Dossier

Adolescence – Fugue rime avec mineur

Huguette Ravelomananony, chef de la PMPM, durant la conférence de presse du 30 janvier

La fugue prend de l’ampleur en milieu urbain. Des enfants disparaissant du foyer familial et supposés en cavale avec des amis font défrayer la chronique et alimentent de temps à autre les actualités sur les réseaux sociaux. Des mesures ont été prises au sein des services concernés. Une conférence de presse en présence du service central de la police des mœurs et de la protection des mineurs et de la division cybercriminalité s’est tenue en ce sens en fin janvier

Huguette Ravelomananony, chef de la PMPM, durant la conférence de presse du 30 janvier

Depuis le mois de janvier, neufs plaintes et signalements ont été reçus au niveau du service central de la police des mœurs et de la protection des mineurs ou SCPMPM. Les fugues touchant des mineurs entre 12 à 15 ans. Pour la plupart des cas, les parents inquiétés ont communiqués les disparitions à travers les réseaux sociaux afin d’accélérer les recherches. De leurs coté, par rapport aux nombreux cas de fugues, le SCPMPM avec le chef de division cybercriminalité ont organisés une conférence de presse le 30 janvier afin d’apporter un éclaircissement sur les cas dont ils ont été saisis: « Pour les différents cas dont ont a été saisi, certains sont des cas de fugues et de détournement des mineurs. La plupart des fugues sont du à des problèmes familiaux notamment mauvais traitements des enfants, le divorce des parents. C’est le cas d’une fille qui a été maltraitée et qui est venue directement. Elle a affirmé qu’elle ne voulait plus retourner chez elles. Et de deux enfants de 10 et 6 ans qui ont fugués pour rejoindre leur père à Antsirabe» explique le Commissaire Huguette
Ravelomananony, chef de la PMPM, durant la conférence de presse. Par rapport aux procédures de signalement le commissaire s’adressant aux parents ne manque pas de faire remarquer l’importance des signalements au niveau de leurs services: « il est nécessaire de procéder à un signalement auprès du SCPMPM, si le cas de disparition se présente, puisque nous ne pouvons pas agir sans les signalements et les déclarations déposés par les parents ou proches auprès de nos service » ajoute le Commissaire Huguette Ravelomananony.

Difficultés

Des réunions à l’origine des dérives

Si sécher les cours est un fait presque séculaire partant de la classique école buissonnière vers l’absentéisme scolaire, les causes de la fugue liées au tabagisme et à l’environnement social sont connues. « La fugue se définit justement comme le fait pour un mineur de quitter volontairement le
domicile familial ou tout autre milieu de garde ou institution sans l’autorisation de la personne qui assure sa garde », rappelle de psychiatre Lanto Ratsifandrihamanana, Directeur de l’hôpital psychiatrique d’Anjanamasina situé à 18 km au Nord d’Antananarivo. Selon ce médecin, la personnalité pathologique rencontrée chez un enfant est un facteur de risque en comparaison avec la normalité des autres enfants dans une même famille. La détresse psychologique chez un enfant en rapport avec la peur de la tendance agressive de l’un ou des parents conduit également à la fugue.
L’angoisse permanente ainsi que la peur de l’échec, mais également l’abus sexuel, finissent par pousser un individu vers la fugue. « Dans le cas des familles isolées coupées de tout contact avec l’environnement extérieur, et pour les familles précaires ou encore les familles explosées, l’éventualité d’une fugue se précise. L’abandon familial fait également partie des problèmes propices à l’accroissement des cas de fugue », souligne Lanto Ratsifandrihamanana. Néanmoins, ce n’est pas seulement l’individu avec sa personnalité pathologique ni la famille avec tous les problèmes pouvant y exister qui sont sources de fugue, il y a également, entre, autres les difficultés dans les institutions à l’instar des internats.
Aveux

La nuit peut générer des ennuis

Médecin de son état, Docteur Lanto Ratsifandrihamanana rencontre chaque jour des patients et des parents en situation difficile avec leurs enfants. Il répète que les facteurs de risque s’agissant de la fugue sont l’individu, la famille, l’école, les amis et la communauté. Face à ces facteurs de risques, des précautions sont à prendre afin d’éviter la fugue d’un enfant. « Il faut comprendre que la fugue est un acte de révolte, là où l’enfant ne supporte plus l’autorité parentale. Dans ce cas , la fugue est prévisible. L’enfant veut alors se délivrer et accomplit une recherche d’autonomie afin de manifester son identité.

Le désir de changement et l’évitement de l’affrontement avec les parents ou entre ces derniers justifient également une fugue. Toutefois, la volonté de chercher des solutions peut se traduire par la fugue », avertit le psychiatre Lanto Ratsifandrihamanana. La fugue est un signal d’alerte qu’il ne faut donc pas nier. Là où une fugue prévaut, une interpellation se fait spontanément car une disparition suscite que l’on veuille ou pas, des questionnements chez ceux qui se sentent concernés de près ou de loin. L’enfant placé au centre de difficulté aspire normalement à un meilleur bien-être. La quête d’un monde meilleur découle de l’influence des amis en toutes circonstances.

QUESTIONS à…

Docteur Lanto Ratsifandrihamanana – psychiatre de carrière – 

Diamondra Randriatsoa- Tsiory Fenosoa Ranjanirina -Photos : Claude Rakotobe – Archive

Le docteur lanto Ratsifandrihamanana partage ses expériences sur la psychologie délinquante

Vu la situation de fugue touchant les mineurs actuellement, quelles pourraient être les différents facteurs d’ordre psychologique et psychiatrique d’après vous ?
Dans le cadre des fugues actuelles, des facteurs de risques se trouvent au préalable de la prévalence de la fugue. S’agissant de son individu, Il y a lieu ici de savoir si le sujet a une personnalité pathologique ou non. Et le cas fréquent est que le mineur pourrait avoir une personnalité pathologique, cette dernière qui est liée à la construction de sa personnalité depuis son enfance. Cette personnalité s’explique par son degré de sensibilité et de sa détresse psychologique par rapport à son
environnement. Outre, L’environnement dans lequel il évolue ne favorise
pas l’épanouissement du mineur
en tant qu’individu.

Dans quels sens?
On peut citer, les abus sexuels et les déplacements fréquents de la famille dans un lieu donné sont néfastes, alors que des liens sont déjà entretenus entre l’enfant et les habitants. Les liens entrecoupé ou brisés en raison du départ d’un lieu vers un autre frustrent un enfant. L’école où l’enfant privilégie l’absentéisme conjugué avec les mauvais résultats scolaires et surtout l’étiquetage négatif fait par un enseignant à l’endroit d’un élève est un terrain d’origine de la fugue. Également, le facteur pourrait être lié à la famille et la communauté notamment les conditions socio-économiques précaires au sein de la famille, de nombreux conflits interpersonnels tels que le tabagisme, la maltraitance ou la violence conjugale.

Par rapport aux facteurs que vous avez cités, quelles pourraient être l’explication des cas de fugues récemment ?
Par ces différents facteurs, le mineur associe la fugue comme un acte de révolte par rapport à sa situation familiale ou les maltraitances vécues. Ainsi la seule solution pour ce dernier est de quitter le domicile familial mais pour la plupart des cas, le mineur après une journée finissent par revenir auprès de sa famille. Il y a eu lieu aussi de citer de la recherche d’autonomie par l’adolescent ou adolescente. La fugue est une façon de se faire connaître comme un individu à part entière. De plus son entourage constitue une influence surtout pour un adolescent. Je qualifie cela comme l’influence des pairs ou amis. La fugue est évitable dès qu’il ne manque pas à l’enfant un état affectif normal. Ce sont les problèmes familiaux auxquels l’enfant veut échapper et souvent l’incitation des amis ainsi que les difficultés scolaires qui se trouvent à l’origine de la fugue.
L’accoutumance aux substances contenant des feuilles de tabac ou tabagisme provient du milieu où vit l’enfant,
notamment son cercle d’amis.

Quelles solutions proposez-vous alors afin de prévenir cette situation?
Pour parer à cette situation, il est nécessaire de faire état de l’individu ou du mineur, ainsi il faut privilégier l’échange entre les parents et l’enfant. Dans ce cas, les parents doivent prioriser les discussions pour détecter les problèmes du mineur, surtout les problèmes pathologiques et si besoin consulter un psychologue ou
un psychiatre. Également, ils doivent favoriser une ambiance plus agréable afin de permettre un meilleur épanouissement du mineur dès son plus jeune âge.

La genèse?
Tout part des cercles de fréquentations à l’exemple de la famille, de l’école, des liens amicaux. L’individu en question aussi est source de problème lorsqu’il a une personnalité pathologique. Dans la croissance de l’enfant, l’affection maternelle sert de fondation à l’état émotionnel du bébé, par la suite l’affection triangulaire impliquant les deux parents et l’enfant forge la personnalité de l’enfant jusqu’à l’âge de cinq ans. Il est ainsi conseillé aux femmes soucieuses d’avoir un enfant personnellement développé de s’abstenir de travailler et de consacrer son temps à donner de l’affection à l’enfant. Les amis qui manifestent peu d’intérêt pour les études sont à éviter.
Il faut sensibiliser les enfants à se rapprocher des bonnes âmes. Déjà la communauté aussi fait figure d’influence pour l’enfant.