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Tendances politiques – Rivo Rakotovao encourage l’opposition extraparlementaire

Alors qu’il est le deuxième personnage de la République, le président de la Chambre haute réfute la seule prise en compte des rapports de force existants à l’intérieur du pouvoir législatif. Il évoque le prétexte d’une nécessaire implication des politiciens et de la société civile pour asseoir la place de l’opposition.

E ntre probable navette parlementaire et débat polémique, le pouvoir législatif est censé entériner l’assise de la démocratie en favorisant l’octroi de la parole aux élus, représentants légaux et légitimes des collectivités et des électeurs. Rivo Rakotovao, actuel président du Sénat et seul rescapé détenteur d’un poste parmi les grandes figures du HVM, semble aller à l’encontre de l’image des institutions dans lesquelles sont hébergés, et ce selon la Constitution de la IVe République, les débats démocratiques entre mandants.

Il clame devant le gouvernement et les sénateurs qui ne portent plus de cravate bleue, « l’inclusion de tous les politiciens pour débattre, dans un délai suffisant, le statut de l’opposition car celle-ci garantit la démocratie ». Les opérations électorales sont pourtant l’étape pour conduire des personnes éligibles aux sièges de parlementaires d’un électorat constitutionnellement défini. Rivo Rakotovao entend considérer le Parlement, notamment l’institution qu’il dirige, comme un espace de concertation entre des gens ayant intérêt à se ranger dans l’opposition.

Animosités

La Haute Cour Constitutionnelle a déjà signifié la reconnaissance de l’opposition uniquement institutionnelle. Cependant, le président du Sénat commence à agir non, en chef d’institution devant être respectueux de la Constitution, mais en porte-voix de ceux qui ne font pas partie de la majorité au pouvoir. Superficiellement à majorité HVM au départ, l e S é n a t a c t u e l c o m p t e plusieurs personnes qui ont déjà tourné leurs vestes en faveur du président de la République nouvellement élu il y a sept mois. La survie actuelle du Sénat peut pourtant, rapidement prendre fin, pas seulement avec le décret de réduction des sénateurs au nombre de dix-huit, mais avec la révision constitutionnelle désormais possible avec l’existence des parlementaires à majorité prorégime à l’Assemblée Nationale et au Sénat. Des coupes budgétaires- justifiant l’attitude de Rivo Rakotovao contre l’Exécutif- s’abattent déjà sur le Sénat.

Rivo Rakotovao a déjà rejeté son titre de chef du parti HVM l’an passé, ce parti qui compte plusieurs sénateurs aurait pu constituer une forte opposition à la Chambre haute. L’ouverture de la session extraordinaire de douze jours est pour Rivo Rakotovao, l’occasion choisie pour agir directement face au gouvernement. « Le Sénat ne va pas se d resse r en opposition, il assure son rôle prévu par la Constitution à l’égard du gouvernement », persiste Rivo Rakotovao. Se disant perplexe par rapport à la proposition de loi sur l’opposition et la célérité de l’arrivée de celle-ci entre les mains du gouvernement, Rivo Rakotovao promet un débat houleux sur le texte. Il va jusqu’à dénoncer « les machinations visant à dicter ce que l’on veut lorsqu’on est en grand nombre ». Rivo Rakotovao est même allé loin en prônant « l’ouverture de l’opposition aux forces politiques existantes ».

Mis en quarantaine

Entrant en contradiction avec la Constitution qui place l’opposition dans les institutions en consacrant un siège à son leader à l’Assemblée nationale, Rivo Rakotovao veut intégrer des personnes non élues dans le cadre légal permis à l’opposition. Les sénateurs HVM n’osent plus s’afficher comme tels pour pouvoir constituer une opposition forte au Sénat. Déjà que des sénateurs de la même famille politique que Rivo Rakotovao ont renié celui-ci. Un coup de force par l’inscription, à l’ordre du jour de la session, du renouvellement du bureau permanent, suffit à faire basculer la présidence du Sénat au profit des pro-Rajoelina. Le Parlement a pour rôle de favoriser le débat démocratique, lequel doit se passer dans les institutions de la République; et l’Assemblée et le Sénat sont les espaces prévus par les dispositions constitutionnelles où ce débat est accessible aux « élus », désignés par voie d’élection.

Flou

Les individus se revendiquant d’appartenir à cinquante partis politiques formant l’opposition ne sont pas des élus. L’encadrement des opposants en dehors des institutions est oublié par la loi sur le statut de l’opposition et son texte de remplacement, dont la lecture dans les deux Chambres a lieu pendant la session extraordinaire de douze jours. Le député Jean Brunelle Razafitsiandraofa, instigateur de la modification de la loi sur le statut de l’opposition, s’est engagé à affirmer «l’utilité de redéfinir l’étendue de la fonction du chef de l’opposition, ses droits et ses devoirs ». Ce député qui a représenté la présidente de l’Assemblée nationale à l’ouverture de la session extraordinaire au Sénat est la cible principale des rappels à l’ordre de Rivo Rakotovao qui se pose en défenseur de la démocratie et de la République.