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éxécutif – Christian Ntsay, au four et au malin

Il est encore trop tôt pour passer aux cribles les actions menées par le Premier ministre Christian Ntsay et son équipe. Mais des difficultés commencent à apparaître. Ce qui complique l’organisation de la présidentielle

Il a été nommé Premier ministre de consensus par la décision numéro 18 du 25 mai de la Haute cour constitutionnelle, HCC. Pour sortir de la crise politique « dégoupillée » au Parvis de l’Hôtel de ville le samedi 21 avril, la HCC, sous la pression quotidienne des manifestants, invitée à prononcer sur la motion de requête en déchéance du président de la République, déposée par les « 73 députés pour le changement », a énoncé des décisions éminemment politiques. Jusqu’à revenir au rapport de forces issu des législatives de décembre 2013, avec les résultats prononcées par la Cour électorale spéciale et les interprétations faites par la HCC en février 2014, sur la signification exacte de l’article 54 sur la présentation et nomination du chef de gouvernement.

indéboulonnable

La HCC a ainsi, dans son avis numéro 18 suscité, reconnu au Mapar le droit de choisir le Premier ministre à nommer par le président de la République. Mais le nom de Christian Ntsay aurait été sorti d’un nébuleux accord politique tripartite. Il a fallu tout un exercice d’équilibrisme pour les députés Mapar pour le faire accepter par les manifestants de la Place du Treize-Mai qui attendaient l’accession de l’un d’eux à la primature. Ils ont insisté que Christian Ntsay a été proposé par Andry Rajoelina suivant les recommandations de la HCC. Une incertitude qui a provoqué la colère des élus TIM, alliés circonstanciels pour reme ttre en cause les lois électorales taillées à la mesure du candidat HVM à la présidentielle, pour exiger le départ du président de la République et ses collaborateurs. La première revendication a été obtenue. La seconde, en partie. La déchéance n’a pas été prononcée par la HCC. Par contre, l’éviction d’Olivier Mahafaly devenait l’issue de secours pour le régime HVM. D’où l’émergence de Christian Ntsay.

Mais la présumée touche d’Andry Rajoelina allait être démentie par la formation de son gouvernement. Les ministères clés, à gros sous, et stratégiques en vue des élections, sont revenus au HVM. Finances et budget, Mines et pétrole, Travaux publics, Transports et météorologie, Éducation nationale, Postes et télécommunications, Communications et relations avec les Institutions avec des personnalités détestées sur la Place du Treize-Mai. Pour ne citer que Riana Andriamandavy VII et Jean de Dieu Maharante ou Vonintsalama Andriambilolona. Tout cela à part les ministères dits de « souveraineté nationale ». Une chasse-gardée du président de la République. Au Mapar les portions congrues. Le TIM détient des portefeuilles ministériels de moindre importance. Sa présence au sein du gouvernement est des plus symboliques pour sceller le ménage ou le manège à trois.

Il apparaît telle une évidence que Christian Ntsay n’a pas pesé bien lourd dans les marchandages et surenchères sur la fameuse « clé de répartition » des sièges disponibles. Car si la logique de la HCC a été suivie dans sa lettre et dans son esprit, le Mapar aurait eu la mainmise sur les leviers du pouvoir. Ce qui peut justifier l’existence d’un « accord politique à trois » évoqué avec insistance par Rivo Rakotovao. Mais tellement secret que lui-même ne peut exposer un exemplaire. Et la cérémonie de signature- dans un tel cas toujours médiatisée aux yeux du monde entier a été, semble-t-il, occultée. Cette faiblesse de Christian Ntsay, le HVM entend l’exploiter à fond(s).

Même si le Premier ministre ne peut être démis de ses fonctions jusqu’à l’investiture du nouveau président de la République, sauf fautes graves, des faucons du HVM essaient d’en trouver quelques-unes pour le démettre. Il est vrai que la neutralité de l’Administration prônée par le chef du gouvernement du consensus a mis du sable dans la machine électorale bien huilée du HVM. Qui a misé sur l’influence des chefs de districts, des préfets pour faire pencher la balance des urnes en faveur de son candidat. La « convocation » de ces serviteurs de l’État à Iavoloha après que ceux-ci ont été savonnés par leur chef hiérarchique, Christian Ntsay, au ministère de l’Intérieur et de la décentralisation à Anosy, témoigne de cette fébrilité à fleur de peau du HVM.
Même la réactivation des plaques rouges pour les véhicules de fonctions et de services « offerts » aux agents de l’État, peut priver le HVM, habitué à abuser des prérogatives de puissance publique pour le compte de ses activités politiciennes, de précieux atouts : le transport de ses ténors dans leurs déplacements à travers le pays durant la campagne électorale.

Dans la foulée Christian Ntsay dérange le président de la République, longtemps bercé et berné par les discours flagorneurs, flatteurs, sertis de louanges à n’en plus finir de Roger Kolo et d’Olivier Mahafaly. Hery Rajaonarimampianina découvre avec contrariété les postures astreignantes de la « cohabitation ». Il doit s’accommoder à l’indifférence tiède de son « Premier ministre ». Des récentes inaugurations ou sorties officielles du chef de l’État, l’un n’a honoré l’autre, dans l’ordre protocolaire établi.

Il est vrai que la neutralité de l’Administration prônée par le chef
du gouvernement
du consensus a mis
du sable dans la machine électorale bien huilée
du HVM

incontournable

Les stratèges du HVM doivent aussi faire attention à la présence de leurs ennemis politiques dans le sérail du pouvoir. Les « scoops » commencent à faire la « Une » des quotidiens proches ou acquis à la cause d’Andry Rajoelina. Comme « la censure » de ce dernier sur les ondes et écrans des médias publics. Ou un présumé « détournement de fonds » au Sénat, une institution dominée par les caciques du HVM.
Une manière pour eux de traîner davantage dans la boue le régime HVM déjà bien souillé par les scandales en cascade de ces dernières années. Leur démarche consiste à présenter Christian Ntsay comme le dernier rempart aux dérives du camp d’en face qui donne l’impression d’être aux abois face à l’échéance électorale qui avance à grands pas.

Par contre, Christian Ntsay est appelé à gérer avec doigté les difficultés du quotidien : examens officiels bâclés, insécurité généralisée, hausse des prix rampante, feux de brousse à venir, foyers de grève, revendications sociales à satisfaire…
Mais il a eu la bénédiction des bailleurs de fonds. Partenaires financiers incontournables. Hier, aujourd’hui et demain. Présidentielle ou pas…

Par Eric Ranjalahy