Evenement

1er mai – Plaidoyers – pour un travail décent

On décrit souvent une situation de l’emploi précaire à Madagascar et des conditions de travail qui vont de mal en pis. En ce début du mois de mai qui célèbre la fête des travailleurs, l’Hebdo de l’Express de Madagascar a rencontré des personnes qui ont accepté de raconter leur vécuDominique Anicet Ralijaona sondeur-machiniste

«Le prix à payer pour survivre» 

«Ce jour (1er mai), la société où je travaille, ferme. J’en profite pour aider ma femme dans son business pour arrondir la fin du mois. Un homme ne peut plus assurer seul les besoins de sa famille. Nous n’arriverons pas à payer le loyer, les frais de scolarité de nos quatre enfants, à nous fournir du charbon et combler nos besoins quotidiens sinon. C’est dur vous savez, … Et je ne vous parle pas de notre vie familiale. Notre maison est sens dessus-dessous, car moi et ma femme quittons tôt notre maison, pour ne revenir que le soir. Nous nous réunissons que le soir, au dîner. Même nos enfants se sentent un peu délaissés. Mais c’est le prix à payer pour survivre. Ma femme a travaillé dans les zones franches, avant les crises de 2009, elle a perdu son emploi à cause du chômage technique. Mes souhaits, c’est la sécurisation du travail, pourvu que les employés ne soient plus touchés par un chômage technique. Les employeurs devraient aussi augmenter les salaires ».

Fama Razafimahazo  – fonctionnaire et syndicaliste
« 8% n’est pas une solution »

« L’augmentation du salaire devrait s’aligner avec la hausse du taux d’inflation. 8% ne signifie vraiment rien, face au coût de la vie, actuel. Ce n’est pas une solution. Nous avons déjà proposé le montant du salaire décent à l’État. Apparemment, l’État l’a ignoré. Il devrait plutôt se concentrer sur la valeur du point d’indice et l’alignement des grilles indiciaires».

Roland Randriamihaingo – employé
«Ce n’est jamais assez pour vivre»

«Je touche un salaire mensuel, mais ce n’est jamais assez pour faire vivre ma petite famille. C’est la première fois que nous vivons vraiment dans la précarité. Nous ne pouvons plus nous permettre d’acheter cinquante kilos de riz par mois, comme avant. A peine si nous pouvons nous fournir vingt kilos. Nous n’avons plus que des légumes et du riz dans nos assiettes. Les viandes et les fruits, nous en consommons très rarement. Je demande à l’État de se concentrer sur l’amélioration de la vie de la population. Donnez-nous un salaire décent! ».

Rémi Henri Botoud – syndicaliste
«Les résultats sont encore maigres» 

«Les travailleurs malgaches ont été occultés de la célébration de la fête du travail, pendant une dizaine d’année. Les manifestations n’ont repris qu’en 2015. Il est encourageant de voir de plus en plus de travailleurs dans nos rangs. Malheureusement, les résultats sont encore maigres. Beaucoup de nos revendications n’ont pas été satisfaites. On peut parler, par exemple, de la non application des verdicts ou du refus de l’intégration des employés à un syndicat par l’employeur, de l’exclusion des femmes enceintes, et bien d’autres … Nous envisageons de réunir toutes les doléances des employés dans un grand document et de le soumettre à l’État, ultérieurement».

Jocelyn Ranaivoson – secteur informel

« Je souhaite un emploi fixe »

«Je ne peux me permettre de cesser mes activités, bien que le 1er mai soit un jour férié. C’est notre gagne pain. Si je ne travaille pas, nous ne mangerons pas à notre faim. Je n’ai pas de salaire qui m’attend à la fin du mois. J’ai travaillé dans une zone franche auparavant, mais j’ai été victime d’un chômage technique. Je travaille à mon propre compte depuis trois ans, maintenant. Je souhaite retrouver un emploi fixe qui me permettra de faire vivre ma petite famille sans avoir à me disputer au quotidien avec la commune urbaine d’Antananarivo ».

Par Miangaly Ralitera
Photo : Tojo Razafindratsimba