Editorial

Or noir, idées sombres

e

Effet pervers de la mondialisation, considérée comme un processus incontournable. Le coronavirus, parti de Chine, touche presque la totalité des pays du monde entier. Dans la foulée, la paralysie économique de l’Empire du Milieu, où ont été délocalisées de nombreuses filiales d’entreprises multinationales, provoque une vague de panique un peu partout. Et dès que le mal a fait ses premières victimes en Italie, dans la région de la Lombardie, capitale mondiale de l’industrie du luxe, les indices boursiers ont fini par s’écrouler. Ou dévisser selon la formule consacrée.

Le Dax à Francfort, le CAC 40 à Paris, le Nasdaq et le Dow Jones à New-York, le Nikkei à Tokyo, ont perdu des précieux points et ont conclu à la baisse au début de la semaine. Le plus fort taux de recul a été enregistré lundi à Milan, centre névralgique de la Lombardie. Pas moins de 9,3 % à l’échelle des valeurs. Les analystes les plus avisés refusent d’évoquer une crise financière de l’ampleur de celle de 1929, mais comme l’incertitude la plus totale plane sur la capacité des scientifiques à endiguer l’avancée du coronavirus, le pire est peut-être à venir. Bruno Le Maire, ministre français de l’Économie et des finances, prévoit déjà des factures salées pour le secteur privé hexagonal.

Un spectre menaçant suffisant pour que le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, prenne des décisions extrêmes. Mise en quarantaine des habitants de toute la péninsule, une première en Europe, suspension du championnat national de football dont la Série A, l’actuelle version du Calcio. Le choc Juventus-Inter, s’est déjà disputé sans le moindre spectateur avant ce couperet. Dans un pays où le football passe pour être la seconde messe du dimanche, la déception et la colère des Tifosis se comprennent.

Les joueurs de la Ligue 1, première division française, ont été aussi sanctionnés. Habitués aux chaudes ambiances entretenues par les « Ultras », vestiges des années de gloire de l’hooliganisme anglais, ils doivent désormais évoluer dans des stades vides. Avec le huis clos comme doctrine. Ils sont privés de leurs doses habituelles d’adrénaline. Ce qui peut être préjudiciable à la qualité du spectacle offert. Tout rassemblement de mille personnes est interdit en France. Ainsi en ont décidé les autorités.

Des écoles sont fermées, des restaurants désertés, des transports publics plutôt calmes, des concerts annulés, des théâtres fermés… Vivre avec prudence sans céder à la panique. Le message le plus sensé ne convainc plus. La peur du « péril jaune » commence à prendre le dessus sur la nonchalance collective.

Une seule bonne nouvelle pour tous dans cette morosité ambiante et cette atmosphère malsaine. La décrue de 30 % des cours du baril dans le giron de l’Opep, Organisation des pays exportateurs du pétrole, réunissant de gros producteurs de l’or noir. Cette baisse sensible s’explique par l’importante réduction des demandes chinoises en carburant. À cause du ralentissement des activités économiques. Des automobilistes français ont été ravis des diminutions de quelques centimes des prix aux stations-services.

Ceux de Madagascar n’en attendent pas tant. Mais doivent se contenter des explications officielles selon lesquelles le carburant vendu à ce jour a été importé depuis au moins trois mois. Ces tendances à la baisse sur le marché international, ne se répercutent pas dans l’immédiat sur les prix affichés à la pompe. D’autant que l’ariary, l’autre paramètre essentiel dans ce calcul des coûts de revient, continue de se dévaluer par rapport au dollar. Dans le sens de la hausse, le mécanisme, bien huilé, réagit plutôt avec promptitude et célérité.

Ces prix-là, abaissés de quelques gouttes, n’ont pas bougé depuis le mois de juin. Le cauchemar de la vérité des prix s’est éloigné. Mais les moniteurs du Fonds monétaire international, FMI, ne manqueront pas de la rappeler quand les ministres malgaches vont négocier les termes et les clauses d’un nouveau programme. Ce sera « leurre de vérité ». 

Add Comment

Click here to post a comment