Editorial

Ils se plantent

Un défi majeur. Une véritable gageure. Mettre sous terre soixante millions de jeunes plants durant la campagne de reboisement qui démarre ce week-end. Pour marquer le 60e anniversaire de l’Indépendance. Aucune précision sur la durée de l’opération, encore moins sur les participants à ce gigantesque élan national au profit de la nature et de l’environnement. Déjà une question vient à l’esprit. Les offres des pépinières aux quatre coins du pays peuvent-elles répondre à une telle demande tout à fait hors norme? Dans l’affirmatif, ce serait une manne financière venue de nulle part pour les pépiniéristes en herbe. Ils seront récompensés du dur labeur qu’ils ont mené depuis des années. Au moins 1 000 ariary l’unité, selon les précisions fournies.

Marc Ravalomanana, lors d’une rencontre internationale à Durban sur l’environnement, devant les sommités de la lutte contre le changement climatique, a fait une déclaration sensationnelle. Il a promis de décupler la surface des aires protégées à Madagascar. Pour obtenir des financements consistants de la part des bailleurs de fonds. Car une telle initiative d’apparence salutaire pouvait être utopique. Cela aurait pu dépasser la superficie totale du territoire national. Mais Marc Ravalomanana a pourtant obtenu un rachat de la dette malgache au profit des actions pour la préservation de l’environnement. Ou ce qui en reste.

Sur le plan pratique et concret, cette solution, le reboisement, a déjà été adoptée par les régimes successifs. Avec peu d’efficacité. Car les espaces verts n’ont cessé de diminuer. Alors que l’érosion et la désertification continuent de progresser à pas de géant. Il est indéniable que le reboisement a toujours été une échappatoire toute indiquée pour fonctionnaires et salariés du privé qui veulent se libérer un peu de la monotonie du bureau. De fuir une ambiance morose. D’oublier le stress du quotidien. Aussi, tout est-il fait en deux temps trois mouvements, sans les préparatifs techniques requis pour passer au plus vite à l’essentiel. Un pique-nique géant à l’air frais et vivifiant de la campagne. Loin de la pollution, où tout le monde joint l’inutile et l’agréable. Fier et soulagé d’avoir accompli son devoir envers la nation. Des publireportages accompagnent la campagne en question.

Combien parmi ces repiquages ou semis, un procédé envisagé, faits à la va-vite, vont-ils atteindre l’âge adulte? Outre cette question de survie, les « plus chanceux », si l’on peut dire, peuvent être anéantis par les feux de brousse ou la culture sur brûlis. Sans compter la production à la hausse du charbon de bois et du bois de chauffe, poussée par l’essor démographique. Le gaz étant encore soumis à la TVA de 20%, alors que le projet de loi de finances 2020 a prévu de la supprimer, l’acheter et l’acquérir reste un privilège pour les nantis de la société.

Les Malgaches qui vivent au jour le jour, sont-ils obligés de se préoccuper de l’avenir de la planète? Alors qu’ils subissent les nuisances de l’industrialisation excessive des pays « capitalistes », occidentaux et autres. Par l’émission sans limite des gaz à effet de serre. Les différents Accords conclus à l’issue des « COP » laissent les Malgaches indifférents.

D’autant qu’ils ont été remis en cause par leurs propres signataires. Les Malgaches ne se sentent pas concernés par ces gesticulations qui dépassent leurs capacités d’analyse et d’anticipation. Pour beaucoup d’entre eux, la lutte contre la pauvreté doit être gagnée avant de s’intéresser à un autre sujet. Comme le réchauffement climatique. Eh oui! Madagascar est un monde à part.  

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