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Haja Ratsimbazafy – Lire entre les lignes pour réussir un direct

Plébiscité pour sa maîtrise du direct à partir du plateau de la Télévision Malagasy lors de la visite du Pape François à Madagascar, Marcellin Andriamihaja Ratsimbazafy de son vrai nom, journaliste de la chaîne nationale depuis 25 ans, accepte de nous livrer quelques astuces pour « réussir » en journalisme. Portrait d’un journaliste qualifié de modèle dans le domaine.

La Télévision Malagasy a été plus qu’honorée d’avoir réussi le direct de la visite papale à Madagascar. Ceci, grâce notamment à l’art de la maîtrise du « direct à la télévision » que Haja Ratsimbazafy a démontré, à l’arrivée du Pape à l’aéroport, son bain de foule jusqu’aux locaux à la Nonciature à Ivandry. La perfection du direct n’a pas manqué lors des diverses rencontres officielles et durant la grande messe de Soamandrakizay à Androhibe. Les images étant fournies par la chaîne étrangère KTO, les commentaires devaient être assurés par la chaîne nationale, la seule autorisée à effectuer une retransmission directe officielle. Et Haja, comme on l’appelle, a réussi.

Dans la peau

Haja Ratsimbazafy a fréquenté les écoles catholiques et a grandi dans le milieu catholique. L’école Saint Charles Ambatomena ou encore le collège Saint Joseph Ambozontany de Fianarantsoa et Saint François Xavier (SFX) de Fianarantsoa ont assuré son parcours scolaire. Sa famille l’a impregné dans l’amour des littératures classiques françaises. Son père, un commissaire du Commerce l’a élevé dans les livres. Haja nous cite entre autres des livres classiques mais non classiques au grand public tels les « Sermons de Strasbourg » ou encore les avant-XIXème siècle grecques telles les Bordas ou Lagarde et Michard, Caster et Surer, des encyclopédies de la littérature française du IXè siècle et bien sûr des livres pour enfants. Depuis son jeune âge, Haja aime liredes livres qui ont révélé la beauté de la civilisation grecque. Il s’est alors passionné pour la Papauté romaine, de l’antiquité grecque et d’autres cultures classiques et a lu des ouvrages entiers sur les grandes civilisations du Moyen Orient, de l’Occident, de la Chine, de l’Inde. Ce n’est pas par hasard qu’il a choisi la filière « Philosophie » afin de continuer cette passion d’approfondissement des langues anciennes de Platon et d’Aristote. Ce parcours effectué à l’université deToliara a été couronné par un diplôme en enseignement. Titulaire d’un Certificat d’aptitude pédagogique de l’école normale (CAPEN) en 1995, il a entendu Helisoa Ravelonotahiana, alors speakrine à la TVM, annoncer l ’ouverture d ’ u n concours en Journalisme à l’université d’Antananarivo.

« J’ai saisi l’opportunité car la passion d’approfondir pour ensuite partager était constamment présente en moi. Je n’ai pas réellement enseigné même si j’ai un diplôme conforme à cette activité. J’ai juste effectué des stages à mon ancienne école, la SFX et au Lycée Raherivelo Ramamonjy (LRR) de Fianarantsoa. Le concours d’entrée à la Filière Journalisme me semblait plus motivant » explique Haja Ratsimbazafy. Sans réfléchir, le journaliste détaille les dates précises d’obtention de son diplôme et celle où il commence son premier Journal télévisé à la Télévision nationale. Un essai qu’il devait réaliser pendant qu’il était encore -un étudiant des journalistes chevronnés enseignants comme Alphonse Andriamahaly. « C’était un samedi matin, je n’ai pas informé ma famille que j’allais présenter un journal télévisé. Comme par hasard, ils ont entendu depuis une autre pièce ma voix à la télé. Mon père a alors dit au reste de ma famille qu’on dirait qu’il entend Haja quelque part. Et tous furent surpris de me voir présenter le journal » raconte Haja. Il fait partie de la première promotion de l’école en Journalisme de l’Université d’Antananarivo à côté d’autres grands journalistes comme Christian Rakotoarisoa, Volatahiana Ranaivomanana ou encore Hanitra Ramahatra.

Culture forever

Puisq’à l’école de journalisme, on apprend les médias, l’anthropologie, les relations internationales, les politiques et différents autres domaines, Haja Ratsimbazafy sent que être journaliste culturel lui sied le mieux. « C’est parce qu’il y a toute une culture et des cultures à connaître, à approfondir et à faire savoir. C’est ce qui fait l’homme » répond Haja. « Je me suis intéressé à la télévision depuis 1978 où Fianarantsoa recevait la première émission de la chaîne nationale. Je lisais beaucoup sur la photographie, la conception des scénarios et le partage a déjà germé dans ma tête à ce temps là » continue-t-il. Des émissions culturelles ont été alors réalisées par Haja Ratsimbazafy à ses débuts à la TVM. On se souvient de ses reportages sur les « vatolahy », ou pierres levées du Betsielo, symboles d’une culture forte ne fléchissant pas avec le temps.

Rome et Papes

Son amour des cultures anciennes et classiques lui a ouvert les portes. Haja Ratsimbazafy s’est démarqué par ses reportages sur la canonisation de Jean 23 et Jean Paul II à Rome en 2014 entre autres. La maîtrise du direct de la semaine dernière n’est pas ainsi anodine. Des recherches personnelles et approfondies à partir de livres et d’échanges sur la papauté romaine l’ont aidé. « Il n’y eut pas tellement de préparations avec des papiers A4 sous mes mains. Voir d’abord de mes propres yeux, analyser rapidement et faire vivre l’événement aux téléspectateurs » dixit Haja. Ses commentaires sont basés sur les connaissances du domaine, acquises depuis des années. Les personnes ressources choisies dans le direct ne sont pas fortuites. Tout a été analysé et préparé.

E-see Magazine

« Les téléspectateurs méritent de voir et de comprendre des choses approfondies. Il y a l’actualité certes, mais tout ne s’acquiert pas en une minute et demie de reportage diffusé. Il ne faut pas oublier qu’informer un individu a pour objectif de le faire réagir. C ’est l’ esprit et le concept de l’émission hebdomadaire E-see magazine : Partager la culture générale. Je suis ravi que des situations aient pu changer ou évoluer grâce à l’émission » livre Haja Ratsimbazafy, concepteur et réalisateur de l’émission. Il n’y eut pas de miracle ni de magie. Il dit ne pas avoir étudié spécialement le Vatican. Mais la réussite de la retransmission en direct de la visite papale vient de la méthode de Haja Ratsimbazafy de bien préparer les événements pour lesquels il est naturellement désigné pour assurer la présentation et l’animation en direct. En 2017 et 2018 à Rome, il a amené des disques durs de 2 tera pour pouvoir enregistrer le maximum d’images en 4K. Il possède de solides connaissances en civilisation musulmane. Demandez-lui d’animer le plateau si le président de l’Inde ou la reine du Danemark est en visite à Madagascar, il vous offre l’animation sur un “plateau d’argent”.

« Il faut lire, lire et lire. Je répète encore il faut lire pour pouvoir acquérir desconnaissances. Tout est question de lectures, derecherches et d’échanges ». Il sera alors facile de les partager. L’art du direct nécessite une présence d’esprit en effet, mais il faut également cultiver une certaine spontanéité et apprécier le moment présent dans les commentaires » propose-t-il aux jeunes qui veulent s’aventurer dans ce domaine passionnant du Journalisme. Pour sa part, il entend rester à la TVM jusqu’à encore longtemps. 

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