#3 Actualites Interview

Hassim Amiraly – « Les industriels militent pour l’intérêt général »

Le Président du Syndicat des industries de Madagascar, SIM, nous a accordé une interview, la première depuis son élection, une occasion pour lui d’évoquer les mesures correctives commerciales qui tardent à se mettre en place. Il salue un dialogue franc et ouvert entre l’État et le secteur privé.

Où en sommes-nous actuellement en ce qui concerne les mesures correctives et commerciales ?

Je tiens à déclarer premièrement que rien ne sert de courir au risque de tomber. Deuxièmement, nous, industriels, lorsque nous dialoguons avec le ministère et l’exécutif, c’est pour améliorer les choses. Notre objectif n’est pas de chercher uniquement des solutions qui nous aillent mais de trouver un juste milieu qui puisse satisfaire tout le monde. Cela demande du temps. Je tiens à faire remarquer également que c’est la première fois que le dialogue est aussi fréquent avec le gouvernement. Avant, cela se faisait suivant un calendrier mais actuellement nous sommes reçus à chaque fois que nous appelons. Il y a une confiance qui s’est installée entre l’État, le secteur public, et nous, opérateurs du secteur privé. Nous voulons profiter de cette dynamique pour dialoguer en faveur de l’intérêt général. Il y a eu beaucoup d’articles de presse qui ont évoqué ces mesures dernièrement.

Quel regard portez-vous sur ces colonnes qui s’apparentent à des lobbys ?

Cela a effectivement fait couler beaucoup d’encre. Certains ont avancé que le prix des produits vont augmenter sur le marché, que les importateurs ne seraient pas contents, … Il peut y avoir des gens qui disent n’importe quoi dans la presse et cela n’est pas constructif. Je dis que si le gouvernement n’a pas encore pris sa décision, c’est qu’ils sont encore en train de chercher ce qu’il y a de mieux. Cette décision n’est pas à prendre à la légère. Il est normal que le gouvernement doive protéger les consommateurs et nous, opérateurs, nous devons apporter des explications et plaider pour notre cause. Cela demande du temps pour trouver un compromis. Il y a des personnes qui disent qu’en temps normal, durant la mise en place de mesures correctives commerci al es , le s discussions se font entre le pays importateur et le ou les pays exportateurs.

Comment expliquez-vous qu’à Madagascar, les pourparlers se font entre Malgaches ?

Je trouve normal le fait que le ministère prenne le temps d’écouter tous les sons de cloche en demandant l’avis de tous les acteurs concernés. C’est une bonne chose car nous ne voulons pas d’une décision qui n’avantagerait que nous. Nous voulons croire que c’est ce que recherche l’État actuellement. Les intérêts divergents des importateurs et des producteurs ont été abordés dans les discussions. Dans des négociations, il faut aussi être prêt à faire des concessions.

Nous parlons actuellement de la protection de l’industrie. Qu’en estil des consommateurs ?

Il est de la priorité de l’État de veiller au bienêtre de la population. C’est un fait. Actuellement, il y a une décision qui peut avoir une petite répercussion sur les consommateurs. Mais c’est un mal pour un bien. C’est comme avaler une pilule. Et c’est à cause de cela que les discussions prennent encore un peu de temps. Je le répète : cette décision n’est pas à prendre à la légère. Il est important que ce qui sort des pourparlers satisfasse tout le monde. C’est pour cela que je dis qu’il y a des journalistes qui sortent des informations infondées. Il ne faut pas se précipiter car il n’est pas facile de faire les choses. Il s’agit du quotidien de la population qu’on ne peut prendre à la légère.

Et les prix ?

Les industriels estiment avoir les capacités de production nécessaires pour ne pas augmenter les prix. Si jamais cela se faisait, cela ne viendrait pas de nous mais des habitués des spéculations. C’est une pratique courante que de dissimuler des stocks afin de profiter de prix plus élevés à l’avenir. Le ministère du commerce a pris des mesures pour régler ce problème. Dans les décisions, il se peut qu’il y ait des déçus, mais cela nécessite de la confiance, du dialogue et du discernement. Vous avez parlé des spéculateurs. Il existe des lois à Madagascar mais qui ne sont pas appliquées. Les opérateurs économiques se plaignent souvent de cette situation.

Qu’endites-vous ?

La semaine dernière, il y a eu des mesures que l’État a prises concernant des malversations à la Douane. L’État a commencé à se pencher làdessus et nous croyons que cela va se poursuivre. Nous croyons que d’autres actions de ce genre vont arriver. L’État a déjà promis aux industriels qu’il va faire en sorte que la loi soit appliquée à Madagascar, qu’il n’y aura pas de personnes qui seront au-dessus de la loi.

Le fait qu’il y ait des opérateurs économiques proches du pouvoir ne vous rendt-il pas sceptique ?

Il est vrai qu’il peut y avoir ceux qui se vantent d’être proches des dirigeants mais nous ne les craignons pas parce que nous voyons qu’un vent de changement est en train de souffler actuellement. En se penchant sur les premiers mois du nouveau régime nous sentons une volonté de rectifier le tir. Nous ne sommes pas là pour jeter la pierre sur qui que ce soit. Ce qui s’est passé à la Douane est un motif d’espoir pour nous. Vous êtes à la tête du SIM depuis trois mois.

Quelles sont les grandes lignes de votre présidence ?

Je veux favoriser avant tout le dialogue parce que je crois que pour améliorer les choses, il faut se parler. Durant ces trois mois, j’ai senti que l’État est prêt et se montre disponible. Nous nous parlons souvent au téléphone et nous nous rencontrons plusieurs fois par semaine. C’est pour cela que je dis qu’il y a une volonté de part et d’autre de faire avancer les choses. Je vois également qu’il y a un respect mutuel entre les industriels et l’État. Nous avons apporté une nouvelle approche dans nos discussions. Les opérateurs ne vont plus se plaindre uniquement mais nous voulons apporter nos idées pour le développement du pays.

Pouvez-vous citer un exemple ?

C’est le cas de l’industrialisation dans les régions. Il y a de nombreux projets à venir mais c’est encore confidentiel. Nous sentons qu’on est dans la même voie. Vous allez voir dans les prochains jours qu’il y aura du nouveau dans le secteur industriel. Le terme syndicat n’est jamais bien loin des revendications.

Qu’est-ce vous revendiquez actuellement au sein du SIM ?

Je vois ce vous voulez dire à propos du terme syndicat. C’est ce qu’on nous a appris mais nous pensons apporter cette nouvelle approche en apportant des solutions. Nous entendons être plus responsables dans le pays. Le développement n’est pas du seul ressort de l’État. Cela nécessite une collaboration franche de tous. Nous souhaitons être des artisans du développement. Le dialogue va nous permettre d’aller vite et loin. Certes, il y a des petites choses qu’il faut changer ou améliorer. Au court de ces dernières décennies nous avons été quelque peu malmenés. Il est normal qu’on revendique certaines choses mais nous n’allons pas demander un traitement de faveur.

Que pensez-vous de la diplomatie économique prônée actuellement ?

Nous surveillons le marché à l’exportation. Madagascar a la bénédiction d’avoir des produits pratiquement exclusifs. C’est le cas de la vanille ou du girofle. Nous, les exportateurs, nous regardons effectivement ce que l’on peut envoyer à l’étranger. Nous en appelons au ministère des Affaires étrangères pour faire la promotion des produits malgaches.

Quel regard portez-vous sur le marché régional ? Le SIM prend-il en compte la prochaine Zone de libre échange continentale ?

Le transport et la logistique restent problématiques pour le commerce interafricain. C’est ce qui explique la faiblesse des échanges entre les pays sur le continent. Toutefois, il existe actuellement des pays où le marché est ouvert. Nous ne sommes pas contre un petit coup de pouce pour investir ces marchés afin de proposer les produits malgaches.

Qu’en est-il du patriotisme économique malgache chez les consommateurs locaux ?

Il est difficile d’en vouloir aux consommateurs malgaches s’ils recherchent avant tout des produits bon marché compte tenu de leur pouvoir d’achat. Les importateurs qui ne se soucient pas de la qualité et ceux qui profitent du laxisme de la Douane ont sauté sur ce large créneau. Les prix qui sont affichés sont alors parfois moins chers que nos prix de revient. Par contre, nous lançons un appel aux consommateurs que le développement du pays nécessite le concours de tous. Lorsqu’un consommateur malgache achète local, il y a des producteurs agricoles qui en bénéficient. Il y a des employés qui en profitent. Il est important de partager ce message à la population.

Et le label « Malagasy Ny Antsika » ?

Nous allons poursuivre avec le label Malagasy Ny Antsika. Actuellement, la communication est importante. Nous allons mettre en place des animations pour promouvoir le made in Madagascar n’importe où même à l’école. C’est un travail de longue haleine mais il faut s’engager sur cette voie car si on veut que le pays se développe, il faut que l’industrie se développe et pour développer l’industrie, il faut que les consommateurs soient au rendez-vous.