Découverte

Ambohimanoa – La majestueuse 
Marovatana

A  une quarantaine de kilomËtres de la capitale, sur la RN4 
la colline díAmbohimanoa domine la contrÈe du Marovatana 
en offrant une vue imprenable sur le lit de líIkopa. Quelques heures de marche sur les plaines arides et rocailleuses de la rÈgion furent 
un rÈel ravissement pour les randoneurs de l’ORTANA

Synonyme d’évasion, les découvertes de sentiers en pleine nature inspirent grandement les citadins avides de liberté. Les chants d’oiseau de bon matin accueillant les marcheurs de l’office régional du tourisme d’Analamanga sur les abords du village d’Ambohimahavelona aura procuré à ces derniers les premières motivations pour gravir les hauteurs de la colline d’Ambohimanoa. Surplombant les hauteurs du Marovatana dans la région Nord-Ouest de la capitale, Ambohimanoa trône à plus de mille cinq cents mètres d’altitude en dominant cette contrée et offre une vue panoramique imprenable sur la rivière Ikopa arrosant les plaines qu’elle traverse. Dès les premières marches depuis la plaine d’Ambohimahavelona, la randonnée, offre un sentiment de liberté face à la nature, à la contemplation des vestiges du passé qui font la beauté de cette région avec les fameuses « Tamboho ».

 

 

 

 

en marche

 

Ambohimanoa trônant à quelques kilomètres de la plaine laisse entendre déjà cette drôle de sensation de départ en voyage provoquant un mélange d’excitation et d’impatience chez les randonneurs de l’Ortana. Tout le monde est en alerte, sur les sentiers, on s’émerveille devant un simple tronc d’arbre ou encore devant ces crevasses d’autrefois qui servaient de système de défense aux villageois de l’époque.  On écoute le chant des oiseaux ou le vent dans les arbres. On pénètre dans le village au pied de la colline avant d’attaquer la pente abrupte en guise de plat de résistance de cette randonnée.   Certains passages d’un sentier sont une épreuve. Les distances, le soleil qui commence à faire des siennes en approchant midi, l’altitude…

Autant d’éléments qui ralentissent  les valeureux marcheurs en chemin. Le départ de cette montée était relativement facile. Idéalement faite pour les randonnées en famille. Le sentier s’élève assez vite et offre de superbes vues sur le village et les environnements avec les collines d’Ambohidratrimo et celle d’Antananarivo à l’horizon.  Devant nous, sous un ciel toujours bleu et un soleil en pleine forme, les BoyScouts descendent la plaine au galop et en chantant. Eux aussi venaient d’apprécier la vue imprenable offerte par Ambohimanoa dont nous allions nous délecter sous peu.  Il y avait longtemps qu’on voulait le faire, aller respirer l’air là haut, loin des autos, de la poussière.

Ca fait maintenant deux heures qu’on crapahute, sans presque jamais s’arrêter. Plus on monte et plus le chemin se fait étroit. La verdure de la plaine revient peu à peu en altitude.

Comme l’heure du déjeuner a presque sonné, on décide de pique-niquer sous l’ombre de quelques arbres survivants après l’installation d’un pylône servant d’antenne relais au beau milieu d’un site historique dévasté. Après plus d’une  heure d’observation, de multiples photos et un en-cas bien mérité il est temps de nous remettre en route.

 

Descente ardu

 

 

 

 

 

 

 

Au bout de cette descente pentue, tout n’est que minéralité. à l’horizon, la rivière Ikopa tente tant bien que mal de se frayer un passage dans un magma minéral. De ce fait, vu depuis le sentier, il ressemble à un modeste ruisseau. Prudence aussi car au sein de ce paysage limite lunaire composé de parois rocheuses ou de nombreux rochers instables, est parfois trompeur les marcheurs, ce qui nous oblige à les éviter en slalomant soit à carrément les enjamber quand les slaloms ne suffisent plus. C’est l’instant que l’on choisit pour pouvroir réellement sortir des sentiers battus en cherchant des raccourcis par là par ci.

Par ailleurs, le contraste est saisissant car ces branches entièrement desséchées et totalement noirâtres se dressent comme des fantômes au sein d’une basse végétation, soit déjà bien verte soit jaunie quand il s’agit de graminées. Dans ces conditions, avancer vers les premiers champs de culture de Soavinimerina (notre destination finale) s’effectue au ralenti, mais en définitive les terrains plats on les devine plus qu’on ne les voit quand aux chaos rocheux, aucun n’est pareil mais les randonneurs, par curiosité, viennent constamment y chercher ce que dame Nature a bien pu y sculpter.  Plus loin c’est un menhir identique à celui d’Obélix, là une simple roche en équilibre. Autant de paysages particuliers qui ne peuvent que susciter l’émerveillement au milieu de ces quelques dizaines de kilomètres de marche dans le Marovatana. Bref, l’itinéraire se faufile au sein d’une végétation très bizarrement disparate. Parfois le sentier est encadré de magnifiques terres d’un jaune flamboyant et parfois c’est bonjour tristesse avec essentiellement des couleurs ternes comme le noir d’un incendie ou le vert sombre de plantes arbustives naines.

 

Site dévasté

Face aux risques naturels ou d’origine humaine qui les menacent, les vestiges et monuments du passé voient s’affirmer leur valeur culturelle et identitaire, ce qui leur permet de bénéficier de mesures de contrôle et de protection juridique. Cependant pour le site sacré d’Ambohimanoa, le cas est tout autre. En effet, au sommet de cette colline a été installé un pylône servant de support à des antennes de retransmission de signal de télécommunication. Par ailleurs, à cause de l’installation de ce pylône, une grande partie du sommet de la colline d’Ambohimanoa a été défrichée et clôturée avec des barbelés pour des raisons de sécurité. Ainsi, le contrôle et la gestion de ce patrimoine gagnerait beaucoup à revoir les législations en vigueur dans l’optique de préservation de ce vestige anthropologique. Par ailleurs, les atteintes à l’intégrité des sites ce genre dispersés dans la nature nécessitent d’exiger l’application des lois face à des entreprises de travaux peu scrupuleuses ou des pilleurs et receleurs de vestiges anciens. Une préoccupation qui devrait se trouver dans les priorités des premiers responsables.

 

Vélo d’abord

Ras-le-bol des bouchons, du bruit et de la pollution. Ici presque pas de voitures, tout le monde se déplace à vélo, à pied ou en canaux, tout est pensé pour vivre sa vie de manière simple et sereine. Avec la quasi absence de voitures limitant non seulement le trafic, mais également l’influence industrielle et donc la présence de pollution. La prédominance des vélos était ainsi un petit choc culturel. En effet, nous sommes passés de la bruillante Mahitsy  et ses poids lourds à profusion sur la RN4 à la paisible Soavinimerina où le principal moyen de locomotion reste les deux roues à la force des jambes alors que quelques kilomètres seulement séparent les deux bourgades.

 

Pour l’histoire, c’est à partir des minéraux d’Ambohimanoa qu’a été fabriquée la fameuse couronne des Ranavalona.

 

« Sortir du quotidien comme cela, est l’antidote suprême au monde moderne ultra connecté. C’est l’effort, le repos, le feu et l’apaisement. La randonnée c’est l’expérience de la liberté et l’endroit de l’introspection une fois arrivé au sommet de l’objectif  »

Par Harilalaina Rakotobe / Photos : Tojo Razafindratsimba