#3 Actualites Découverte

Soamanonga, Lazarivo et Anavoha – Un grand bled au fond du Sud

Ces endroits ne vous disent rien car ils n’ont rien à voir avecles belles plages ou les aires boisées idéales pour passer desvacances. Ces communes lointaines que sont SoamanongaLazarivo et Anavoha de la région Atsimo-Andrefana, formentune vaste brousse, loin du développement.

Presque abandonnées. Les communes rurales de Soamanonga, 
Lazarivo et Anavoha dans les districts respectifs de Betioky-Atsimo et d’Ampanihy, sont presque isolées. Les autorités locales chargées de l’Administration territoriale existent bel et bien, mais les citoyens de ces communes ignorent un réel développement, à cause de l’éloignement et faute d’eau potable et d’électricité. Avant d’atteindre ces bourgades reculées, il faut emprunter la route nationale 7 sur une distance de 70km, à partir de Toliara jusqu’à Andranovory, et on bifurque à droite pour prendre la route nationale 10, une piste rurale parfois sablonneuse, tantôt rocailleuse, tantôt boueuse.

 Localité

à 150km de cet embranchement, se trouve le chef-lieu du district, Betioky-
Atsimo. D’après les récits de quelques habitants de Toliara, le trajet entre cette localité et Andranovory était dangereux auparavant. « Les dahalo y dictaient leur loi. Ils semaient la terreur, mais depuis que le Dinabe d’Atsimo-Andrefana (une convention collective homologuée par le tribunal) a été approuvée au niveau des communes, les attaques ont cessé. Les paysans peuvent maintenant travailler en toute sécurité, les bétails paissent et les transporteurs voyagent tranquillement, même la nuit », fait savoir Simon Rakotondramanana, convoyeur sur la RN10.

De Betioky-Atsimo à Ejeda, dans le district d’Ampanihy, il faut compter environ quatre heures pour parcourir 80km. Au début du mois d’octobre, des gouttes de pluie ont humecté la piste et des flaques d’eau dissimulent les points noirs. Afin d’éviter les pannes, les conducteurs ont dû suivre les traces des véhicules qui venaient de passer devant, sinon ils rencontrent de mauvaises surprises et sont obligés d’attendre l’aide intéressée des riverains pour s’en sortir.

 Barrage

Éviter certains points noirs consiste notamment à faire un détour ou fouler d’autres pistes déjà tracées et surtout s’attendre aux imprévus. Près de Beahitse, quelques hommes ont barré des pistes carrossables avec des branches épineuses.

Ils savent à l’avance qu’au moins une voiture tomberait dans leurs filets. Les voyageurs leur ont poliment demandé pourquoi ils ont fermé le sentier. « Nous avons déjà labouré les terres », rétorquent-ils alors que visiblement, aucun travail de terre n’y est effectué. Les roues de la voiture patinent et ils commencent à imposer leurs conditions pour tirer l’automobile du point noir. « Ce qu’ils font m’écœure. Ils demandent 20 000 ariary pour désembourber les roues. Je n’ai jamais connu de Mahafaly qui agissent de la sorte : ils nous extorquent de l’argent et ils croient que cette habitude de barrer la route leur permet de gagner des sous », regrette Jean Fidison, un voyageur.

Non loin de ce premier barrage, des adolescents érigent aussi leur barrage épineux et à quelques kilomètres, c’est au tour des petits enfants de dresser aussi le leur. Ils exigent un droit de péage avant de laisser passer les véhicules.

Lorsqu’on aperçoit la rivière de Linta, la commune rurale d’Ejeda est proche. La ville chef-lieu peu animée, constitue la porte d’entrée du district d’Ampanihy ainsi que des communes limitrophes du district de Betioky-Atsimo (dont Fotadrevo et Lazarivo) et Bekily. Le paysage de ces zones arides se limite au couloir de cactus et d’aloès.

Fotadrevo une banlieue civilisée

La commune rurale de Fotadrevo se situe à 45km d’Ejeda, un itinéraire qui se boucle en trois heures. Les soixante dix mille habitants, essentiellement composés de Mahafaly, Antanosy, Antesaka et Merina, vivent du commerce, de l’agriculture, de l’élevage bovin et caprin. Quand des missionnaires débarquent dans une ville, ils rendent visite au maire en premier lieu pour se présenter, puis prospectent les lieux d’hébergement. Dans cet endroit, personne n’imaginera jamais qu’un hôtel nommé « Cinq étoiles » réserve à ses clients le confort. Moyennant 30 000 ariary, la chambre inclut un grand lit équipé d’une moustiquaire, une toilette à l’anglaise et une douche avec de l’eau chaude. L’électricité fonctionne jusqu’à une heure tardive le matin. Ailleurs, avec le même prix, le luxe n’y est pas du tout. Côté repas, vous devez passer vos commandes car le restaurant ne prépare les plats qu’à la demande. Cette commune paisible abrite une agence postale, deux magasins ainsi que des petits commerces qui vendent des brochettes de chèvre, des fruits et légumes. Mais il faut faire attention à l’eau calcaire qui pourrait provoquer des diarrhées.

Des communes désertes

Plus on s’éloigne de Fotadrevo, plus le chemin qu’il faut demander aux passants, devient de plus en plus difficile en raison de plusieurs bifurcations. La distance totale entre Fotadrevo, Lazarivo, Soamanonga et Anavaho est de 83km. A peine si un ou deux villages séparent ces communes les unes des autres et leurs points communs se résument à ces quelques mots : « La population, pour la plupart, vit dans la pauvreté. » La situation géographique, l’enclavement, le paysage, l’absence de points d’eau potable en témoignent. « L’insécurité alimentaire sévit dans notre commune durant la période de soudure. Heureusement que le Programme alimentaire mondial (PAM) distribue des vivres, tels que du riz et de l’huile, pour atténuer la faim dans certains ménages », explique Fedana, premier adjoint au maire de la commune rurale de Soamanonga.

A Lazarivo, le problème de manque d’eau impacte sur la santé de la population et la bilharziose persiste. De plus, à proximité, une exploitation aurifère ne profite pas à la population parce que les opérateurs étrangers s’occupent uniquement de la commune rurale de Soaseranana.

A Anavoha, une jeune commune de cinq ans, une seule borne-fontaine approvisionne en eau l’ensemble de la population. « Nous souhaitons que l’éducation soit meilleure. Nous avons une école primaire et en tant que nouvelle commune, il devrait y avoir un collège d’enseignement général. Des jeunes ont le diplôme du BEPC, mais ils ne trouvent aucun travail et cela nous plonge dans la pauvreté », indique Laha Tandravelo, ancien enseignant de l’école primaire d’Anavoha-Centre. Ces communes lointaines lancent un appel au secours à l’État pour qu’il se penche sur leur problème.