Editorial Opinions

Taxes à géométries variables

Une porte de sortie, une issue de secours. Emmanuel Macron face à la montée de la « fièvre jaune », surtout à Paris, théâtre d’actes de violences à l’encontre des forces de l’ordre, et de vandalisme sur des lieux « sacrés » comme l’Arc de triomphe, a-t-il trouvé la solution pour désamorcer un « quatrième samedi noir »? À l’origine de ces colères des « Gilets jaunes » dont les manifestations pacifiques ont été infiltrées par des « professionnels de la casse », la hausse des prix du carburant par la majoration des taxes le long du différentiel des coûts. Alors que sur le marché international, les cours du Brent, pétrole de la Mer du Nord, ont amorcé des décrues assez importantes à l’échelle des valeurs.
Les automobilistes français ont mal compris l’utilité de ces impositions supplémentaires. Les contestataires, dont l’érosion du pouvoir d’achat a gagné en ampleur à la veille des fêtes de fin d’années, ont suggéré un moratoire ou un retrait tout court avant l’entrée en vigueur de ces nouvelles contraintes financières le 1er janvier. En attendant, beaucoup d’entre eux font le plein au Luxembourg voisin. Emmanuel Macron, dans son allocution sur la transition écologique, a proposé des « taxes modulables » en fonction des fluctuations des prix du brut.
Une offre jugée insuffisante par les concernés. Son Premier ministre Edouard Philippe a fini par accorder un moratoire de six mois. Louable initiative, mais trop tard, jugent les opposants.
Chez nous, la situation politique lourde et pesante, consécutive à la tenue de l’élection présidentielle, l’application de la vérité des prix du carburant, l’une des exigences des bailleurs de fonds, a été presque mise entre parenthèses. Qui va oser endosser la responsabilité d’une décision impopulaire par excellence, alors que la campagne pour le second tour bat son plein? Quand bien même une petite retouche est intervenue cette semaine. Comme préparation psychologique, il a été préférable de dévier l’attention par d’éventuelles modifications à apporter sur « la facture pétrolière ». Mais les partenaires financiers ne tarderont pas à réagir, une fois que le verdict final du scrutin tant attendu tombe.
Ils vont rappeler les engagements de la partie malgache dans le cadre du programme conclu, par exemple, avec le Fonds monétaire international, FMI. Qui a permis au régime HVM de bénéficier de la Facilité élargie de crédit, FEC, d’un montant total de 310 millions de dollars. Des reliquats restent à décaisser, mais le FMI attend de voir un peu plus clair l’issue de la bataille politique pour reprendre le cours des événements.
Le gouvernement de Christian Ntsay a une durée de vie limitée, il n’a pas pour vocation de trancher sur des questions engageant le pays sur le long terme. Même attitude prudente chez les autres «amis » de Madagascar. Ils se contentent de soutenir le processus électoral en cours par des appuis financiers consistants.
Pour donner l’impression d’aller dans le sens voulu par les émissaires du FMI, le gouvernement d’Olivier Mahafaly,
bien avant celui d’Edouard Philippe, a pompé davantage les automobilistes par une augmentation conséquente des Taxes sur les produits pétroliers, les fameuses TUPP. Pour un État en quête perpétuelle d’un meilleur recouvrement des recettes fiscales, les TUPP constituent une solution de facilité. C’est le cas de le dire car elles n’offrent aucune échappatoire aux concernés. À chaque litre vendu, l’État empoche une grosse part du « butin ».
Mais ce sursis pour des raisons politiques évidentes, peut s’évaporer au fil des jours. Comme de l’essence exposée au soleil. D’autant que des autorités de régulation, une fonction devant être réduite au contrôle de qualité et de la gestion des stocks eu égard aux dispositions des lois sur la privatisation, annoncent qu’il existe un gap de 900 ariary par litre à combler par rapport aux derniers réajustements tarifaires. Durant la Transition présidée par Andry Rajoelina, privée de l’assistance des bailleurs de fonds, le gel de ces prix lui a valu l’approbation des consommateurs qui craignaient une envolée inflationniste par la spirale haussière, à partir des « pompes funestes ». Mais ce satisfecit du grand nombre a conduit les gérants des stations-service au bord du gouffre financier. La plupart ont été obligés de comprimer au strict minimum l’effectif de leur personnel.
Ce qui a gonflé le volume du travail de ceux qui ont « eu la chance » de rester. Les gérants, au contraire des idées reçues, ne sont pas des employés des sociétés pétrolières de distribution. Ils invertissent leurs propres capitaux. Alors que ce maintien des prix des « produits blancs » qui assurent 80 à 90% de leur chiffre d’affaires, a considérablement réduit leurs marges financières. Ils ont été abandonnés par leurs banques pour insolvabilité manifeste. Sans fonds de roulement, ils ont fait faillite.
Il se peut ainsi que ces prix flambent dès le début de l’année. Au lendemain des fêtes, ils constitueront le premier dossier chaud sur le bureau du nouveau président de la République. Les « gilets jaunes « feront-ils tache d’huile à Madagascar ? Ces derniers mois, il semble que la résignation l’ait emporté sur toute idée de révolte.

par Eric Ranjalahy