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Abhay Kumar – « L’Inde entretient une excellente relation avec Madagascar »

La relation entre l’Inde et Madagascar date de plus d’un demi-siècle. Les deux pays conservent leur lien d’amitié et diplomatique jusqu’à ce jour.

Comment avez-vous connu Madagascar ?

Je suis géographe de formation et j’ai pu étudier les grandes villes et capitales. Je me suis intéressé aux îles de l’océan Indien et j’ai découvert Madagascar. Des collègues du ministère des Affaires étrangères m’ont parlé de votre pays. J’ai également étudié des poèmes sur Antananarivo. Enfin, les auteurs et la littérature malgaches m’ont si fasciné que j’ai fini par apprécier ce pays à travers les œuvres traduites par un auteur américain.

Qu’est-ce qui vous a impressionné lorsque vous êtes venu ici pour la première fois ?

La faune, la flore, la biodiversité m’enchantent. Je l’appelle « Madagascar unique et magique » en raison de sa diversité géographique et culturelle. La population y est douce et amicale. Je constate que même si elle rencontre des difficultés, elle garde son calme.

Pouvez-vous parler des relations diplomatiques entre les deux pays ?

L’Inde avait un consulat à Madagascar en 1954 et la première ambassade a été établie en 1960 quand Madagascar a obtenu son Indépendance. En 1988, le président Didier Ratsiraka s’est rendu en Inde pour élargir la coopération et depuis, les visites ainsi que les échanges se sont multipliés. L’année passée, le président de l’Inde, Ram Nath Kovind a effectué en mars, une visite officielle à Madagascar et je confirme que les deux pays entretiennent une excellente relation.

Dans quels domaines cette coopération se renforce-t-elle ?

Il y a le secteur de la santé. Nous avons appuyé l’hôpital Joseph Ravoahangy Andrianavalona en lui dotant d’une machine de radiothérapie pour traiter les patients cancéreux. Des Malgaches choisissent aussi l’Inde en tant que destination pour le tourisme médical, notamment dans la transplantation rénale. De grands hôpitaux indiens concluent également des partenariats avec des hôpitaux malgaches dans le but de faciliter la télémédecine (consultation en ligne) et l’évacuation sanitaire. Côté pharmaceutique, l’Inde fournit 60% des médicaments génériques destinés à Madagascar. Tout cela traduit notre contribution significative pour la santé. En ce qui concerne l’agriculture, nous avons octroyé une ligne de crédit de 25 millions USD au gouvernement malgache et 2,5 millions de crédit additionnel. Cette année, nous allons accorder 80 millions USD pour favoriser la mécanisation agricole et la transformation. Je souligne que notre taux d’intérêt pour le remboursement est très bas.

L’Inde est très avancée en matière de technologies, comment peutelle aider Madagascar à suivre cette tendance ?

Madagascar dispose déjà d’un centre géo-informatique dédié au développement rural et inauguré lors du passage de notre Président en 2018. Deux techniciens indiens appuient trois Malgaches qui gèrent ce centre. Ce dispositif prélève différentes données, établit une cartographie des régions dans lesquelles la riziculture est favorable. L’Inde est prête à prêter main forte au gouvernement malgache s’il souhaite soumettre des propositions en termes de développement agricole.

Qu’en est-il de l’énergie ?

Nous avons pu former seize mamans sur le solaire. En ce moment, deux Indiens sont en visite à Madagascar pour étudier l’implantation d’un Barefoot College à Amtabolampy et former des formateurs. En dix ans, nous espérons former jusqu’à six cent quarante mères. Madagascar fait partie de l’Alliance solaire internationale qui scrute déjà les dossiers que la Grande île a déposés.

Dans quels autres domaines la coopération s’étend-elle?

Elle couvre aussi la défense et la sécurité. Une convention a été signée lors de la visite de notre Président et elle touche la sauvegarde de l’économie bleue et le renforcement de la sécurité maritime. N’oublions pas le programme d’éducation Indian technical & economic cooperation programme (ITEC), d’une durée de trois à six mois, destiné aux professionnels âgés entre 25 et 45 ans des secteurs public et privé. En 2018, quatrevingts Malgaches en ont bénéficié et, cette année, l’effectif a augmenté jusqu’à cent sept. Autrement, les étudiants peuvent intégrer de prestigieuses universités indiennes en poursuivant l’Indian council for cultural relations (ICCR) et les professionnels, issus de tous secteurs, peuvent participer à l’India-Africa Forum (IAF). Quant à la culture, nous allons organiser, à partir de cette année, le Festival de l’Inde axé sur le film, la danse, la musique, le théâtre, le cinéma et la littérature. Nous avons déjà les classes de yoga tous les jeudis aprèsmidis à l’ambassade. Tous les mois, nous donnons rendez-vous avec le programme Lalit Tana et nous diffusons également des films bollywood.

Et sur le plan économique ?

Nous avons développé un partenariat avec le ministère malgache du Tourisme. Notre clause inclut la participation d’une équipe malgache au roadshow en Inde, dans le but d’attirer les visiteurs indiens à Madagascar. Parallèlement, les touristes malgaches qui désirent se rendre en Inde, peuvent demander leur visa en ligne, d’autant plus que cinq compagnies aériennes connectent la Grande île à l’Inde, à savoir Air Mauritius, Air Austral, Air Seychelles, Ethiopian Airlines et Kenya Airways.

Quelles success stories décrivent l’émergence de l’Inde ?

L’Inde mise sur l’énergie. Elle produit beaucoup dans le solaire et compte atteindre les gigawatts. Aller de 400 mégawatts à 800 mégawatts va changer la vie de la population. Nous fabriquons aussi les bicyclettes les moins chères du monde et il est possible d’implanter des sociétés productrices de vélos à Madagascar, ce qui aura un impact sur la vie des gens. Nous nous sommes énormément investis dans les technologies de l’information en priorisant le programme espace, entre autres, en termes de communication, de gestion des risques et catastrophes, de sécurité maritime, de géologie. De plus, nous nous engageons dans la reforestation. La semaine passée, nous avons mis en terre deux cent vingt millions de plants dont la croissance sera suivie par ce qu’on appelle le système de « géo tagging ».

Croyez-vous que Madagascar figurera un jour parmi les pays émergents ?

Bien sûr, à condition que des techniciens partent en Inde pour étudier. Chaque pays tire des leçons et des expériences des autres. Les Malgaches sont en mesure d’exploiter leurs talents et potentialités et plusieurs communautés internationales veulent leur tendre la main pour parvenir à cet objectif. L’Inde sera toujours là pour soutenir votre pays.