Politique

La pluie diluvienne des nominations

Valse des têtes dans les ministères

Attendue. Telle a été la réaction des citoyens face aux nominations successives depuis la mise en place du nouveau régime, commencement de l’ère Rajoelina. Ce n’est pas nouveau quand le chef de la magistrature suprême change, c’est la logique voire la moindre des choses de le voir mettre en place ses équipes. Le fameux « on ne change pas une équipe qui gagne » est-il toujours d’actualité ?

Revenons un peu en arrière, au temps de la monarchie Merina. Sous le règne du roi Andrianampoinimerina et de son fils Radama Ier, le clan des Hova (roturiers) ont toujours été proche du pouvoir. À savoir les Avaradrano notamment les Tsimahafotsy d’Ambohimanga qui ont tout fait pour mettre Andrianampoinimerina au pouvoir pour ne citer que Rainijohary Andrianisa, originaire d’Ambohimanga du clan roturier Tsimahafotsy descendant de Rabefiraisana qui est un proche du roi. Cela fait penser à l’icône de la culture qu’était Gisèle Rabesahala, ministre de l’Art révolutionnaire et de la culture depuis 1977, originaire d’Avaradrano, plus précisément de père Tsimahafotsy, descendant de Rabefiraisana (conseiller du Roi) et de mère Tsimiamboholahy issu d’Ilafy. Un célèbre général proche du président Andry Rajoelina, qui a toujours été à ses côtés pendant la Transition, actuellement nommé au plus haut commandement de la gendarmerie, est aussi un originaire d’Avaradrano, d’Ambohimanga-Rova, du clan des Tsimahafotsy. La question de nomination, de pouvoir serait-elle une affaire de famille ?

filiales

Ceux qui ont dirigé, dirigent et dirigeront encore dans les années à venir ? L’histoire nous le confirme, le pouvoir n’est pas l’affaire de tout le monde. Le dicton « Miova sata, miova Andriana » refait surface, autrement dit « quand le roi change la discipline change » est toujours en vigueur jusqu’à maintenant. Finie l’ère Rajaonarimampianina, bienvenue à l’ère Rajoelina, bienvenue nouvelle équipe, mais le régime roturier serait-il aussi le bienvenu ? L’actuel chef de l’État est bel et bien entouré du clan Tsimiamboholahy, mais qui sont-ils ? C’étaient des guerriers d’où l’appellation « Tsimiamboholahy », qui ne recule pas devant l’ennemi. Leur histoire remonte même au XVIIIe siècle (Ombalahibemaso). Puis, sous le règne de Radama Ier au XIXe siècle, on a remarqué leur montée si auparavant, la force appartenait aux Tsimahafotsy. Les Premiers ministres Rainiharo, Rainivoninahitriniony (Raharo) et Rainilaiarivony sont tous des Tsimiambolahy originaires d’Ilafy. Depuis, le régime est toujours entouré de ces clans et ce, jusqu’à maintenant, pour dire que rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Le régime actuel collabore avec ce clan si ce n’est le chef de l’État lui-même qui en est un.

Vent du changement

Ce n’est que le commencement, le peuple devrait s’attendre et faire de sa vie quotidienne cette nomination à la vitesse grand V. Beaucoup de têtes pensantes ont été nommées ces derniers temps, à savoir au ministère de la Défense nationale le médecin-général de brigade Lysias Rasamimanana, directeur général de la Défense, le colonel Gabriel Rasoloniaina, directeur de la communication, le colonel Patrick Randrianirina, directeur financier, médecin général Fano Rakoto, directeur général de l’Hôpital CENSHOA de Soavinandriana. Au ministère de l’Aménagement du territoire,  Nivolanto Ratsimbazafy comme directeur général de l’Institut national de l’infrastructure (ININFRA), Harimanana Rabe, directeur général de l’Aménagement du territoire. Au ministère des Mine, Lalalison Razafintsalama, directeur général des Mines.

combines

Au ministère des Transports, du tourisme et de la météorologie, Yves Rakotoniaina, directeur général du tourisme, et Raholijao Nirivololona, directeur général de la Météorologie. Au ministère de la Population, de la protection sociale et de la promotion de la femme, Arimanana Ravelojaona en tant que directeur général de la protection sociale. À la présidence de la République, Rinah Rakotomanga comme directeur de la Communication et des relations publiques. Au Comité pour la sauvegarde de l’Intégrité, Sahondra Rabenarivo est nommée présidente, à la Primature  Georges Rasolo comme directeur du cabinet civil du Premier ministre, à l’Agence nationale d’appui au logement et à l’habitat (Analogh) Hasina Razafindrakoto devient directeur général, le nouveau chef de district de Manjakandriana est Sitrakiniavo Rajaonarison, le directeur administratif et financier du ministère des Mines et des ressources stratégiques est Tatiana Andriambelomanana, celui de la Culture au ministère de la Communication et de la culture est Francis Alexandre Razafiarison.
Des décrets de nomination sont abrogés, touchant le président du conseil d’administration de la Jirama, le secrétaire général, le directeur général et directeur régional du ministère de l’Économie et des finances, le directeur général du ministère de l’Aménagement du territoire, le secrétaire exécutif du Bureau national de la gestion des risques et catastrophes (BNGRC),  les vingt deux chefs de région, le directeur de la lutte contre les IST/Sida au ministère de la Santé publique, les ambassadeurs extraordinaires et plénipotentiaires de Madagascar. « Tolérance zéro et sanctions exemplaires à l’égard de tout le personnel administratif en matière de corruption », a affirmé le président Rajoelina.
Le fait de procéder à ces changements voudrait-il dire la mise en place d’une administration sans corruption ? Selon l’organisation non gouvernementale Transparency International en 2018, « Madagascar est classé 153e sur 180 pays » sur l’indice de la perception de la corruption. Le pays a reculé de dix places par rapport à 2017. Cette année a marqué l’histoire de Madagascar avec la montée au pouvoir d’Andry Rajoelina, la caméra est tournée vers ce régime, notamment sur la bonne gouvernance, l’État de droit, le respect de la démocratie et la liberté d’expression. À noter que c’est son entourage qui fait l’image du chef de l’État, or c’est le chef de l’État qui est l’image du pays.
Dans ces nominations, on retrouve des personnes qui ont toujours été aux côtés du président Rajoelina et qui pourraient donner une idée de sa personne, entre autres , le secrétaire d’Etat chargé de la gendarmerie nationale, le général de division Richard Ravalomanana, ancien commandant de la gendarmerie nationale pendant la Transition, Augustin Andriamananoro, directeur général des projets présidentiels (DGPP), ancien ministre de la Transition et l’une des têtes pensantes du Président, Pierre Houlder, directeur général des affaires politiques… et la liste est longue. Pourrait-on espérer que ces personnes nommées veilleront à l’intérêt supérieur de la nation ? Que les avantages de ces personnes ne seront utilisés que pour le développement du pays ? Le peuple n’attend que le changement du nouveau président, il lui a accordé sa confiance, il est ainsi redevable envers le peuple.

frustrations

Pourrait-on imaginer une amélioration du niveau de vie dans pas longtemps ? L’insécurité ne serait-elle plus qu’un mauvais souvenir ? Les Malgaches auront-ils chacun sa propre maison, rouleront-ils dans une belle et simple voiture loin du luxe. Si ce n’est pas un rêve, cela y ressemble.
Quant à la nomination des ambassadeurs, elle est attendue avec impatience. L’article 54 de la Constitution de la IVe République stipule : « Le président de la République accrédite et rappelle les ambassadeurs et les envoyés extraordinaires de la République auprès des autres États et des organisations internationales, il reçoit les lettres de créances et de rappel des représentants des États et organisations internationales reconnus par la République de Madagascar ». Il appartient au président de la République de décider du sort de ces hommes de confiance, mais il ne pourrait pas gérer tout seul le pays.
Derrière ces nominations, il y avait/a/aura toujours des têtes habituées à influencer une décision. Si ce sont vraiment des personnes qui veulent le bien de notre pauvre pays, pourquoi ne pas les soutenir ? Calcul politique oblige.

Par Rija Andrian Ravelojaona