#3 Actualites Interview

Patrick Andriamahefa – « La décentralisation doit repartir de la base »

Candidat aux communales de Sabotsy-Namehana, soutenu par une liste de conseillers Patrick Andriamahefa insiste sur les problématiques de la décentralisation, selon lui à l’origine du retard du développement à l’échelle nationale.

D’où vient cette idée de se porter candidat à la mairie de Sabotsy-Namehana ?

J’ai toujours évolué dans le milieu politique, tout en étant journaliste ou responsable de communication. Je me présente sous la bannière de l’association « Alefa Sab-Nam », un slogan rassembleur depuis l’exploit des Barea à la CAN 2019. Des années durant, j’ai servi les intérêts des uns et défendu ceux des autres. Je pense qu’il est temps de prendre mes propres responsabilités et de faire valoir mes capacités innées, en me mettant au service de Sabotsy-Namehana, là d’où je viens. Je suis prêt à lui rendre ce qu’elle m’a donné.

Vous n’êtes pas alors un illustre inconnu?

Nous avons notre caveau familial à Andobo, un site bien connu des natifs d’ici, pour ceux qui seraient tentés de propager de fausses nouvelles selon lesquelles je serais un opportuniste, un intrus parachuté de nulle part. Je serais honoré de pouvoir redorer le blason de Sabotsy-Namehana. Une fois élu, je me mettrais à la disposition de toutes les bonnes volontés pour réussir cette mission à la fois noble et intéressante. Au sens propre de l’expression.

Etre originaire d’une commune est-il suffisant pour bien la connaître  ?

Insinueriez-vous que je suis un étranger chez moi ? Je vous citerais quelques précisions pour changer votre perception sur ma personne. La commune de Sabotsy-Namhana est composée de dix sept Fokontany et s’étend sur 22 km². Mais après la création d’Anosy-Avaratra comme commune à part entière, cette superficie a été réduite aux environs de 17 km². Elle compte 63 399 âmes, une statistique évolutive certes, mais qui constitue une base de données fiables. Soit 30 443 électeurs inscrits, répartis dans cinquante quatre bureaux de vote. Sur le plan social, Sabotsy-Namehana possède neuf écoles primaires publiques, un collège d’enseignement général, un
lycée et une cinquantaine d’établissements scolaires privés. Et un Centre de santé de base. Il est difficile de dire que ces infrastructures sont suffisantes. Mais elles arrivent néanmoins à couvrir les besoins actuels.

Quelle est votre analyse sur la décentralisation censée apporter le changement dans l’administration de proximité ?

La notion de décentralisation a été évoquée et entendue pour la première fois en 1974, par le colonel Bréchard Rajaonarison. Il a dénoncé la concentration des avantages dans la capitale. Mais sa démarche, mal comprise, a dérivé sur des considérations ethniques qui avait provoqué une grave crise militaro-politique. Une fois arrivé au pouvoir en juin 1975, Didier Ratsiraka a fait de la décentralisation sa vocation première. Ses successeurs ont abondé dans le même sens. Sans que quelque chose ait changé. À mon avis, le développement tant souhaité et attendu ne pourra se réaliser et se concrétiser tant que les communes et les Fokontany n’ont pas les moyens humains, matériels et surtout financiers de s’acquitter de leurs attributions naturelles.

Vous pensez que c’est un réel souci?

J’ai toujours eu l’impression que les structures territoriales décentralisées ont toujours été un appareil politique au service des tenants du pouvoir. Il a été fréquent, par exemple, qu’un président de la République persiste à inaugurer une petite réalisation au lieu de laisser cet honneur aux maires. S’il était incapable de laisser cette portion, sinon cette miette de considération, quels égards les maires pourront-ils attendre des dirigeants, trop soucieux de lustrer leur image ?

Comment allez-vous procéder pour vous soustraire à cette tutelle omnipotente ?

Des communes rurales ont démontré qu’il est possible de faire bouger les lignes avec de la rigueur, de la détermination et de la clairvoyance. Les performances de Penjy Randrianarisoa à Ivato, un confrère soit dit en passant, ont été souvent citées en exemple de la bonne gouvernance. Il a pu répondre aux attentes de ses administrés. J’entends m’en inspirer. Je compte gérer en toute transparence les recettes découlant des impôts fonciers sur les propriétés bâties (IFPB) et des autres impositions. Il s’agit d’une ressource financière non-négligeable étant donné la prolifération, à un rythme effréné, des constructions immobilières d’entreprises et de particuliers dans la circonscription de Sabotsy-Namehana par l’installation de « migrants » aux périphéries de la capitale. Je ferais aussi appel aux opérateurs privés pour qu’ils apportent leurs briques et leurs contributions à l’édifice. Et je n’exclus pas la collaboration avec le pouvoir central.

Dès qu’on parle de Sabotsy-Namehana, les vidéos et photos des inondations sur la route nationale 3 reviennent à l’esprit. Avez-vous envisagé des solutions à ces catastrophes à répétition ?

La saison des pluies va bientôt commencer. Et ces « tsunamis » que vous avez rappelés, risquent de se reproduire sans des mesures techniques adéquates, efficientes et efficaces pour les endiguer. Nous avons déjà fait des études approfondies pour endiguer ces crues et coulées de boue dévastatrices. Il sera aussi nécessaire de sensibiliser la population sur l’importance du curage des canaux d’évacuation des eaux pluviales.

Que faut-il faire?

Ces infrastructures communautaires deviennent des décharges d’ordures ménagères. Ce qui fait déborder les rives droites et gauches des fleuves qui serpentent le long des vallées de l’Avaradrano. Il ne sera plus question de s’y noyer. Je précise que les éventuels travaux à faire doivent être concertés avec la commune d’Ankadikely Ilafy, partie prenante aussi.

Il existe aussi des spécialités du terroir qui ont pu asseoir leur notoriété.

Vous voulez parler des saucisses et des Mofo gasy. Il est encourageant de voir que des boutiques et gargotes installées chez nous, privilégient la propreté et l’hygiène bien avant les profits commerciaux. Les spécialités culinaires vont être protégées et valorisées. Comment ne pas être sensible à ces petites attentions gustatives dont la réputation dépasse nos frontières ? Nous allons organiser des foires, des salons et des rencontres pour les promouvoir davantage. Il sera aussi envisagé des cycles de formation pour professionnaliser ceux qui s’y investissent.

Et les oranges ?

Un proverbe malgache dit « Malaza avy any Namehana nefa tsy nitondra voasary an-jaza » Cela signifie qu’en venant ici, il est de tradition d’apporter des oranges. Mais celles-ci ont disparu pour diverses raisons. Je prévois d’implanter des nouveaux pieds d’orangers.

Êtes-vous en mesure de réaliser toutes vos promesses ?

Je dirais « ne s’en tenir qu’à ce que l’on sait ». Je ne tire pas des plans sur la comète. Tout ce que je propose relève du domaine du faisable. Comme la construction et l’aménagement des marchés, la réhabilitation des ruelles, le désengorgement de la circulation, l’assainissement des fokontany, le soutien aux éleveurs et agriculteurs qui composent la majorité de la population…

Je ne verserai pas non plus dans une campagne de diffamation ou de dénigrement de ceux qui ont eu la charge de gérer la commune dans le passé. Je tiens à les remercier pour tout ce qu’ils ont pu faire. Le moment n’est pas à la division, mais au rassemblement de tous. Je refuserai aussi les prises de bec avec les autres candidats. Que le meilleur gagne, comme diraient les sportifs.

On ne peut pas évoquer Sabotsy-Namehana sans parler de Herisetra Rafanodina ?

Bien entendu. Herisetra Rafanodina, Setra, était un footballeur de talent qui a défendu à plusieurs reprises le maillot de l’équipe nationale, le Club « M ». Un honneur pour les natifs de Sabotsy-Namehana. Tout le monde a encore en mémoire son but égalisateur sur l’ensemble de deux matches, face à l’Égypte au stade de Mahamasina en avril 1985. Alors que des spectateurs des gradins demandaient son remplacement. Nous avons perdu aux tirs au but, mais Setra reste un bon exemple à suivre pour la jeunesse toute entière. Deux joueurs de Sabotsy Namehana renforcent déjà l’effectif des Barea Chan. Un stade de football porte déjà son nom. Un hommage plus que mérité. J’ai l’intention de reprendre les Tournois inter-fokontany de football. Pour dénicher d’autres Setra et inculquer l’esprit des valeurs sportives chez les jeunes.