personne et mon prédécesseur faisant foi. En effet, il est fort possible que mon ancien poste à responsabilité ait pu susciter la jalousie chez certaines personnes d’où ces rumeurs pour entacher mon parcours.

Des grèves corporatistes ont eu lieu l’année dernière. Dans quel état se trouvent vos relations avec les syndicalistes ?
Le bureau du syndicat vient d’être renouvelé après l’élection qui s’est déroulée la semaine dernière. Cependant, le président du SEMPIDOU a été reconduit à son poste. Président qui n’a aucun souci, personnel ou professionnel avec ma personne. À l’époque où j’étais en poste à Vohémar, j’étais même un des rares inspecteurs à assister à des évènements intersyndicaux. Le côté humain est aussi d’une importance capitale à la douane. Principe revendiqué, bien entendu par le syndicat. D’un autre côté le Staff de la DGD se doit aussi de trouver le juste milieu entre l’accomplissement de la mission première de la douane en tant que régulateur économique d’un côté et les revendications syndicales de l’autre.

Que pensez-vous des nouvelles impositions de certains produits importés qui ruinent l’industrie nationale ?

Personnellement, il y a encore beaucoup de lacunes par rapport à notre politique de protection des ressources. Notamment dans le domaine des industries minières. Il serait peut être judicieux de revoir les déclarations de valeurs formulées par les opérateurs dans ce secteur. Cependant, il ne s’agit pas d’imposer une augmentation à travers une décision unilatérale mais de procéder à des dialogues de consensus avec ces mêmes opérateurs. L’objectif de la douane reste toujours la sécurisation des recettes. Une fois que cette recette s’avère être à son point optimal, on pourra alors suggérer la mise en place d’un dialogue visant à la révision des taxes à l’export de ces produits miniers.

Propos recueillis par Harilalaina Rakotobe. Photos Sergio Maryl