Editorial Opinions

À vos souhaits

Les Malgaches ont beau échangé leurs meilleurs vœux de Nouvel An, l’année 2019 est déjà placée sous de mauvais auspices. Par le refus de Marc Ravalomanana à admettre sa logique défaite au second tour de la présidentielle. Une contestation préméditée. À la sortie de son bureau de vote à Faravohitra, lors du scrutin du 19 décembre, il a préparé psychologiquement ses troupes. Il n’acceptera les résultats que sous certaines conditions. Bien avant les décomptes des voix tant décriés par ses partisans,
endoctrinés et radicalisés. Un scénario à la rwandaise se prépare sur les ondes de « Miara-Mampita ». Mais peut-on se fier à l’authenticité des soi-disant preuves de manœuvres frauduleuses perpétrées par la Commission électorale nationale indépendante, CENI, exhibées en public par Me Hanitra Razafimanantsoa et sa clique ? Tant ils ont abreuvé l’opinion publique de mensonges et de calomnies depuis des mois. En voici quelques échantillons édifiants de ces agissements plus que douteux.
Le vendredi 9 octobre, soit quarante huit heures après la fermeture des bureaux de vote et la fin des dépouillements, un journaliste de la Radio MBS, a affirmé que Marc Ravalomanana l’a emporté par 53 % des suffrages exprimés contre 35 % pour Andry Rajoelina. Tous les moyens pour rassembler tous les PV des 24 852 bureaux de vote ont été mis en œuvre, clame-t-il.
Cette « victoire éclatante » n’a pas empêché Me Hanitra Razafimanantsoa d’accuser les membres de la CENI, son président Me Hery Rakotomanana en l’occurrence, d’avoir reçu des milliards d’ariary de la part d’un candidat, facile à deviner, pour le faire gagner au premier tour.
Mais une fois que cette éventualité a été écartée par une forte pression de la communauté internationale- un jour avant la proclamation des résultats du premier tour, par exemple, l’Union Européenne a alloué 1,110 million d’euros pour la préparation du second tour, Marc Ravalomanana se frottait les mains. Car son équipe de communication, dominée par des stratèges du HVM
qui ont conduit à la sévère défaite du président sortant, Hery Rajaonarimampianina, lui a inculqué dans sa petite tête deux arguments d’apparence persuasifs. Andry Rajaoelina, découragé de ne pas avoir conquis la présidence de la République d’un seul coup, peut rendre les armes pour une confrontation à deux. En outre, Andry Rajoelina a tout dépensé durant la campagne du premier tour, il n’aurait plus rien pour « acheter des voix » lors du scrutin du 19 décembre. Dès que la tenue d’un duel a été acquise, les communiqués du TIM ont félicité la CENI. Des émissaires de Marc Ravalomanana ont retiré ses deux cents plaintes déposées auprès de la Haute cour constitutionnelle, HCC.
Deux fausses déductions. Andry Rajoelina a multiplié les déplacements dans les présumés fiefs de Marc Ravalomanana. Les explications claires et précises des journalistes des radios « Miara-Manonja » ont fait leur entrée dans les foyers, là où les mensonges semés par les mutants du HVM ont induit en erreur les électeurs. Résultats de course, dans les régions d’Alaotra-Mangoro, Bongolava, Vakinankaratra, Itasy, ou Betsiboka, l’avance de Marc Ravalomanana a été réduite aux portions congrues. Alors que dans les
six arrondissements de la capitale, abritant la plus forte concentration
des voix, les deux rivaux ont fait jeu égal. Dans les villes provinciales, Marc Ravalomanana n’a ramassé que des miettes des voix. Il ne fallait pas une supposée connivence de la CENI pour que le candidat numéro 13 rafle la mise avec une marge confortable.
Maintenant, les contestataires évoquent des arguments des plus fantaisistes pour remettre en cause la neutralité, l’impartialité, la sincérité et rectitude de la CENI en qui ils avaient confiance quelques semaines plus tôt. Comme les bourrages des urnes. Mais qui pouvait accepter une telle ineptie avant que ne commence l’opération proprement dite? Ou les bulletins pré-cochés. Alors que les signataires, des membres du bureau de vote, pour leur validation, ont été tirés au sort devant tout le monde. Pour qui étaient-ils? Et comment peut-on fixer leur nombre ? Si vous y mettez cinq cent vingt, par exemple, alors que dix électeurs inscrits ont fait le déplacement, est-il possible de les camoufler ? Ou encore une électrice aurait pu voter trente deux fois. Ce qui signifie que les délégués de Marc Ravalomanana ont dormi, sur leurs lauriers, durant toute la journée du 19 décembre. Si intention de fraudes, il y avait, le taux de participation aurait été gonflé en premier lieu. Au contraire, il a régressé par rapport au premier tour. Et surtout, l’impression générale des observateurs de la communauté internationale a déduit à une nette amélioration de l’organisation matérielle des votes.
Si Marc Ravalomanana doit toujours gagner les élections, à quoi bon les organiser ? Même si le mercredi 12 décembre 2007- le jour de son anniversaire- le candidat du TIM, Hery Rafalimanana, PDS de la commune urbaine d’Antananarivo, qu’il a soutenu ersonnellement, a été battu par un certain Andry Rajoelina. Pourtant, son protégé a bénéficié de l’apport moral, psychologique et matériel de tous les membres du gouvernement du général Charles Rabemananjara. Avec ce que cela suppose de recours massif aux prérogatives de puissance publique. Un cuisant revers resté longtemps en travers de la gorge de Marc Ravalomanana. Le gagnant de l’époque a prouvé qu’il n’a pas besoin de tricher pour réaliser une performance électorale, a priori impossible. Voilà la principale raison de son entêtement actuel. Il est le seul à croire en son retour au pouvoir. Et entraîne ses fanatiques dans le tourbillon de la révolte. Mettant en péril la vie de toute la nation.

par Eric Ranjalahy