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Les zébus dans mon jardin

« Neny, il y a des zébus dans ton jardin. » Mon petit-fils Barthé a le ton offusqué. Je lui réponds : « Mais non, ils ne sont pas dans mon jardin, ils sont à la lisière de chez moi. C’est la sécheresse en ce moment, il faut que les animaux trouvent de l’herbe à brouter, le bozaka est trop sec. Ils viennent là, car j’ai fait pousser de la luzerne, du vilin’omby. Elle me sert de pelouse et pour eux, c’est un pâturage. Quand elle sera bien haute, je dirais à leur propriétaires de venir couper l’herbe et de la sécher dans une grange, comme ça, les animaux auront toujours de l’herbe pour leur alimentation, et moi, je n’aurais pas besoin d’un jardinier. De toute façon, je n’ai plus à le leur dire, ils viennent d’eux-mêmes. Il ne faut tout simplement pas que les zébus broutent mes fleurs et la bouse de vache doit être ramassée pour le compost. On appelle ça couper l’herbe en deux. »

L’enfant n’a pas l’air convaincu, un zébu dans un jardin ! Elle a toujours de drôles d’idées Grand-mère. Mais les zébus ont l’air calme, le jeune bouvier aussi, assis qu’il est par terre. Ma foi, pourquoi pas, tant que les zébus ne broutent pas ses legos et que personne ne dérange la vie de personne!

Barthé retourne à ses jeux. Un jour, je lui expliquerais que c’est peut-être une manière d’éviter les feux de bois. Faire pousser de la luzerne pour les zébus à l’hivernage et apprendre à leurs propriétaires à tondre la pelouse pour le garde-manger des animaux. Plus tard, apprendre aux éleveurs que la luzerne est autrement meilleure que le regain.

Car de fait, une grande partie  des feux de brousse se passent dans les régions d’élevage. Les feux de brousse sont faits pour obtenir un regain aux pousses plus tendres. Sauf que de feu en feu, la terre se meurt et plus rien ne pousse.

C’est sûrement Ravalomanana qui avait raison quand il parlait de créer des ranchs, je dirais plutôt des parcs à bœufs avec du pâturage…

Mais là, c’est toute une éducation à refaire. Comme est à refaire l’éducation aux tavy. C’est Tojo, le jeune forestier qui a travaillé chez moi pendant quelque temps, qui m’a expliqué que les tavy étaient bien circonscrits et que la terre était laissée en jachères après un feu sur brûlis. Comme ça, elle se régénère. Un natif des forêts ne brûle pas les terres fady, ni les arbres endémiques : andrarezina, amontana, aviavy, les arbres des Dieux. Pour le charbon de bois, on utilise les pins et les eucalyptus.

Mais cela c’était autrefois. Depuis que les migrants fuient les terres désertifiées, ils brûlent à tour de bras pour essayer de cultiver et surtout de faire du charbon de bois. Sans compter ceux qui brûlent pour dire qu’ils sont révoltés !

C’est la quadrature du cercle et rien n’est plus difficile à convaincre qu’un paysan. Je l’ai compris quand, un jour, j’ai essayé d’expliquer à une citoyenne d’Ambato… qu’il ne fallait pas faire de feux de brousse, que… Vous savez ce qu’elle m’a demandé ? Combien pouvait toucher son fils en tant que domestique !

Et au fait, elle en avait deux et accepterait bien de retirer le cadet de l’école, pour travailler en ville. J’en connais une qui montera en ville tous les mois pour retirer les salaires de ses fils et qui gardera ses belles-filles auprès d’elle pour ses vieux jours. « Ton mari reverra une fois par an, pour te faire un autre enfant, car les enfants sont sources de fortune, ny zanaka no harena » ; Credo ancestral pour certains !!!

Mais la luzerne azote la terre et ses racines gardent l’eau et permettent de lutter contre l’érosion. En bordant les champs par des plants de vétiver, peut-être que… il faut trouver une solution pour pallier la canicule.