Dossier

Interruption volontaire de grossesse – L’avortement fait naître l’embryon de polémique

La souffrance d’une femme lors d’un curetage

L’avortement est un sujet qui suscite beaucoup de débats de société interminables. La pauvreté, la défaillance du système éducatif, l’impuissance des parents face à la précocité sexuelle des adolescents, poussent l’opinion publique à tolérer sinon à accepter cet acte pesant sur la conscience. Les idées divergent, mais dans tous les cas, l’avortement n’est jamais une victoire, encore moins une délivrance

La souffrance d’une femme lors d’un curetage

L’interruption volontaire de grossesse (IVG) est un sujet qui génère beaucoup de débats houleux à tous les niveaux. La pauvreté née d’une situation économique désastreuse, la défaillance du système éducatif et surtout l’impuissance des parents face à la précocité sexuelle des adolescents, obligent la communauté à débattre davantage sur ce problème de société. Les idées divergent et chaque partie avance des arguments souvent incontestables, tournant autour de la nécessité de prévention et d’une éventuelle prise en charge en cas de grossesse non désirée.

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Les chrétiens, par exemple, se réfèrent toujours à la Sainte Écriture qui considère les plaisirs charnels comme sources de tous les maux. Dieu a créé un être fait de chair, mais surtout d’âme, et la vie elle-même est une lutte interminable entre cette chair, qui cherche toujours du plaisir, et l’âme, qui œuvre pour la paix et le bonheur éternel. L’abstinence reste le seul moyen d’éviter cet acte classé comme péché mortel et de protéger ce corps qui est le temple de Dieu. Le pouvoir d’accorder la vie est la prérogative du Créateur. Il n’est pas du ressort de l’Homme, serviteur ou missionnaire de Dieu, de l’ôter. Les chrétiens sont intraitables quant à la cooptation pour l’avortement quelle qu’en soit la raison, et cela même dans des cas extrêmes de prescription médicale, de viol… Tout s’explique par leur croyance et selon celle-ci, même une éventuelle imperfection à la conception n’est pas le fruit du hasard, elle fait partie de Son œuvre afin qu’Il puisse démontrer son immensité.

souffrance
Nirintsoa est l’une de ces femmes qui ont vécu une grossesse inattendue donc non désirée. « Ce qui m’est arrivé, n’est pas un cas isolé car la grossesse, à la veille de la ménopause, n’est pas du domaine des exceptions. En fait, je commençais à n’avoir plus mes règles depuis quelques mois et donc j’ai arrêté de prendre mes médicaments contraceptifs. Et à ma surprise et celle de mon mari, lors d’un contrôle échographique à la suite d’un malaise abdominal, l’échographe m’a annoncé qu’il y avait un embryon qui se développait dans mon utérus. Abasourdie par cette réalité, je ne savais pas quoi faire et de plus, ma deuxième fille était également enceinte de trois mois. Tout se confondait dans ma tête, à commencer par mon hypertension artérielle instable, mon incapacité physique à porter neuf mois de grossesse et surtout mes inquiétudes sur l’état du petit être dans mon ventre. De surcroit, frôlant déjà la cinquantaine, j’étais confrontée aux conseils du médecin qui me parlait du danger de l’hypertension pendant la grossesse, au mépris de la communauté qui allait certainement toucher mes enfants, ma famille, et surtout à la lutte interne entre ma chair qui suggérait l’avortement comme solution et mon âme et conscience qui refusait catégoriquement d’ôter une vie. Aucune mère n’est partisane d’un avortement, pas plus que nul ne l’est de la guerre, et pourtant, il faut parfois faire la guerre. »
Dans la vie quotidienne et surtout face à la précarité de la vie, souvent l’opinion tend à approuver IVG lorsqu’elle risque de mettre en danger la vie de la mère ou de l’enfant, ou des deux. Leur point de vue est simple, donner naissance à un enfant n’est pas une simple question de le porter neuf mois, ni de lui donner naissance, mais de le préparer à affronter la vie et d’avoir un avenir meilleur. Ainsi, si la femme est dans l’incapacité d’assurer cette noble mission, il est préférable de mettre fin au développement de l’embryon qui n’est pas encore considéré comme un être humain, contrairement au fœtus. Leurs convictions s’affirment beaucoup plus lorsqu’il s’agit d’un cas d’indication médicale. Persister à se conformer à un principe moral et laisser développer un être qu’on sait pertinemment à l’avance, grâce à l’évolution de la technologie, anormal ou sans aucun avenir, est le pire des péchés. Il est de la responsabilité de tout être humain d’apprécier l’opportunité ou non du développement de l’embryon. Certaines personnes vont même jusqu’à avancer que Dieu a créé l’homme pour être heureux et non pour souffrir et porter le fardeau physique, intellectuel ou moral d’un accident génétique, sinon d’une incapacité des parents à assumer matériellement ou psychologiquement leur mission.

Par delà la divergence de points de vue sur la légitimité de l’avortement, un avis partagé émerge sur la nécessité de prévenir les grossesses non désirées. Pour les fervents de la doctrine chrétienne, la clé de la solution réside dans le refus de l’âme de céder aux caprices de la chair, c’est-à-dire l’abstinence ; pour les autres, il faut profiter des moyens de contraception devenus de plus en plus efficaces avec le moins d’effets indésirables. Par contre, tout le monde s’accorde sur la nécessité d’offrir une éducation adéquate aux jeunes d’aujourd’hui pour les inciter à prendre en main, dès leur jeune âge, leur destin. Et d’ailleurs, il est prouvé scientifiquement que l’activité sexuelle précoce risque d’affecter la santé des organes de reproduction féminine. Et il serait mieux d’inculquer dans la tête des jeunes d’aujourd’hui que la légitimité probable de l’IVG, considérée comme une solution à des maux de la société, est surtout une tragédie. Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement, c’est toujours un drame et cela restera toujours un drame.

Etre mère à l’âge de l’adolescence n’est pas une chose facile
Une très jeune maman qui assume sa maternité

 

Ils ont dit

Matthieux Hery Tiana pair éducateur
«« Depuis longtemps, la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse divise l’opinion de la communauté et cela partout dans le monde. Mais nous les chrétiens, nous nous referons toujours aux recommandations de la Sainte écriture. Et nous refusons catégoriquement toute forme de meurtre, comme il a été recommandé par Dieu suivant l’Exode 20 chapitre 13 « Tu ne tueras point ». Aucune vie n’est possible sans la volonté de Dieu et donc aucun être humain, un simple serviteur et missionnaire n’a le droit d’arrêter cette œuvre noble. L’avortement est un péché mortel. De nos jours, les spécialistes parlent des cas d’interruption volontaire de grossesse comme une indication médicale. Ils ont oublié que si Dieu crée une vie, ce n’est pas seulement une question d’existence matérielle, il accompagne son œuvre jusqu’à ce qu’il trouve la paix et le bonheur éternel. Il n’est pas du ressort de l’homme de s’occuper de son avenir, Dieu a déjà tracé sa vie. Ce qui a été écrit dans le livre d’Esaïe 45 chapitre 11 est clair : « Veut-on me questionner sur l’avenir, me donner des ordres sur mes enfants et sur l’œuvre de mes mains. » Dieu ne laisse jamais l’homme travailler seul dans l’éducation de ses enfants, il l’accompagne matériellement et moralement. Par contre, l’homme est fait de chair et d’âme. La chair va toujours chercher du plaisir charnel tandis que l’âme ne cherche qu’à offrir la paix et le bonheur. Il ne faut jamais oublier que la vie est un combat éternel de la chair et de l’âme. Ceux, en effet, qui vivent selon la chair, s’affectionnent aux choses de la chair, tandis que ceux qui vivent selon l’esprit s’affectionnent aux choses de l’esprit. Et l’affection de la chair, c’est la mort, tandis que l’affection de l’esprit, c’est la vie et la paix. »

 

Dr Noro Raharivololona docteur en médecine
«  Etant un médecin traitant et conseillère en planning familial, je ne pratique jamais l’interruption volontaire de grossesse pour des raisons d’ordre social ou autre. C’est un acte totalement incompatible d’abord avec la religion chrétienne, mais aussi avec le serment d’ Hyprocrate que j’ai effectué en tant que médecin. J’ai fait des années d’études pour sauver des vies humaines, mais jamais pour l’interrompre. Par contre, en tant que scientifique, il y a des cas où cet acte trouve sa légitimité. Je parle des cas d’hydrocéphalie de l’enfant mis en évidence sur des images échographiques. En toute âme et conscience, laisser naître un enfant avec cette anomalie est le pire des péchés car on sait pertinemment que l’enfant va souffrir énormément et le pronostic vital est très, très sombre. Dieu n’a pas créé l’homme pour souffrir au contraire, il le crée pour vivre en paix. Il en est de même dans le cas où la mère porteuse développe du Sida et que l’enfant qu’elle porte est confirmé également porteur du virus. En revanche, je prône l’adoption d’un système éducatif visant à accompagner les jeunes à prévenir les grossesses non désirées qui ne font que détruire leur avenir. Leur faire comprendre qu’il y a des étapes à suivre dans la vie. La précocité de l’âge de la première expérience sexuelle risque de nuire à leur santé reproductrice. Et inculquer dans leur tête, qu’il s’agit de leur santé. Maintenant, s’ils ne peuvent pas faire face à la tentation du plaisir charnel, il vaut mieux voir un médecin qui va les accompagner sur les moyens de contraception plus adaptés à leur âge. Il en est de même pour les mères de famille voulant planifier la naissance de leur enfant.»

Textes par Christian Rija