Editorial

Variations sur un thème

Les pétroliers, toutes professions confondues, ont-ils raison de s’inquiéter sur l’application ou non de la vérité des prix du carburant? Leur angoisse s’explique par le retour d’Andry Rajoelina à la tête du pays. Durant
la Transition, il a décidé de geler les prix à la pompe, par l’entremise du ministre Mamy Ratovomalala, pour éviter une hausse généralisée du coût de la vie. Ce qui aurait eu pour conséquence la fin précoce de cette période, par une éventuelle contestation de masse, alors que lui, Andry Rajoelina, voulait la prolonger autant que faire se peut. S’il a pu agir ainsi, c’était à cause du retrait des bailleurs de fonds traditionnels, en l’occurrence le Fonds monétaire international, FMI.
Aujourd’hui, cette institution régulatrice des mannes financières a déjà manifesté sa bonne disposition à coopérer avec le régime issu d’une élection démocratique. Par l’octroi de 43,8 millions de dollars, une tranche de la Facilité élargie de crédit, FEC, d’un montant total de 310 millions de dollars, obtenue par les « bons résultats macroéconomiques » de la gestion des affaires nationales par le HVM. À l’évidence, le Conseil d’administration du FMI a privilégié la continuité de ses actions d’aides financières au lieu de jauger l’actuel gouvernement sur des sujets sensibles.
Comme ces prix du carburant, objets d’une âpre discussion entre le ministre de tutelle, Vonjy Andriamanga, et les professionnels du secteur des hydrocarbures. Au centre des préoccupations, des modifications à apporter au différentiel des coûts. Les deux parties n’ayant pas trouvé un terrain d’entente, l’État agite le spectre d’une décision unilatérale, une expression en vogue lors de la Transition, non reconnue par la communauté internationale. Andry Rajoelina l’utilisait quand il sentait que les difficiles négociations de sortie de crise tournaient en sa défaveur. Par exemple, il n’a jamais adoubé Eugène Mangalaza comme Premier ministre de consensus.
Ce qui pose et impose des interrogations. D’abord, au regard de la loi sur la privatisation avancée par Norbert Lala Ratsirahonanana, chef d’ État et de gouvernement du 4 septembre 1996 au 10 février 1997, pour reconquérir, du reste, la confiance des bailleurs de fonds, perdue dans les dédales des financements parallèles qui ont entraîné et conduit à l’empêchement du professeur Albert Zafy, les rôles de l’État ont été réduits à portion congrue. Régulations et contrôles « des mouvements » à travers l’Office malgache des hydrocarbures, OMH. La Transition a passé outre ces contraintes pour les raisons évoquées et invoquées plus haut. Absence des relations avec des partenaires financiers « normaux » et préservation à « tout prix » de la popularité d’Andry Rajoelina.
Certes, ces textes ont été rédigés à la hâte, ils sont perfectibles, mais constituent un cadre légal pour les activités gravitant autour des hydrocarbures. Ainsi il est reproché aux sociétés de distribution pétrolières de ne pas adopter « la variété des prix » dans leurs stations-services. Leurs responsables répondent en chœur qu’ils sont soumis aux mêmes conditions d’achat, aux mêmes conditions fiscales et d’impositions, il leur est impossible de devenir des concurrents sur les prix. Ils misent sur la qualité des « produits blancs », sur l’accueil ou sur d’autres atouts pour faire la différence. D’autant que dans la situation actuelle du pouvoir d’achat des consommateurs, précaire et fragile, même un écart d’un ariary par litre peut détourner l’attention et l’intention du conducteur de passage. D’où ce « deal tacite » sur un marché volatile par excellence.
À l’image des fluctuations des cours du baril, dont la chute vertigineuse était à l’origine de la faillite économique du Venezuela.
Tout le monde a aussi remarqué que les stations-services poussent comme des champignons. Il suffit de faire un détour sur le By-pass pour s’en convaincre. Et deux d’entre elles, ces sociétés en question, passent au rebranding de leurs enseignes. Tout cela nécessite de gros investissements. Si elles accusaient des manques à gagner, pouvaient-elles dépenser autant pour soigner leurs images de marque?
Il reste les parts de l’État dans ce conflit d’intérêts. Dans ces derniers mois d’existence, le gouvernement d’Olivier Mahafaly, pour satisfaire davantage les missions d’évaluation du FMI, a majoré de façon conséquente les Taxes uniques sur les produits pétroliers, TUPP. Vonjy Andriamanga entend-il les comprimer dans la nouvelle configuration? Or, ce sont autant de recettes fiscales faciles à encaisser. Aucune échappatoire ne s’offre aux automobilistes. Mais des questions ont été soulevées à plusieurs reprises sur leurs affectations. Pour ne citer que les redevances destinées à alimenter la trésorerie du Fonds d’entretien routier, FER. Les pétroliers sont souvent accusés de ne pas les payer à temps. Pas moins de 100 milliards d’arriérés au dernier bilan. Ce qui explique, en partie, le mauvais entretien des routes nationales.
Ce bras de fer cache un autre. Celui des fournisseurs en électricité de la Jirama, incapable de produire les besoins de ses abonnés. Depuis Addis-Abeba, où il participait pour la première fois au Somment de l’Union Africaine étant un président de la République, Andry Rajoelina a émis une idée mal perçue par un puissant groupe, en première ligne dans les investissements pour la Transition énergétique. Celle d’importer du gas-oil ou du fuel lourd
pour la Jirama sans passer par ces « intermédiaires ». Ce qui leur priverait « des bonifications financières » importantes. À ce propos, il a été aussi question de revoir les clauses qualifiées de léonines par Christian Ntsay, des contrats passés avec ces « partenaires » de Jirama. Encore des avantages accordés par les caciques du HVM à des tiers pour sceller la vente aux enchères, en douce de la Jirama, un des « joyaux » de la famille. Cela s’appelle le désengagement de l’État des secteurs productifs. Comme l’a si bien spécifié la « loi sur la privatisation »…

par Eric Ranjalahy