alaune Politique

Rivo Rakotovao – Sous l’éteignoir

Rivo Rakotovao assis sur un siège éjectable

Sans crier gare, le TGV est en passe de devenir un véritable rouleau compresseur. Le président du Sénat, Rivo Rakotovao, en fait les frais.
Il se trouve désormais dans ses derniers retranchements

Un début de semaine houleux pour Rivo Rakotovao, président de la Chambre haute du Parlement. Après l’adoption des députés des projets de loi permettant au président de la république Andry Rajoelina de légiférer par voie d’ordonnance dans un temps limité, pour des motifs ou objets précis, beaucoup attendaient un sursaut d’orgueil du côté des sénateurs HVM et ceux nommés par les soins et la volonté, en toute indépendance, de Hery Rajaonarimampianina. Il n’en fut rien .Les 52 « sages » présents ont levé la main, comme un seul homme, pour emboîter le pas des députés. Une réaction assez inattendue pour les élus HVM, ou ce qu’il en reste. Mais tout à fait dans la logique de leurs petits calculs intéressés chez les « heureux élus ».
Déjà, lors de la récente campagne électorale pour
la présidentielle, les Pierrot Rajaonarivelo, Bruno Betiana et consorts, des vieux routiers de la vie politique, n’ont manifesté un quelconque enthousiasme particulier à l’égard de celui, grâce à qui ils s’assoient sur des sièges douillets et s’assurent d’une retraite dorée. Berthin Randriamihaingo, avec son « Groupe », et ses réseaux de ramifications dans l’Atsimondrano, a choisi de surfer sur la vague « Orange ». Les autres n’ont pas fait de propagande, n’ont formulé de plaidoiries pour défendre les acquis du régime HVM. Pourtant, les Sénateurs, toutes tendances confondues, sont censés être des liants, des maillons essentiels des rouages de la décentralisation effective, pour le moment fictive, le cheval de bataille du candidat num-éro 12, à travers ses nombreuses réalisations touchant les populations à la base.

Esseulé

Hery Rajaonarimampianina a été laissé et délaissé seul dans ses détresses personnelles, consécutives à sa déroute électorale. Alors que la belle vie se poursuit pour ces privilégiés de la politique politicienne malsaine et nauséabonde. L’avis de la Haute cour constitutionnelle, sollicitée par Andry Rajoelina pour statuer sur leur cas, les qualifie « d’indéboulonnables ». Une fois que leur avenir a été clarifié, ils n’ont plus de dette à rembourser envers Hery Rajaonarimampianina. Ils ont aussitôt rallié, d’une manière tacite et insidieuse, le nouveau tenant de tous les pouvoirs.
Mais la fronde et le changement de cap ont pris aussitôt une autre allure. Après l’ouverture d’un grand boulevard pour Andry Rajoelina, les têtes pensantes de la majorité « émergente » voulaient s’occuper de Rivo Rakotovao et les membres du Bureau permanent du Sénat. Sentant le mauvais coup venir, les incriminés ont pu déguerpir in-extremis. Pour combien de temps ? Car ? Roger Kolo, HVM de première heure, a mis les choses au clair. « Il ne s’agit pas d’une animosité à l’encontre d’une personne. Mais l’alternance démocratique doit s’appliquer à toutes les instances dirigeantes des institutions. Nous avons une large majorité pour y arriver », a-t-il asséné. Berthin Randriamihaingo plantes d’autres banderilles sur le dos de Rivo Rakotovao.
«  Nous, les sénateurs, devons être des exemples en termes d’attitude. Je ne comprends pas pourquoi ils ont quitté la séance alors que nous voulions évoquer un sujet d’une grande importance sur la vie du Sénat ».
Pour les habitués du sérail, l’attitude belliqueuse de Roger Kolo s’explique tout de même par une sorte de revanche sur son bourreau. En janvier 2015, après les vœux du Corps diplomatique et des Corps constitués au président de la république Hery Rajaonarimampianina et son épouse, Rivo Rakotovao, ministre des Projets présidentiels et surtout « Chef suprême » des militants HVM, a convoqué une réunion avec des députés soutenant le parti au pouvoir, dans un « Espace » du côté d’Iavoloha. Ils ont concocté une motion de censure pour évincer Roger Kolo de la primature. Sous une forte pression et même de menace selon ses dires, ce denier a jeté l’éponge avant que la mutinerie n’éclate. Au nom de l’intérêt supérieur de la nation.

Errances

Il est vrai que le docteur venu tout droit de la Suisse, a éprouvé d’énormes difficultés à assumer ses nouvelles fonctions. Il a obtenu sa place en guise de récompense de sa loyauté et de son dévouement sincère envers Hery Rajaoanrimampianina. Recalé de la présidentielle de 2013, tout comme Jules Etienne Rolland, il a « prêté » son dossard, son stalle de départ pour les turfistes, le numéro 3 au poulain du HVM. Avec les résultats des courses. ­­­Par contre, Roger Kolo a fait sensation en présentant la Politique générale de l’État, PGE, en français devant des députés médusés. L’un d’eux, Guy Rivo Randrianrisoa du TIM, a relativisé « c’était mieux ainsi. Au lieu d’écorcher la langue nationale à chacune de ses phrases. Cela aurait fait mal aux oreilles ».
Mais ce qui a été sa plus grande bévue aura été cette prévision de croissance économique, en termes réels du Produit intérieur brut, PIB, de 7,5 % en six mois. Il n’a été nommé Chef du gouvernement qu’u mois d’avril 2014 à cause d’interminables batailles sur la signification exacte de l’article 54 de la Constitution y afférente. De passage au pays, le Commissaire européen du développement venu s’enquérir des nouvelles, a commenté avec tact et diplomatie ces prévisions pour les moins fantaisistes.

Epreuves

Madagascar vient de sortir d’une longue et douloureuse crise politique, de nombreux secteurs nourrissant cette progression ont été sinistrés, il a été difficile de l’atteindre. Et même les dragons asiatiques à l’époque de leurs années fantastiques n’ont pas réalisé une telle performance.
Tout cela ne pouvait pas autoriser Rivo Rakotovao à fomenter des coups fourrés à l’insu de son supérieur hiérarchique au sein du gouvernement. Une trahison restée en travers de la gorge de Roger Kolo. Qui peut trouver un allié de taille au Sénat. Le vénérable Honoré Rakotomanana, lui aussi éjecté de son perchoir pour permettre à Rivo Rakotovao, ministre de l’Agriculture muté au Palais de verres d’Anosikely, de devenir la doublure officielle et fidèle de Hery Rajaonarimampianina, obligé de démissionner pour être candidat à sa propre succession. En politique, l’ascension peut être aussi fulgurante sur l’échelle des valeurs et la chute tout autant vertigineuse.

Par Eric Ranjalahy/ Photo : L’Express de Madagascar 

Editorial