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Finances publiques, intérêts privés

ichard Randriamandrato, ministre des Finances, du budget et de l’économie, encore une fois, a démontré ses défaillances techniques inquiétantes eu égard à ses responsabilités au sein du gouvernement. Il a commencé par des consultations élargies pour élaborer le projet de Loi de finances initiale pour l’année prochaine. À présenter devant les députés à leur session ordinaire du mois d’octobre. Il a donc pris le temps nécessaire pour s’y pencher. Il fut des moments, durant la gouvernance de Roger Kolo, que les documents relatifs aux mécanismes budgétaires n’arrivent au Palais de Tsimbazaza que durant la dernière semaine de décembre où tout le monde s’affaire aux préparatifs des fêtes de fin d’année.

En tout cas, rares parmi les députés de la législature sortante avaient les aptitudes intellectuelles requises pour faire une analyse objective d’un si volumineux dossier, bourré de chiffres et d’expressions ou de formulations propres aux « initiés » en la matière. Pour dissimuler leurs incompétences de notoriété publique, ces courtisans du régime HVM ont adopté un procédé unique et inique. L’adoption sans amendement des contradictions gouvernementales.

Richard Randriamandrato, par ces « sondages d’opinion », admet de fait qu’il n’a pas trop d’idées novatrices pour échafauder des textes répondant aux attentes du plus grand nombre. Il va chiper les géniales propositions des autres pour s’arroger, par la suite, leur paternité. Mais ces manœuvres, sinon ces manigances au niveau de chaque région, viseraient aussi à avoir la caution des participants à ces rencontres « informelles ». Car, dans tous les cas de figure, le gouvernement a déjà des schémas préétablis. Il n’a jamais pris en compte, par exemple, les recommandations des Groupements des opérateurs économiques. Pourtant, leurs représentants ont été invités par les députés à participer aux travaux de commission.

Richard Randriamandrato, un peu échaudé par la dissection faite par une plateforme de la société civile sur la Loi de finances rectificative 2019 dont il a été le principal architecte, souhaite ratisser large. Plusieurs points contredisant les objectifs présidentiels ont été soulevés par l’œil vigilant des observateurs indépendants. Comme la diminution conséquente du volume des « enveloppes » allouées à l’éducation nationale et à la santé publique, en faveur de la présidence de la République et du ministère des Finances, du budget et de l’économie. Comme quoi, charité bien ordonnée commence par soi-même.

Des leaders syndicaux au sein de la Fonction publique, rassemblant des fonctionnaires sous-fifres, ont dénoncé à maintes fois les énormes avantages des employés des ministères chouchoutés et leurs organismes rattachés. Par rapport aux autres pour les mêmes qualifications et les mêmes diplômes. D’où les revendications pour l’alignement des grilles indiciaires, devenu un sujet incendiaire lors des derniers mois du mandat du président Hery Rajaonarimampianina. Les laissés-pour-compte de la Fonction publique n’apprécient plus les hausses des salaires du début de l’année. Eux qui attendaient depuis 1991 où ils ont pu bloquer la machine administrative par une grève générale illimitée, décrétée depuis la Place du Treize-Mai, une refonte totale de leur statut général.

Sur le plan macroéconomique, un taux de croissance de 6 % du Produit intérieur brut serait attendu l’année prochaine. Ce qui n’a rien d’exceptionnel et ne répond pas à la détermination affichée par Andry Rajoelina d’aller plus vite dans la course au développement. Cette année, l’amplitude de l’impulsion envisagée oscillerait autour des 5,2%. Les pays émergents ont réalisé un taux de croissance à deux chiffres de leur économie globale durant les premières années de leur décollage. Cette prévision pour le moins prudente s’expliquerait alors par une progression poussive des secteurs nourriciers de cette progression. Comme les exportations du textile et des produits de rente, le tourisme ou les offres de services, en l’occurrence les conditions intéressantes pour les activités de télécommunications… Les exploitations minières, en dépit d’un potentiel varié et abondant, ne contribuent que très peu à cette relance espérée depuis des années.

Richard Randriamandrato sera ainsi jugé sur pièces. Il aura d’abord la lourde charge de cadrer ses arguments avec les visées de la Politique générale de l’État, PGE, exposée par le Premier ministre Christian Ntsay, mais préfabriquée et mise au point par les équipes de la présidence de la République. Puis, convaincre les bailleurs de fonds et les partenaires techniques du bien-fondé de ses mesures à mettre en œuvre. Ce sera le premier vrai test pour lui. Pour le moment, il a hérité des performances des gouvernements HVM. Qui ont obtenu la Facilité élargie de crédit, FEC, auprès du Fonds monétaire international, FMI. Enfin, il ne devrait pas perdre de vue les joyaux et pépites de l’Initiative pour l’émergence de Madagascar, IEM. La nouvelle ville « Tanamasoandro », les buildings, les hôpitaux ultramodernes, les écoles primaires publiques « modèles du genre », les universités du futur, les stades de football, les énergies renouvelables, la plage de « Miami » à Toamasina, les routes à réhabiliter presque partout, les équipements pour les éléments des forces de l’ordre…

En fait, Richard Randrimandrato va jouer sa tête sur la présentation de ce budget primitif. Des députés, courant toujours derrière l’octroi de voitures 4×4 les plus rutilantes possibles, ne manqueront pas de le prendre par la gorge. Leur présidente, Christine Razanamahasoa, lors de son discours d’investiture au perchoir de l’Assemblée nationale, a déjà lancé un avertissement sans frais aux membres du gouvernement. Le temps des amabilités complices et les louanges réciproques est bel et bien révolu. Désormais, être ministre vous expose à de périlleux exercices. Richard Randriamandrato doit être sur ses gardes. Dès maintenant, il a intérêt à soigner et à surveiller son langage.