#3 Actualites Interview

Richardson Rakotomanana – « Des nationaux et des étrangers entendus au Bureau des doléances »

Peu savent à quoi sert le Bureau des doléances auprès de la présidence de la République. Richardson Rakotomanana, le principal responsable en dit davantage.

Vous occupez maintenant une fonction pour la première fois instituée par décret auprès de la magistrature suprême. Quelle mission au bénéfice de la population le chef de l’État vous at-il assigné ?

Je suis le directeur du Bureau des doléances au sein de la Présidence de la République. Sont reçues ici sans interruption, toutes les doléances de citoyens en perte de repère et ne sachant plus où aller, après que toutes les voies de recours possibles aient été épuisées pour résoudre un problème. Je reçois énormément de dossiers touchant tous les aspects de la vie quotidienne des citoyens : mésentente entre propriétaire et locataire en raison du loyer, conflit entre employeur et employé, litiges divers, difficulté d’accès aux services publics et surtout problème de santé difficilement solvable faute de moyens.

Le premier bilan?

Depuis la création du Bureau des doléances par le décret du 7 février, quatre vingt dossiers en instance m’attendaient déjà à mon entrée en fonction le 24 février qui a suivi ma nomination, le 13 février. Le Bureau des doléances est investi de la charge de recevoir chaque jour les réclamations et s’engage à les déférer ensuite vers le ministère concerné par le fond du problème, aux fins de résolution. L’orientation du plaignant joue ainsi un rôle capital, et constitue le devoir essentiel et inévitable du directeur du Bureau des doléances.

Peut-on savoir à quel stade se trouvent les doléances qui vous ont été directement communiquées, si le bureau que vous dirigez est en train de devenir une interface entre le peuple et le pouvoir ?

C’est au profit du peuple que doit se mettre en service tout agent de l’État. Gravir les étapes jusqu’à venir ici, au Palais d’Ambohitsorohitra, suffit à constater l’enjeu que présente une doléance pour un plaignant. Six cent cinquante dossiers sont actuellement traités et chaque jour de nouveaux dossiers sont reçus. 50 % des dossiers traités sont résolus et le mode de résolution consiste à adopter une écoute active directe du plaignant dans mon propre bureau lorsqu’il s’agit d’un problème de moindre envergure.

Vos appréciations?

Tous les dossiers importants ont pour destination finale les ministères impliqués dans les problèmes évoqués dans chacune des doléances. Étant donné que le Bureau de doléances se trouve dans la capitale, en tant que directeur, j’effectue des tournées dans les localités où se trouve un litige ou un problème délicat qui nécessite une consultation sur terrain de toutes les parties en cause. Avec une équipe polyvalente de douze personnes, le Bureau de doléance en est encore à ses débuts et manque de personnel, même si on y trouve un économiste, un juriste et des experts.

Cela signifie quoi?

Qu’il manque des agents spécialisés dans les problèmes agraires et fonciers. Une approche impartiale est adoptée et vise à entendre d’une manière contradictoire les versions opposées des personnes en conflit. Le Bureau des doléances n’est cependant ni une institution judiciaire, ni une institution policière, il est tout simplement une institution de dernier recours.

Pourquoi la Présidence de la République devra-t-elle s’occuper des problèmes focaux à travers un bureau spécial, si des institutions habilitées et d’existence légale sont accessibles aux administrés ?

Le rôle du Bureau des doléances est justement incompris à l’origine. Tous les problèmes faisant mal à la population, y compris l’insécurité, sont entendus ici. Le Bureau des doléances s’occupe de l’analyse des dossiers qui lui parviennent directement sans intermédiaire. Aucun frais n’est lié à la procédure et il suffit d’exposer en version écrite de trois exemplaires identiques sous format A4 le problème.

Comment procédez-vous ?

C’est le Bureau des doléances, à travers son directeur, qui se charge de classer les dossiers suivant le caractère du fond du problème, lequel peut être social ou économique. Des nationaux et des étrangers sont entendus au Bureau des doléances et un cas unique de problème irrésolu dans un ministère est redéposé ici. Tout est doléance et le président de la République se met à l’écoute de ces doléances pour constater les réalités qui s’abattent sur les opprimés. Mon credo se base sur « la peur de faire du mal à autrui » et en vertu de mes fonctions, je remue ciel et terre pour trouver le juste milieu afin d’apporter une solution équitable à un problème.

La lenteur administrative constitue le visage connu des services publics. Est-on en droit de savoir sur quelle période s’étale la prise en compte et l’analyse d’une doléance déposée au Bureau que vous dirigez ?

Un avis est émis sous quinze jours après le dépôt d’une doléance. Suivant la délicatesse du dossier, nécessitant par là une investigation profonde, trois semaines sont parfois requises pour étudier un dossier pour pouvoir enfin donner une piste d’orientation au plaignant. J’use de ma qualité d’ancien journaliste pour effectuer une audition en tâchant d’obtenir chacune des versions des individus en litige. Chaque doléance reçue est retranscrite dans une fiche où le résumé de la doléance et la solution proposée sont indiqués. Trancher en disant sans ambages la solution ou en conseillant de voir le département ministériel concerné, c’est la mission quotidienne du Bureau de doléances. Faciliter la résolution d’un problème est l’obligation que le Bureau des doléances s’impose.

Ne semble-t-il pas y avoir une intervention politique en haut-lieu pour faire pression sur les administrations publiques afin de permettre au Bureau des doléances d’accomplir à la lettre son travail ?

Il est indéniable que le Bureau des doléances devient une centrale de réclamations. Mais il n’est pas une simple boîte aux lettres car dès l’arrivée d’une doléance, l’identification immédiate permet de considérer quel ministère est concerné. Le Bureau des doléances n’est pas une super-institution, même si en tant que directeur je me sens engagé dans la prise en compte de tous les problèmes de la population.

Concrètement?

Mais à un malaise, il faudra un remède. Sauf qu’à la différence des médecins travaillant dans un cabinet, la consultation n’est pas payante au niveau du Bureau des doléances. Dès que les problèmes qui empêchent la population de se mettre correctement à la vie active sont résolus, la voie du développement est ouverte. On ne peut pas nier les problèmes que rencontre la population car c’est de celle-ci que l’État prélève les impôts pour payer ses agents. Un risque de monopole de réception des doléances se présente si le Bureau dont vous êtes la tête, omet de considérer les organismes spécialement investis de la mission d’écouter les administrés et de trancher les litiges.

Votre argument de défense ?

Vis-à-vis de la Médiature de la République, ou du Bianco, ou des autres organes que peuvent saisir les citoyens, il existe un mode de travail précis. Ces institutions existantes se chargent de leurs missions et s’occupent souverainement des dossiers qui leur sont soumis. Le Bureau des doléances leur transmet même des dossiers. Chacun de son côté, le principe de base reste dans la prise en considération d’un dossier reçu. Le Bureau des doléances ne prend pas l’initiative de se charger unilatéralement et arbitrairement d’un problème et ne peut pas se mettre à repérer où se trouve un problème identifiable et passible de résolution. Ce sont les dossiers déposés par les citoyens que le Bureau des doléances examine. Qu’il s’agisse d’une doléance par rapport à une corruption ou en raison de l’insécurité, nous ne conservons pas des problèmes pour trouver des solutions miracles. Au contraire, nous transfèrons aux organismes concernés les dossiers qu’ils sont dans l’obligation de traiter.

Qu’en est-il du suivi du dossier transmis à un autre département en dehors de la Présidence de la République ?

Une direction générale des affaires sociales et politiques existe ici à la Présidence. C’est pourquoi le Bureau des doléances n’est pas du tout un instrument politique pour faire résoudre tous les problèmes à la charge des départements ministériels. Dans la logique de proximité avec le peuple, instituer un bureau spécial permet d’entretenir le lien de filiation entre le Président « Raiamandreny » et ses enfants, la population. Les ministères à qui nous transférons les dossiers, sont en communication continue avec la Présidence.

Des exemples à citer?

À noter que des différends entre opérateurs économiques font l’objet de doléances déposées ici et les litiges fonciers à Toamasina forment la majeure partie des dossiers actuellement traités. Passé le stade de l’orientation, le Bureau des doléances confie entièrement l’affaire à l’institution responsable. Le Bureau des doléances n’engage aucun accompagnement pécuniaire car la solution la plus facile est indiquée aux concernés, le plaignant et ses antagonistes et le ministère où ils doivent aller. La paix sociale constitue l’objectif dans la proposition de solution par rapport à une doléance.

À l’heure où nous parlons, la performance du Bureau des doléances n’est pas mesurable et qu’en est-il des éventuels reproches adressés à votre encontre ?

Des personnes croient en l’immédiateté et n’hésitent pas à critiquer l’ordre établi dans le fonctionnement du Bureau de doléances. Je reçois cependant les nouvelles de personnes dont les problèmes sont résolus. Il faut aussi éduquer la population au respect de l’ordre d’où l’écoute active pour découvrir à l’avance si le plaignant lui-même est à l’origine du conflit ou non.

Si le Bureau de doléances finit par jouer un rôle de pseudo-tribunal pour résoudre des problèmes, pourquoi des revendications notamment syndicales persistent-elles actuellement ?

À vrai dire, il m’incombe de tenir le rôle d’arbitre en raison des problèmes qui parviennent jusqu’ici. Le Bureau de doléances est ouvert à tous et se met à l’écoute de tous, et il est possible pour tous d’être écoutés ici. Mais le Bureau des doléances n’est pas un tribunal et n’a pas de décision à rendre ni de sanctions à prononcer.