Editorial

En vert et contre tout

Etre écologiste n’a jamais été une conviction profonde, une détermination éprouvée chez les Malgaches. Il s’agit plutôt de suivre ce qui est en vogue ailleurs. Si le père de l’Indépendance, Philibert Tsiranana, voulait reverdir l’île rouge par le reboisement, l’icône de la démocratie Albert Zafy, dans les années 90, a été le premier à créer un parti politique réclamant un statut, une étiquette écologique, l’Union nationale pour la démocratie et le développement, UNDD. En fait, ce choix a été dicté par opposition au rouge de l’Arema de Didier Ratsiraka, qui était confronté à une vaste contestation populaire depuis le 1er mai 1991. Le régime éphémère du professeur Albert Zafy, du 27 mars 1993 au 4 septembre 1996, n’a pas pu prouver sa bonne foi sur ses réelles intentions.
La seule performance réalisée et notable aura été la venue sur la Place du Treize-Mai, le dimanche 29 septembre 1991, de Christine Aulas, députée des Verts au parlement européen, alors que les meetings au quotidien exigeant le départ sans conditions de Didier Ratsiraka, commençaient à s’essouffler. Elle a apporté son soutien moral aux militants et à leur lutte, insufflée par le vent du changement qui a balayé, deux ans plus tôt, le mur de Berlin.
Entrainant avec lui la chute de l’empire soviétique et la dislocation du bloc de l’Est à vocation socialiste. Une fois évincé du pouvoir par le retour en « grande pompe » de Didier Ratsiraka, aucun membre de l’UNDD, n’a plus osé parler de causes environnementales.
Des années plus tard, Sahara Rabeharisoa a repris le flambeau. Elle se présentait à la présidentielle de 2013 sous le label vert, en insistant sur la protection de l’homme et de la vie, de la terre ancestrale, de l’eau, et des ressources naturelles rares, endémiques et symboliques. Un discours qui aurait pu séduire les électeurs à cette époque. Car le pays, sous le régime transitoire, a fait l’objet de nombreux pillages. Dont les trafics de bois de rose, de tortues, de l’or, les expropriations foncières presque tous les jours, dénoncés par des organisations non- gouvernementales nationales et internationales. Mais les Malgaches ont été insensibles à ces préoccupations. Elle n’a recueilli que des miettes de voix. Même si elle a pu néanmoins battre quelques candidats, mieux cotés qu’elle au départ de la course à la magistrature suprême. Déçue et désappointée par tant d’indifférence, Sahara Rabeharisoa a changé de cap pour être à la tête du Parti libéral démocrate, PLD.
Entretemps, lors d’une allocution mémorable au Sommet de la terre à Durban, Marc Ravalomanana a promis au monde entier, de décupler la superficie des aires protégées et des parcs nationaux. Ce qui aurait pu dépasser la totalité du territoire national. Qu’importe, le rachat des dettes de Madagascar, dans le cadre de l’Initiative pour les pays pauvres endettés, IPPTE, par de généreux donateurs, a été affecté pour financer des projets nvironnementaux.
Aujourd’hui, Andry Rajoelina envisage de couvrir Madagascar de 250 millions de jeunes plants en cinq ans. Pour faire de la Grande ile le poumon de l’océan Indien. Dans le cadre de la reforestation, la nouvelle appellation du reboisement. Si la démarche est louable, l’efficacité de l’opération n’est pas pour autant acquise. Car, dans la plupart des cas, ce sont autant d’occasions pour bureaucrates en mal d’évasion, d’oublier la monotonie journalière et l’ambiance austère entre quatre murs, par un pique-nique géant. Le devoir envers la nation est bouclé en deux temps, trois mouvements, pour pouvoir se défouler très vite. Le tout suivi par un encart publicitaire d’une page entière dans les quotidiens. Combien de ces jeunes plants atteindront l’âge adulte? Ils doivent aussi affronter d’autres aléas pour ne citer que l’enfer des feux de brousse.
Il reste aussi des points à reconsidérer. Selon des statistiques récentes, la consommation de bois énergie à Madagascar équivaut à 18 millions de mètres cubes par an, dont seule la moitié provient des exploitations légales. Pas moins de 97% des foyers les utilisent comme source d’énergie de cuisson. Au fur et à mesure de l’essor démographique, la demande ira crescendo, mettant davantage de pression sur ce qui reste de réserves forestières. Les 40 000 hectares à couvrir par an, selon les prévisions annoncées par Andry Rajoelina vont-elles combler le gap de la déforestation ? Une estimation sortie des études d’il y a quelques années mais remise au goût du jour.
Alors que le gaz domestique, une des alternatives propres, est soumis à une taxe sur la valeur ajoutée, TVA, de 20%. Ce qui rend son prix d’achat hors de portée des ménages à revenu moyen. Une société de distribution
affiche la part de la TVA dans la totalité des prix, pour signaler aux consommateurs mais surtout aux responsables, le poids de cette imposition sur le gaz. Il est peut-être temps de supprimer cette charge supplétive au profit de la sauvegarde de l’environnement.
Pour se démarquer de ses prédécesseurs, Andry Rajoelina prévoit des semis via des drones pour les sites difficiles d’accès. Mais l’écueil viendrait de cette mentalité des Malgaches, vivant au jour le jour, qui refusent de se
soucier de quoi demain sera fait. La plupart s’insurgent que des millions de dollars soient investis pour protéger des espèces animales en voie de disparition alors qu’ils fouillent des ordures pour manger. Qu’il est interdit d’exploiter des gisements d’or enfouis dans les aires protégées et les parcs nationaux, des activités, certes souvent destructrices par ses excavations ici et là, mais pouvant générer des richesses aux plus démunis de la société. En somme, la tangente reste la même. La lutte contre la pauvreté peut-elle s’accommoder des soucis environnementaux?

par Eric Ranjalahy