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FFKM – La crise de la quarantaine

Le Conseil úcumÈnique des Èglises chrÈtiennes de Madagascar, FFKM, fÍte son quarantiËme anniversaire. Mais líannÈe jubilaire est plutÙt sobre pour une entitÈ qui a tenu  une place  prÈpondÈrante durant ces quatre dÈcennies, dans la vie de la nation.

Jean Eric Rakotoarisoa, président de la Haute Cour Constitutionnelle, HCC, a-t-il réussi à sonner le glas du FFKM, à lui asséner le coup de grâce fatal ? Pour la cérémonie d’investiture d’Andry Rajioelina comme président de la république, le 19 janvier au stade de Mahamasina, il a interdit culte et bible. Or, les Malgaches chrétiens ont l’habitude de commencer tout ce qu’ils entreprennent par des louanges envers Dieu. Il fut un moment, sous Marc Ravalomanana, qu’une petite messe ouvre la session ordinaire de l’Assemblée nationale. Jean Eric Rakotoarisoa a fait valoir la laïcité de l’État pour motiver son véto. Il est allé jusqu’à suggérer à Andry Rajoelina de revenir aux valeurs ancestrales pour réussir le défi du développement national. Joignant l’acte à la parole, il a honoré les rites autour de la célébration du Nouvel an malgache à Ambohitrabiby, des coutumes traditionnelles souvent considérées  comme des vénérations d’ amulettes.

 

discrétion

 

Ainsi, le début des événements de cette année jubilaire à l’Ekar Antanimena est presque passé inaperçu, dans une certaine indifférence. Le FFKM, à sa genèse,  le 26 novembre  1979, s’est imposé comme une opposition morale au pouvoir révolutionnaire de Didier Ratsiraka. Les Malgaches, par l’échec de l’économie planifiée, pâle copie des modèles soviétiques et nord-coréens, et le revers des investissements à outrance,  faisaient face à la pénurie généralisées des produits d’usage courant. Riz, pain, huile, savon, sucre… Il fallait aller, par exemple, à Maurice ou La Réunion pour acheter des savonnettes  de toilette de marque « FA ». Ou s’habiller en sous-pull, très à la mode. En plus, une forte épidémie de  paludisme, baptisée « Be mangovitra », frappait de plein fouet la population malnutrie. Les habitants dans un « fokontany » dans l’Atsimondrano ont tous disparu. Mais les morts à la pelle des détenus à la Maison centrale d’Antanimora a heurté les esprits. Pour contourner la censure de la presse écrite et audiovisuelles, les prélats du FFKM ont laissé des messages codés dans leurs sermons dominicaux pour éveiller les consciences des citoyens face aux dérives du navire de l’Amiral et ses matelots. Ces critiques à peines voilées ont dérangé Didier Ratsiraka et le parti Arema, omnipotents et omniprésents au pouvoir, au plus haut point. Il a révélé que des prêtres ont eu l’intention d’intenter à sa vie en téléguidant des foudres. À cette époque, Didier Ratsiraka, devenu paranoïaque, voyait des mercenaires partout pour le renverser. Il a exhibé devant des journalistes ébahis, un stylo pistolet pouvant l’atteindre à bout portant. La famille Ramaroson était dans sa ligne de mire.

Coïncidence ou fruit du hasard, le corps décapité du père Sergio Sorgon  a été retrouvé sur la montée de Maharidaza sur la route nationale 2. Une stèle à sa mémoire y était érigée rappelant, au passage,  l’atrocité de sa mort. Le FFKM prendra sa revanche en 1989 après la visite du Pape Jean Paul-II qui a qualifié « le FFKM d’œcuménisme le plus réussi en Afrique », tout en incitant le peuple malgache à ne plus avoir peur. La dislocation du bloc socialiste par la partition  et la bal-
kanisation de l’Union soviétique, l’effondrement du mur de Berlin, ont affaibli Didier Ratsiraka. Le FFKM a réuni tous les frustrés du régime Arema sous la bannière des « Forces vives » qui allaient bloquer les rouages de l’Administration du 1er mai au 31 octobre 1991. Obligeant Didier Ratsiraka  à céder la plupart de ses prérogatives présidentielles au profit du Premier ministre de consensus, Guy Willy Razanamasy et du professeur Albert Zafy, devenu président de la Haute autorité de l’État, HAT. Mais le cauchemar du FFKM va ressurgir avec le retour au pouvoir de Didier Ratsiraka le 10 février 1997 après le court mandat du professeur Albert Zafy à la présidence de la République. Il a été éjecté, plus tôt que prévu,  par une motion d’empêchement.

 

rivalités

 

Alors quand Marc Ravalomanana s’autoproclamait vainqueur au premier tour de la présidentielle de décembre 2001, le vendredi 22 février 2002, le FFKM l’a soutenu jusqu’au bout. Mais ce sera le même Marc Ravalomanana, une fois installé à la tête du pays, le vendredi 6 mai 2002, qui allait torpiller de l’intérieur le FFKM. Premier merina et protestant à être élu président de la république, Marc Ravalomanana favorise l’église réformée. Ce qui a quelque peu refroidi l’enthousiasme des catholiques à son égard. Les coups fourrées d’Andry Rajoelina à l’encontre de Marc Ravalomanana, ont fait éclater au grand jour, c’est le cas de le dire, ce relent d’animosité, cette crise larvée, opposant les deux plus importantes composantes du FFKM. Des militaires mutins pro-Andry Rajoelina, sous la houlette du commandant Charles Andrianasoavina, ont ramené manu militari du Falda Antanimena au camp Capsat , le pasteur Lala Rasendrahasina, président de l’église réformée. Alors que ces mutins, excédés par la remise de pouvoir à un directoire militaire, anticonstitutionnel, décrétée par voie d’ordonnance par Marc Ravalomanana, n’ont pas touché un seul cheveu de l’archevêque d’Antananarivo, Mgr Odon Razanakolona.

 

tensions

 

Le clash était inévitable. Seul Mgr Odon Razanakolona, sur les quatre prélats du FFKM, a honoré les cérémonies officielles présidées par Andry Rajoelina durant la Transition contestée jusqu’au bout par les partisans de Marc Ravalomanana. Ils ont accusé les catholiques de bénir les actions des putschistes. L’union sacrée a été massacrée.  Et ces bisbilles ont continué avec le protestant Hery Rajaonarimampianina au pouvoir. Les instances dirigeantes des églises catholiques ont été offusquées par la nomination d’Olivier Mahafaly comme Premier ministre.  Il a été accusé d’être le chantre et le centre de l’islamisation rampante du pays. Sans que l’on puisse l’accuser de quoi que ce soit, des faits divers inédits sont apparus. Vols des cloches, viols des sœurs, assassinats de prêtres… La tension palpable à la béatification de Lucien Botovasoa à Vohipeno, où Hery Rajaoanarimampianina a été privé de parole, et brocardé par l’assistance, a attesté la persistance du malaise. Andry Rajoelina a été ovationné partout où il passait.  Le FFKM a –t-il encore intérêt à se mêler des batailles politiciennes ? Disons que, sous cet aspect, la messe a été dite par l’impitoyable Jean Eric Rakotoarisoa. Dont l’Avis est irrévocable. Amen.

Par Eric Ranjalahy / Photo L’Express de Madagascar