Le Semainier

Profession de foi

Le pire métier au monde. En 2012, le classement des emplois publié par Careercast.com et le Wall Street Journal a rendu un verdict sans appel. Deux cent métiers ont été passés au crible, allant du meilleur au moins attrayant, et en prenant en compte cinq critères différents: l’exigence physique, l’environnement de travail, le salaire, le stress et les perspectives d’embauche. Celui de journaliste apparaît à la 196e place. En Occident, le mythe est tombé de son piédestal. Le métier est désormais associé à la précarité. Les embauches se raréfient. C’est qu’internet est passé par là. La concurrence du web est rude aussi. En discutant avec des collègues canadiens à Montréal cette année, Bob Woodward, rédacteur en chef du Washington Post, 75 ans, mais toujours alerte, s’est rendu à l’évidence:
« L’impatience et la vitesse, voilà les maladies de la culture du Web dans laquelle nous vivons. On veut tout, tout de suite, en résumé. Tout est résumé, mais rien n’est compris ». L’instigateur du « Watergate », l’un des « Hommes du président » qui ont fait tomber Nixon, estime que pour faire face aux défis de ce siècle, « le journalisme doit être plus empirique et prendre son temps ». Les professionnels du pays ne sont pas épargnés par les différents questionnements qui surviennent à propos du métier. Ils font également face à la réticence d’un public lassé par la corruption qu’il pense avoir atteint la profession, mais qui en réalité gangrène toutes les forces productrices du pays. Et pourtant, ceux « peut-être les plus courageux » qui continuent à faire ce métier balaieront toutes ces pensées négatives d’un revers de la main. Ils évoqueront Albert Londres, qui aura eu cette chance immense de témoigner sur son époque en parcourant la planète. Ils vous raconteront les rencontres, les mille vies qu’ils auront parcourues, les histoires à hauteur d’homme, les pleurs refoulés et les joies contenues, les peurs qui sont tues. Ils raconteront avec enthousiasme ce métier qui leur fait quitter trop souvent maris, femmes et enfants. Parce qu’il se vit véritablement, pleinement et feront dire à beaucoup d’entre eux: quand je suis journaliste, je sors de ma propre vie. J’ai l’impression d’en avoir plusieurs. J’ai l’impression d’exister un peu plus. Bob Woodward reste encore celui qui sait trouver les mots pour le dire: « Si un Martien passait un an sur Terre et retournait sur Mars et qu’on lui demandait qui occupe le meilleur emploi là-bas, il répondrait le journaliste ! »

LE SEMAINIER par…Rondro Ramamonjisoa