Dossier

Tourisme – Des hôtels émergents dans la capitale

Le futur RADISSON BLU Ambodivoina

Utopique non, réalisable oui. Le rêve d’atteindre le million de touristes qui viendraient visiter
Madagascar est parfaitement envisageable si les acteurs du secteur ainsi que les responsables étatiques conjuguent leurs efforts

Le futur RADISSON BLU Ambodivoina

Malgré un bilan mitigé durant l’année dernière, les perspectives sont plus prometteuses pour la saison 2019 qui entamera sous peu sa période rush. En effet, selon l’Institut national des Statistiques, le nombre de touristes
étrangers ayant visité la Grande île a diminué de 6,8% entre janvier-septembre 2018 et la même période de 2017. L’insécurité grandissante étant la principale cause sans parler des péripéties sanitaires que la Grande Île a due traverser. Inévitablement, le taux de remplissage des établissements hôteliers a baissé à 35 % contre 50 % à 60 % l’année écoulée, selon les responsables des grands complexes hôteliers de la capitale malgache. Ainsi, La baisse de la fréquentation touristique rencontrée durant la période touristique est due en partie à la diffusion de mauvaises images de Madagascar qui a engendré un essoufflement d’enthousiasme chez certains touristes, d’une part. Certains d’entre eux ont décidé de changer de destination. Des baisses de performances qui n’ont pas pour autant découragé les investisseurs les plus hargneux à faire évoluer le marché de l’immobilier hôtelier dans la Grande île en général et dans sa capitale en particulier.
Du fait que le secteur du tourisme soit un des leviers du développement économique, social et environnemental du pays, il l’est par son poids économique: 4,6% d’emplois directs et 13,3 % d’emplois indirects créés et 5,9% du Pib malgache (Wttc 2013). Toutefois, le pays reste en dessous de son potentiel de développement touristique en raison notamment du manque de qualité et de compétence de ses ressources humaines. Par ailleurs, le secteur Tourisme – Hôtellerie – Restauration (THR) deviendra d’ici peu un des secteurs stratégiques de l’économie du pays dans la mesure où sa promotion entre dans le cadre de l’application de la vision IEM (Initiative de l’Emergence pour Madagascar) de l’Etat malgache à travers la mise en œuvre de la Politique nationale de l’emploi et de la formation professionnelle (PNEFP) devra permettre à Madagascar de disposer de ressources humaines capable d’occuper les emplois d’aujourd’hui et ceux de demain. Il s’agit alors pour les acteurs de ce secteur de constamment rechercher de nouvelles compétences pour faire face à l’évolution de la demande dans l’objectif de d’assurer un développement durable de leurs entreprises.

Professionnalisme

Le cinq étoiles d’Ivato, un potentiel en suspend

Cependant, le manque de professionnalisme, l’inadéquation de l’offre de formation avec les besoins des entreprises et la difficulté d’avoir du personnel compétent sont autant d’obstacles au développement que de défis à relever pour Madagascar. En effet, dans le secteur THR, plusieurs établissements hôteliers s’érigent un peu partout mais ils ne sont membres d’aucun groupement fonctionnel, ni d’association. A cause de cela, le secteur THR souffre du manque de qualités de service et de compétences au niveau de ses ressources humaines alors qu’il fournit 4,6% d’emplois directs et 13,3% d’emplois indirects créés, ainsi que 5,9% du PIB. Le défi est de redynamiser ce secteur en renforçant les compétences des ressources répondant aux besoins des professionnels du secteur. Ainsi, pour améliorer la capacité d’accueil de ces établissements hôteliers, les alternatives se tournent vers la formation
aux métiers de base pour le personnel tel que femme de chambre, serveur, accueil ou réceptionniste qui a été la plus demandée pour tout investissement en formation professionnelle. D’un autre côté, pour les patrons, les dirigeants, c’est le besoin en formation en management et en gestion hôtelière qui priment. Il y a un réel besoin de renforcement de la capacité managériale, technique et commerciale des personnels et un besoin de formations de formateurs de guides.
Par ailleurs, la situation actuelle de l’emploi et prévisions à l’horizon 2020 dans le secteur THR annonce que sur
l’ensemble des emplois créés dans le secteur Thr, 83% l’ont été par l’hôtellerie/restauration et 17 % au titre
des entreprises de voyages et des prestations touristiques. Ne sont pas comptabilisés dans ces données les emplois
publics créés par le tourisme dans l’administration, les organismes rattachés et les parcs nationaux, ni les emplois fournis par l’économie informelle liée de manière directe au tourisme. La comptabilisation globale des emplois créés est impossible à faire vu qu’il n’existe pas une nomenclature officielle des métiers du tourisme.
Des projections à court et moyen terme prévoient une augmentation significative du nombre d’emplois. Il existe à ce sujet deux scénarios. Le scénario le plus optimiste, qui prévoit un million de touristes en 2020, aboutit pour les filières hôtellerie/restauration et entreprises voyage/prestations touristiques à un nombre total d’emplois de plus de soixante dix mille soit à un accroissement de 100 % du nombre d’emplois répertoriés lors des dernières études

Hébergement
Qu’il soit dans un hôtel ou dans une chambre d’hôte, le client recherche surtout un endroit hospitalier, chaleureux et accueillant, un logement confortable et propre où il se sente bien pendant son séjour. De la même manière, pour
un dîner romantique, convivial entre amis, ou un déjeuner d’affaires, les professionnels doivent s’adapter aux besoins de la clientèle. L’accueil, la discrétion, l’attention, l’efficacité du service seront des critères indispensables pour offrir un bon moment à leurs clients. Cependant, lorsque le manque de compétence en matière d’hébergement et de restauration prime chez la plupart des professionnels qui se sont improvisés hôteliers, c’est toute l’image de la destination Madagascar qui est en cause. Ainsi, il serait plus intéressant pour ces patrons hôteliers de revoir la définition de la qualité ou encore les procédures à suivre pour la démarche qualité.
Quoi qu’il en soit, le secteur du tourisme reste un secteur porteur pour le pays et la stabilité politique maintenue constitue un avantage pour les professionnels du secteur.  Le tourisme a apporté une recette de plus de cinq cent millions de dollars durant l’année 2018. Par ailleurs, les investissements dans les infrastructures hôtelières atteignent les quatre vingt dix neuf milliards d’ariary en 2017. Ceux dans les entreprises de voyage et de prestation touristiques s’élèvent à environ neuf milliards d’ariary pour la même année. Et d’après les derniers chiffres publiés par l’Economic development board of Madagascar (EDBM), le secteur contribue à hauteur de 13% au PIB national du pays. Il génère également  plus de six cent mille emplois directs et indirects au niveau national.

Tojo Lytah Razafimahefa

Vice président de la Confédération du tourisme de Madagascar
« L’anticipation, de rigueur »

Quinze années de consultance en stratégie et développement dans le domaine touristique ont permis au personnage de scruter le secteur de fond en comble. Selon lui, une nette amélioration de la situation dans ce domaine d’activité est palpable mais la problématique de l’improvisation et l’abondance du caractère informel tend à déteindre sur l’image de la destination Madagascar elle-même. C’est à travers ce constat que cet expert en tourisme préconise la redynamisation du code du tourisme qui date d’il y a près vingt ans. Par la même occasion il met aussi l’accent sur l’importance de la normalisation du secteur ainsi que des professionnels opérant dans ce domaine d’activité. « Le secteur est majoritairement businessmen opportunistes qui ont du mal à se pérenniser. Le cadre légal a été ainsi créé pour permettre à ces informels d’avoir un objectif de compétitivité et attractivité plus durable de façon à obtenir une coordination effective de la chaîne de valeur touristique du pays argue-t-il. Une façon pour ce professionnel de mettre en exergue le fait que Madagascar doit faire face au développement du tourisme mondial, à la concurrence régionale et continentale. « Nous devons développer nos moyens afin d’accompagner les mesures de promotion de la destination qui battent déjà son plein en ce moment. Il s’agit donc d’éviter la même situation qu’avec le secteur minier avec le cas d’Ambatovy qui a du importer de la main d’œuvre à l’époque dans la mesure où les ressources locales n’ont pu assurer les demandes précises des investisseurs » souligne-t-il. D’où la mise en place des formations professionnelles continues ou encore la prise en compte effective des VAE ou validations des acquis de l’expérience

Aina Raveloson Andriamampianina

Directeur du développement du Groupe Talys
« La formation, une priorité »

Opérer dans un hôtel dans un pays comme le nôtre, ce n’est pas la même chose que dans un contexte européen ou encore asiatique où y il a beaucoup plus d’assurance pour les opérateurs par rapport à leurs investissements. A Madagascar, comme dans la plupart des pays africains, le risque est d’autant plus grand dans la mesure où les investissements en tourisme ne tiennent qu’à un fil. Raison pour laquelle, il est plus intéressant de se tourner vers un mode de partenariat gagnant gagnant à l’image de la collaboration de la marque Radisson Groupe avec le Groupe Talys. « Dans notre cas, le contrat s’avère être du type “Management Contract” où le promoteur a signé un portefeuille de trois hôtels, représentant deux cent cinquante quatre chambres pour une collaboration de deux décennies » rassure le directeur du dévelopement du Groupe Talys. Radisson Hotel Group compte désormais 89 établissements et plus de 17 000 chambres en opération ou en développement en Afrique, et confirme ainsi son objectif d’atteindre 130 hôtels et plus de 23 000 chambres sur le continent d’ici 2020. Une expertise dans le domaine qui a tout de suite rassuré les promoteurs du Groupe Talys dans la mesure où le fait de confier un investissement de cette envergure nécessite tout de même un recul assez important par rapport aux risques que cela implique en cas de défaillance. Antananarivo en tant que capitale de Madagascar est un hub en Afrique francophone. Ce portefeuille hôtelier couvrira les segments très haut de gamme et haut de gamme du marché. « Avec une clientèle de ce type, il est primordial d’avoir un système managérial et un service de la plus haute qualité. Il s’agit alors pour nous de mettre toute notre confiance au Groupe Radisson pour gérer le portefeuille de nos investissement ».

Par Harilalaina Rakotobe – Photos l’Express de Madagascar 

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