Editorial

La crise de la quarantaine

Libres et responsables. Les autorités malgaches n’ont pas fait grand cas de la déclaration presque conjointe, se voulant être rassurante, sur la propagation du coronavirus, faite par Yang Xiarong, ambassadeur de Chine, et de Charlotte Ndyaie, représentante résidente de l’Organisation mondiale de la santé, OMS. La première a soutenu le risque peu élevé de l’exportation du mal.

Il est vrai que par rapport au nombre de la population chinoise, dans les 1,4 milliard d’âmes, celui des contaminés et des victimes, ne représentent en pourcentage qu’un échantillon insignifiant. Mais les dirigeants chinois n’ont pas pris à la légère cette menace. Des usines sont à l’arrêt, des millions de personnes confinées chez elles, les transports publics tournent au ralenti.

La seconde, quant à elle, a rappelé que l’OMS n’a pas jugé utile d’interdire les vols à destination et en provenance de la Chine. Il ne s’agit pas encore d’une pandémie, selon ses explications. Mais les pouvoirs publics malgaches ont choisi la carte de la prudence. Dans un premier temps, ils ont ordonné à la compagnie aérienne Air Madagascar d’arrêter de desservir Guangzhou, avant de refuser des passagers venant ou ayant transité en Chine dans le délai de quatorze jours.

Le cas de l’étudiant malgache qui a pu s’en « échapper » par un itinéraire non-conventionnel pour atterrir à Nosy Be, a fait des vagues. Il a été aussitôt isolé pour être ausculté, mais sa venue a fait souffler un vent de panique à la première destination touristique du pays. Des communiqués incessants et insistants ont indiqué qu’il n’a pas manifesté le moindre des symptômes du coronavirus.

Tout comme la citoyenne comorienne, embarquée à Marseille et qui toussait beaucoup en plein vol, a déclenché un branle-bas de combat à son arrivée à l’aéroport d’Ivato. Des membres du gouvernement conduits par le Premier ministre Christian Ntsay, accompagnés des représentants d’organismes internationaux y ont tenu une réunion urgente de travail. Mais au final, elle a été rapatriée chez elle après les diagnostics imposés.

De même, la fillette chinoise ramenée au CHU d’Anosiala par ses parents, est sortie saine et sauve. Échaudés par la gestion tatillonne de l’épidémie de la peste pulmonaire urbaine par le régime HVM, faisant de nombreuses victimes, les actuels dépositaires du pouvoir, ont imposé des mesures strictes de contrôle et mis en place des dispositifs préventifs. Sachant que les Malgaches, devenus insensibles aux discours officiels, peuvent vite céder à la psychose généralisée « pour un éventuel cas avéré ».

Les barons du HVM ont eu tort de dissimuler, d’enfouir et de cacher, dans un trou de souris, l’avancée de la fièvre pesteuse. Il a fallu « l’ingérence » de la communauté internationale, avec des bilans précis, pour que l’équipe du HVM se rende compte de la gravité de la situation. Un déficit édifiant en matière d’anticipation, une des raisons de la cuisante défaite du candidat Hery Rajaonarimampianina à la présidentielle de 2018. Qui veut encore de ces politiciens inconscients, imbus de leurs petites personnalités, plus soucieux de leurs grosses affaires que de la santé précaire des petites gens ?

Il reste maintenant à évaluer et à subir les conséquences économiques et financières de cette « fièvre ou de ce péril jaune ». Car la Chine pèse de tout son poids, sur la balance de paiements des pays avec qui elle entretient des relations commerciales. Dans la plupart des cas, elle est à la fois première exportatrice et importatrice des biens
et services, équipements, aliments, nourritures, matériels agricoles ou des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Sans compter les gros investissements dans les infrastructures publiques et les exploitations minières. Quand la Chine éternue, le monde entier s’enrhume. Certains attrapent la grippe. 

Add Comment

Click here to post a comment