Interview

Olivier Mahafaly – « Il m’appartient de rendre à Madagascar ce qu’il mérite »

Ce n’est qu’un au revoir disait-il à la Nation lors de sa démission. Le candidat Olivier Mahafaly fait un tour d’horizon sur sa vision du prochain quinquennat

Quelles sont les raisons qui ont motivé votre candidature à la présidentielle ?

J’ai eu des responsabilités à différents échelons depuis les districts jusqu’à la Primature. J’ai sillonné les quatre coins de l’île et j’ai constaté de visu, vécu les réalités, les sensibilités, les potentialités et les problématiques de chaque région. J’étais Premier ministre et en tant que tel, ma marge de manœuvre était limitée. Il fallait se plier à la vision du président de la République. Je n’étais qu’un simple exécutant. Ainsi, le moment est venu de mettre fin aux tâtonnements et aux rafistolages. Il est temps de prendre mes responsabilités pour apporter une nouvelle vision, un nouveau souffle au pays et à sa population.

N’est-ce pas plutôt de l’amertume à la suite de votre départ forcée de la Primature ?

Ce n’était pas un départ forcé. J’ai démissionné de mon plein gré. Contrairement à certains de mes prédécesseurs bien que les décisions de la Haute cour constitutionnelle, HCC, soient contestables. J’ai mis en avant l’intérêt supérieur de la Nation. Tout cela pour dire que je suis démocrate et légaliste. La décision de me porter candidat à la présidentielle a été mûrement réfléchie. Madagascar est un pays béni. J’ai grandi à Madagascar, j’ai étudié à Madagascar, j’ai travaillé à Madagascar. Bref, Madagascar a forgé l’homme que je suis, donc il m’appartient de rendre à Madagascar ce qu’il mérite : le développement et la prospérité.

« Il faudra changer les pratiques politiques, et changer les hommes politiques est une nécessité
impérieuse »

Depuis votre démission, quel est l’état de votre relation avec Hery Rajaonarimampianina ?

Je suis en bonne relation avec tout le monde. Je suis démocrate et centriste. Des rumeurs circulent que je suis un candidat tactique du Hery vaovaon’i Madagasikara. Ce n’est pas le cas. Je suis le candidat des Malgaches qui n’attendent qu’un leader expérimenté et ayant fait ses preuves. J’ai apprécié de travailler aux côtés de Rajaonarimampianina, mais j’aime également mon pays, il était impératif de faire une distinction entre les bonnes relations humaines qui peuvent exister, vous servir, entre nous, et  la gestion des affaires de la nation.

Les citoyens craignent que l’argent aille l’emporter sur les idées. Avez-vous un programme aux objectifs cohérents pour les convaincre ?

À cause de la pauvreté généralisée générée par des crises politiques récurrentes et chroniques, la coupe est pleine. Le temps est venu de ranger au placard ces pratiques politiques nuisibles et contre-productives. On a beau changé des dirigeants, aucun changement ne peut être espéré si l’on persiste dans ces fausses idées reçues. En cette période électorale, les candidats font des promesses. Après un quinquennat, on en fait de nouveau. C’est pour cela que nous soutenons que tourner la page ne suffit plus, il faut changer de livre. Avec de la volonté politique et l’adhésion de la population à une vision, développer Madagascar n’est pas une utopie.

Comment allez-vous procéder ?

À travers Orimbaton’i Madagasikara, je vais restaurer la malgachitude, les valeurs démocratiques et républicaines. Les particularités malgaches sont en déperdition. Les jeunes sont en perte de repères, la société à la dérive, l’égoïsme prend la place de la solidarité. À travers l’éducation à tous les niveaux, je vais avancer ensemble avec les Malgaches pour réinstaurer l’autodiscipline et la discipline.

Concrètement, que proposez-vous ?

Notre programme porte sur quatre axes. Tout d’abord la décentralisation. Madagascar dispose d’une loi, mais elle n’a pas été suivie de mise en œuvre. Il n’est pas étonnant si seuls 5 % du budget de l’État vont aux communes. Il faut ainsi procéder au transfert de compétences et au transfert de ressources. À cela s’ajoute la mise en place d’un État fort. Nous envisageons de redessiner la carte des districts car il y a des villes qui méritent ce statut.

Cela suffit-il ?

Il faut également mobiliser les ressources internes pour ne plus dépendre des aides budgétaires. On va changer le paradigme selon lequel Madagascar est un pays riche mais sa population est pauvre. On va renégocier les contrats avec les grandes firmes minières pour que cela profite aux Malgaches. Nous allons également inciter la diaspora à investir à Madagascar. Actuellement, leurs contributions sont essentiellement liées à la consommation. Nous allons créer un département ministériel qui va s’en charger. Nous allons aussi promouvoir l’inclusion financière. Les institutions de microfinance ne profitent pas aux ménages vulnérables. Nous allons mettre en place un fonds de garantie pour permettre aux plus pauvres d’élargir et d’étendre leurs activités économiques.

Vous parlez d’une nouvelle pratique politique. De quoi s’agit-il ?

Madagascar a souffert des crises récurrentes. Tout changement est difficile et provoque souvent des résistances. Mais il faut oser changer et avoir de la volonté. Je vais travailler avec tout le monde, quelle que soit son obédience politique. Quand je serai président, je n’accepterai pas qu’au sein du gouvernement, il y a un pool de ministres du président, un autre avec le Premier ministre et un autre avec leur parti politique. Il faut accepter la différence.

Qui financent votre campagne ?

J’utilise mes propres armes. Je ne peux pas rivaliser avec les moyens des autres. Toutefois, on a confiance en nos réalisations même si l’on n’a pas de gros artifices comme les autres.

Actuellement, les rumeurs courent qu’il y a un pays derrière chaque candidat. Qui est le vôtre ?

J’ai lutté contre cela. Un groupe de pays m’a effectivement approché, mais j’ai décliné l’offre. Pour moi, la souveraineté nationale n’est pas à vendre. C’est sacré.

J’ai eu des responsabilités à différents échelons depuis les districts jusqu’à la Primature

En parlant de la souveraineté nationale, les îles éparses sont exigées par un courant nationaliste. Quelle est votre position ?

Il n’y a eu que Didier Ratsiraka, en 1979, pour oser réclamer les Îles éparses. Ceux qui décrient la récupération de ces îles et les dirigeants qui se sont succédé, n’ont rien fait de concret pour les récupérer. À mon sens, il faut voir comment renégocier avec la France dans l’intérêt des deux pays. Ainsi je propose une conférence au sommet pour chercher un compromis mutuellement partagé.

Quand vous étiez nommé Premier ministre, des opposants ont déclaré que vous allez préparer la victoire du HVM aux élections, par votre maîtrise des rouages de l’Administration. Avez-vous toujours cet atout entre vos mains ?

Cela dépend des attitudes. Je suis un homme de loi et je respecte la loi. J’ai accepté de démissionner de la tête du gouvernement même si j’ai pu choisir une autre voie car il y a beaucoup de contestation. En tant que tel, il n’est pas dans mon intérêt d’abuser de ma position. Je respecte l’égalité des chances des candidats et je ne suis pas à la merci du HVM.

Votre avis sur la Charte de bonne conduite ?

Je ne vais pas me contredire. Les valeurs et les vertus défendues par Orimbato rejoignent celles de cette Charte. Toutefois, on doute de la sincérité des votes du fait de la défaillance de la liste électorale et de la manipulation des votes. Si cela est avéré, on sera les premiers à monter au créneau. Je lance ainsi un appel à la CENI et à la HCC pour qu’elles préservent la sincérité des votes.

Vous êtes cité en tant que responsable des faux/vrais permis biométriques. Qu’avez-vous à dire ?

C’est un faux débat. Je n’étais pas à l’origine de cette situation. C’était mon prédécesseur, Florent Rakotoarisoa, qui a signé la convention avec la société. Dans l’esprit de la continuité de l’État, j’ai signé un avenant à cette convention. La démarche effectuée a respecté toutes les procédures de passation de marché. Toutefois, ni moi ni mon prédécesseur ne sommes pas des spécialistes. On ne savait pas que ce sont de faux permis. J’envisage d’ailleurs de porter plainte contre la société car cela a touché mon intégrité morale.

Quels sont vos arguments pour convaincre les électeurs ?

Le changement passe pour être inéluctable à Madagascar. C’est devenu un phénomène général. Il faudra changer les pratiques politiques, et changer les hommes politiques est une nécessité impérieuse. Les gens ont besoin de transformations par rapport à ces mauvaises habitudes érigées en traditions. C’est pour cela que je confirme qu’il ne suffit plus de tourner la page, mais d’écrire un nouveau livre.

Propos recueillis par Andry Rialintsalama