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Baccalauréat et enseignement supérieur – L’examen de conscience

Les perturbations dans le déroulement du baccalauréat, la menace de gréve des membres du Syndicat des enseignants chercheurs de l’enseignement supérieur, le SECES, ont  provoqué une chaîne de réactions.

Jeudi 3 octobre à la Villa Berlin à Ambatoroka. La ministre de l’Enseignement supérieur et des recherches scientifiques Blanche Nirina apostrophée par des journalistes sur la fuite des sujets au baccalauréat a eu une réaction assez virulente. « Ici, il s’agit de commémorer l’anniversaire de l’unification allemande. C’est ni le moment, ni l’endroit de l’évoquer.  Pour parler de ces incidents au baccalauréat, je suis prête à vous recevoir et à vous répondre sur ces questions ».

Le lendemain, elle s’est excusée auprès des parents et des candidats sur ces dysfonctionnements en série. Elle a aussi insisté qu’elle n’a pas l’intention de démissionner. Ce serait fuir mes responsabilités, soutient-elle. Avant de dénoncer des manœuvres de déstabilisation derrière la publication sur les réseaux sociaux. Une hypothèse reprise par le président de la république Andry Rajoelina lors de son intervention radiotélévisée du dimanche d’après. Des arrestations des présumés coupables de ces graves entorses au déroulement d’un examen officiel ont été opérées par la gendarmerie nationale.

Concession

Et pour soulager les frustrations nées de ces  incroyables méprises, le président de la république Andry Rajoelina a imposé une deuxième session aux recalés de ces bourdes en cascade. Pour la première fois, les épreuves ont été traitée à la lueur des bougies au CEG Ambohimangakely. Profitant de ce semblant de chaos, le SECES en remet une couche. Ses membres exigent l’annulation du baccalauréat 2019 au prétexte que la valeur du diplôme délivré sera entachée de grabuges.

Ce à quoi la ministre Blanche Nirina Richard a répondu par une fin de recevoir. Mais les contestataires ont changé leur fusil d’épaule en remettant le couvert de leurs revendications sur des considérations salariales et autres avantages. Une insistance un peu exagérée au goût de l’Observatoire de la vie publique, SEFAFI, qui y décèle une volonté de perpétuer la culture du privilège, clouée au pilori par le pape François lors de son homélie à la messe de Soamandrakizay le dimanche 8 septembre. Le SEFAFI rappelle ces dérives sectaires.

« La Conférence des présidents et recteurs d’institution de l’Enseignement supérieur (Copries) s’est réunie le 3 septembre 2019 au ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Contestant les résolutions adoptées, des enseignants-chercheurs ont déclenché une grève illimitée.

– Heures complémentaires : les grévistes s’élèvent contre un projet de limitation des heures complémentaires à 1.500 heures par année universitaire et par universitaire. Certains d’entre eux, il est vrai, vont jusqu’à déclarer 3.000 heures par an, empochant des pactoles de plusieurs dizaines de millions d’Ariary en complément de leurs salaires et autres indemnités. Un simple calcul suffit pourtant à constater l’aberration d’une telle posture. Une année universitaire nominale dure 25 semaines. Dès lors, la limitation des heures complémentaires à une portion raisonnable s’avère inéluctable compte tenu du fait que ces mêmes enseignants doivent assurer leurs heures normales de travail ainsi que des travaux de recherches normalement prenants dont se réclame leur statut.

– La réglementation des procédures de sortie en mission. Le métier d’enseignant-chercheur implique de participer à des rencontres internationales, et donc des sorties du territoire. Les enseignants sont des fonctionnaires, toute sortie nécessite une autorisation car l’État doit protéger ses agents en déplacement. Quoi qu’il en soit, le seul fait d’être fonctionnaire entraine cette obligation d’autorisation préalable. Mais certains enseignants-chercheurs s’y refusent : ils veulent garder le privilège de voyager à l’extérieur à leur convenance, à l’instar d’une personne travaillant pour son compte mais avec la sécurité du statut de fonctionnaire en plus.

– La mise en place d’agents comptables dans les universités. Sauf modification des règles, tout établissement public doit se soumettre à une comptabilité rigoureuse justifiant l’usage des deniers publics. Pourquoi donc une université publique, bénéficiant même partiellement d’un budget émanant de l’État, refuserait-elle d’ouvrir ses comptes à un agent comptable ? Un refus suspect, de la part d’une profession qui compte des professeurs de finances publiques !

Les enseignants du supérieur devraient représenter l’élite intellectuelle du pays, ils se doivent ainsi par leur comportement, d’être exemplaires dans l’effort commun pour l’amélioration des pratiques au sein du secteur public. »

Une belle leçon de pragmatisme face au relent d’égoïsme manifeste.