Editorial Opinions

Des causes à méfaits

Ce pays regorge de pétrole, mais on me le cache, disait Philibert Tsiranana, Père de l’Indépendance dans les années 7O. Quand le premier choc pétrolier avait secoué la tranquillité des économies capitalistes libérales. Des années plus tard, au début de la révolution socialiste, Didier Ratsiraka, voulant copier les réussites socioéconomiques des pays arabes-frères, comme la Lybie ou l’Algérie, sans compter l’Irak de Saddam Hussein, a fait miroiter la possibilité pour Madagascar de produire de l’or noir. Avec les gisements d’huile lourde de Tsimiroro et les grès bitumineux de Bemolanga, à transformer en pétrole conventionnel. Mais cette opération était trop coûteuse à l’époque par rapport aux cours du baril sur le marché international. À peine 20 dollars.
L’attente des premières gouttes de production a inspiré Dama du groupe Mahaleo dans sa composition intitulée « Bemolanga », truffée d’ironies et de critiques sans concession au projet, à la base chimérique. Cette chanson, dans les années 80 quand le régime socialiste a été balloté par la pénurie généralisée des produits élémentaires, était devenue l’hymne de ralliement des frustrés, des déçus de Didier Ratsiraka et de son parti, de plus en plus omnipotent, l’Arema.
Aujourd’hui, les « réserves » de l’huile lourde de Tsimiroro ont fini par être mises en valeur. Parce que le coût de revient des exploitations se rentabilise par la hausse des valeurs du brut. Dans la fourchette de 68 à 80 dollars. En plus, la Jirama accepte désormais d’alimenter ses centrales thermiques avec du fuel lourd. Même si cette société d’État, productrice d’eau et d’électricité est encore loin de sortir du tunnel. Par l’accumulation de ses arriérés de paiement envers des pétroliers qui assurent l’approvisionnement des prestataires de services de la Jirama, celle-ci a été contrainte de reprogrammer le délestage tournant. Souvent, ces partenaires ont eux-mêmes construit des centrales thermiques pour vendre à la Jirama le kilowatt à prix élevé. Certains puissants groupes s’attèlent à ériger des barrages à partir desquels des centrales hydroélectriques vont constituer « la solution finale » aux problèmes du déficit énergétique du pays.
En clair, les problèmes existentiels de la Jirama se schématisent comme suit. Elle n’a pas une trésorerie assez bien fournie pour financer des investissements afin d’accroître sa productivité en eau et électricité. Le contraire aurait étonné d’une entreprise qui a longtemps vendu à perte à ses abonnés. Pas moins de 50 cents au kilowatt de manque à gagner, par exemple, selon des chiffres disponibles. Cette incapacité de la Jirama à se suffire à elle-même, alors qu’elle servait de vache-à-lait aux régimes successifs, explique en partie, le faible taux d’accès à ces deux éléments de base de la vie quotidienne.
Comme le personnel refuse la privatisation dans le sens de cession d’actifs et que les 100 millions d’euros avancés par la Banque européenne d’investissement, BEI, semblent avoir été abandonnés, en dépit du déplacement du président de la République, Hery Rajaonarimampianina, à Bruxelles au début de son mandat, les réajustements tarifaires, autant pour l’eau que pour l’électricité, ont été les seules issues pour sortir de l’impasse financière. Après les habituelles grognes des premiers jours, les consommateurs ont fini par s’accommoder aux nouvelles facturations. Des variantes « plus assouplies » ont été proposées pour ne pas laminer davantage le budget familial des foyers à faible revenu.
Mais tout n’est pas encore réglé pour autant. Les coupures d’électricité d’un quartier à l’autre, le manque d’eau potable un peu partout, attestent la persistance des difficultés au niveau de la gestion de la Jirama. Même si le directeur général, Olivier Jaomiary, et son équipe, ont réalisé d’importantes réformes. Déjà, plusieurs demandes de connexion à l’électricité, en attente depuis des années, sont satisfaites. La chasse aux branchements illicites a permis de dénicher de nombreuses irrégularités. Pas moins de 5 000 « clients douteux » ont été appréhendés dans le cadre de cette vaste investigation d’envergure nationale. Ces « vols caractérisés » ont fait perdre à la caisse de la Jirama des milliards d’ariary.
Mais ces efforts ne sont pas appréciés de tous. Des dignitaires du HVM reprochent d’inefficacité et même de gabegie l’actuelle direction générale. Pour la simple raison que les membres du staff dirigeants de la Jirama ont été recrutés sur sélections de dossiers, supervisées par un cabinet d’audit canadien.
Afin d’éviter le népotisme ambiant, sous prétexte de promotions internes, un procédé qui a prévalu des années durant.
Peut-être, à l’origine de l’actuelle déliquescence de la Jirama. Cette entreprise avait besoin d’un éclair de génie. Hélas, il rencontre des forces… obscures.

Par Eric Ranjalahy