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Passer à la trappe

didier Ratsiraka, qui vient de fêter son anniversaire en début de cette semaine, en a fait l’amère expérience. « Recruter » la crème de l’intelligentsia malgache pour être conseillers spéciaux ou ministres ne garantit pas une réussite absolue dans la conduite des affaires nationales. Au début de son premier mandat présidentiel, il a fait appel à des techniciens hors du commun. Comme Nirina Andriamanerasoa, le pendant de Jacques Attali dans le sérail du pouvoir de François Mitterrand. Il a aussi débusqué Rabearivelo Andriamalagasy pour mettre en place l’Institut malgache d’innovation, IMI. Le concepteur et créateur de l’automobile « Karenjy » et de l’ULM « Hitsikitsika ».

Mais leur production n’a jamais dépassé le stade des prototypes. En plus, Didier Ratsiraka a déniché d’excellents ministres de Finances et du budget. Un poste stratégique. Rakotovao-Razakaboana, Pascal Joseph Rakotomavo, Léon Maxime Rajaobelina et Tantely Andrianarivo. Sans compter le polytechnicien « X », José Andrianoelison, qui a tapé dans l’œil de Didier Ratsiraka lors d’une visite d’un barrage hydraulique à Mahajanga. Quand le jeune ingénieur a osé contredire le président de la République. Une attitude, un crime de lèse-majesté, qu’un proche collaborateur de Didier Ratsiraka éviterait d’afficher. Dès le remaniement gouvernemental, après cet « incident majeur», José Andrianoelison a été nommé ministre de la Production agricole et des réformes agraires.

Directeur de la campagne électorale du candidat de l’Arema lors de la présidentielle anticipée de 1996-1997, José Andrianoelison a été pressenti Premier ministre au retour au pouvoir de Didier Ratsiraka. Mais au dernier moment, le choix présidentiel s’est porté sur Pascal Joseph Rakotomavo. L’ami d’enfance, le fidèle serviteur.

Aussitôt après cette déconvenue inattendue, le recalé a choisi le chemin de l’opposition. C’est dire si du caractère, « José Kely », il en avait. Avec tous ces éléments de grande classe, pétris de talents, Didier Ratsiraka a amorcé le virage à 180° de ses orientations économiques au début des années 80.

Du modèle claqué sur la planification soviétique, il est devenu l’ardent adepte du marché libéral, avec les dogmes du capitalisme triomphant. Manandafy Rakotonirina qu’il a battu au premier tour de la présidentielle du 12 mars 1989, avec 62% de voix des suffrages exprimés, a refusé d’être mené en bateau. Même si les matelots de l’Amiral, dans cette odyssée des plus périlleuses, ont été gratifiés du titre de « meilleurs élèves » du Fonds monétaire international, FMI, Manandafy Rakotonirina a trouvé la faille. Il s’est engouffré dans la brèche. Et appuyait là où cela faisait mal.

Pour mieux profiter des lignes de crédits des bailleurs de fonds aux mains des puissances économique occidentales, il faudra abandonner la Constitution socialiste plébiscitée en décembre 1975, a-t-il soutenu avec insistance. Soit, changer de République. Didier Ratsiraka, aux cimes de sa gloire et de sa puissance, a dévié les débats et proposait un simple « toilettage » de la loi fondamentale. Une inflexibilité devant une évidence, à l’origine de la crise politique de 1991. Quand des frustrés et victimes du pouvoir révolutionnaire ont rassemblé sous la bannière des « Forces vives » par le Conseil œcuménique des Églises chrétiennes, FFKM.

Ces compatriotes venus de divers horizons, animés par la volonté de partager leur savoir-faire et leur expérience au bénéfice du pays, ont-ils bien compris l’aspiration profonde de leurs compatriotes? Bien sûr qu’ils ont été soumis au respect d’une ligne de conduite politique bien définie, mais ils ont aussi eu une part de responsabilité dans ce cuisant échec du Programme d’ajustement structurel. Une mise au « PAS » du pays qui n’a pas fonctionné.

Aujourd’hui, le président de la République Andry Rajoelina s’entoure aussi de ces personnalités aux qualités indéfinissables. Qui ont longtemps vécu à l’étranger. Mais il s’est débarrassé, du moins dans la structure gouvernementale, de l’un d’eux. Vonjy Andriamanga, ministre de l’Énergie, de l’eau et des hydrocarbures, a été démis de ses fonctions. Pourtant, sur le papier, il a présenté un impressionnant CV. Un centralien. Alors que le parcours académique et professionnel de quelques-uns de ses collègues ont à peine rempli quelques lignes. Si la décision du Conseil des ministres a été compréhensible après la pénurie réelle du carburant, le manque cruel d’eau et le retour par intermittence du délestage, Vonjy Andriamanga est-il plus à plaindre qu’à blâmer?

Car ces secteurs ont toujours été des cas délicats. Voilà une année que les prix du carburant ont été maintenus à leur niveau actuel. Avec des baisses, au compte-goutte, au mois de juin. Les pétroliers ont-ils adhéré à cette non-
application de la vérité des prix? Si non, il se peut que la perturbation de la distribution, dès la nuit du dimanche 20 octobre, ait été une sorte de « représailles » de leur part. Pour contraindre l’État à revenir sur un sentiment plus « coopératif ».

Dans la foulée, il a été question de revoir les contrats de la Jirama avec ses fournisseurs d’électricité. L’un a été résilié alors que la partie « lésée » se trouve être une société pétrolière de distribution. Il a été aussi demandé à Vonjy Andrimanga d’établir une nouvelle structure du différentiel des coûts du carburant, à l’origine des prix de vente actuels, en deçà de ce qu’ils devaient être. Si les calculs se basent sur deux paramètres essentiels : les cours du baril du brut sur le marché international et la dépréciation continuelle de l’ariary face au dollar au Marché interbancaire de devises, MID.

En fait, entre les actions devant sauver la Jirama surendettée, la régulation des prix du carburant et le contrôle des bailleurs de fonds, le tout constitue un écheveau difficile à dénouer. 

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