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Monseigneur Paolo Gualtieri – “Le pape s’affranchit des messages politiques”

Trente ans après Jean Paul II, un pape foule de nouveau la terre malgache. Nous décortiquons avec le Nonce apostolique Monseigneur Paolo Gualtieri, représentant du Vatican à Madagascar, les moments forts de cette visite de quatre jours du pape François.

• Parlez-nous du pape militant. Quel message politique veut-il faire passer?

Le Pape ne vient pas pour délivrer un message politique. C’est un croyant, un disciple du Christ, un disciple missionnaire, comme chacun de nous. Mais il est aussi le Pasteur de l’Eglise universelle. Le Pape vient à Madagascar pour nous aider à faire, tous ensemble comme peuple, un chemin de foi, mais aussi pour nous inviter à discerner avec tous les Malgaches de bonne volonté, les chemins de la justice, de la paix, de la réconciliation, du bien-être matériel et spirituel, pour le bien commun, pour le bien de toute la Nation. C’est pourquoi je suis sûr qu’il recevra un accueil extraordinaire et le monde entier aura les yeux tournés vers notre Pays.

• Le pape François a fait de la pauvreté son principal cheval de bataille, Pouvez-vous nous décrire cette relation particulière qu’il a avec les pauvres?

Le Pape, dans l’Exhortation Apostolique « La Joie de l’Evangile », nous dit que le Christ nous a précédés (primereado en espagnol) dans la rencontre des pauvres. Ils sont ses préférés. Il s’est fait lui-même « périphérie ». C’est pour cela que le Pape tient tant à rencontrer les pauvres et à aider l’Eglise à être plus pauvre. C’est dans la pauvreté et dans la simplicité de l’enfance spirituelle qu’un croyant apprend à se confier au Seigneur. Pour le Pape François, homme de foi, personne ne doit être mis à l’écart et considéré comme un déchet. C’est le cœur du message que le Pape ne cesse d’annoncer depuis la première heure de son Pontificat, quand, encore dans la Chapelle Sixtine, il a choisi de prendre le nom de François pour ne jamais oublier les pauvres.

Sa rencontre avec le père Pedro à Akamasoa sera assurément le point d’orgue de sa visite. Est-il vrai que les deux hommes se connaissaient bien avant?

Le Père Pedro est slovène, émigré en Argentine, et il a étudié au Collège Maximo de San Miguel dans le Grand Buenos Aires là où le Pape enseignait et dont il a été le professeur. Pendant la rencontre des Représentants Pontificaux, à Rome, au mois de juin dernier, en saluant le Saint-Père, il m’a dit : « Quand je viendrais à Madagascar au mois de septembre, nous devons aller à Akamasoa, chez le Père Pedro ». Le Saint-Père apprécie beaucoup Akamasoa. En effet, c’est un joyau de la charité de l’Eglise à Madagascar. Mais il n’est pas le seul, il y en a d’autres à Madagascar, comme par exemple les Villages du Frère Jacques Tronchon, OFM.

• Trente ans après Jean Paul II, François rencontrera également les jeunes de Madagascar. C’est très important?

Une des caractéristiques du peuple malgache est qu’il est en grande partie composé de jeunes. Sur environ 25 millions d’habitants, 53% ont moins de 20 ans. Cela représente un motif d’espérance pour le pays. Le SaintPère présidera la veillée avec les jeunes à Soamandrakizay et, à la fin de la rencontre, il les confiera à la Vierge Immaculée, Patronne de Madagascar. Cette rencontre sera l’un des moments les plus intenses de la Visite. Dans tous les diocèses et paroisses du pays, il y a une grande adhésion à la rencontre avec le SaintPère, également de la part des jeunes non catholiques, appartenant à d’autres religions ou n’appartenant à aucune religion. Cela veut dire que les jeunes se tournent vers le Pape Franço i s comme point de référence, comme quelqu’un qui les aide à vivre leur vie.

• A quel message doit-on s’attendre?

Je crois que le Saint Père invitera les Malgaches, en particulier les jeunes, à aller de l’avant sans se décourager, à parcourir leur chemin, à ne pas s’arrêter mais à regarder vers le futur, ne pas rester assis là sur le divan, comme aime le dire le Pape François aux jeunes, à ne pas avoir peur, à s’engager, à redécouvrir le sens de leur dignité, à être les protagonistes du changement de la société malgache, à donner leur propre contribution, à ne pas se résigner, à lutter contre la pauvreté, contre la corruption, contre la criminalité, à être des bâtisseurs de paix, de cette paix faite d’engagement et non pas la paix des cimetières mais une paix agissante. Il invitera les jeunes à ne pas se contenter d’une vie médiocre mais à vivre la vie dans toute sa plénitude.

• François est un pape qui semble décevoir les conservateurs. Ses positions sur les grands thèmes sociaux du moment : l’homosexualité, le mariage pour tous, le mariage des prêtres, … ne font pas toujours l’unanimité. Des explications?

Le Pape François répète continuellement que l’Evangile n’est ni conservateur ni progressiste. L’Evangile est une bonne nouvelle capable de guérir les blessures personnelles et celles des autres. Le Pape se situe pleinement dans la tradition vivante de l’Eglise. Il nous invite avant tout à dépasser les limites imposées par notre propre égoïsme pour nous tourner vers les autres, en discernant pas à pas la volonté de Dieu pour chacun. Il sait que toute personne, même dans la foi, fait un chemin très personnel: c’est pour cela que le Pape François invite l’Eglise à accompagner les personnes, à respecter leur processus de foi, à respecter les temps de Dieu. C’est la tradition constante de l’église de haïr le péché mais d’aimer le pécheur. Le Pape annonce la bonne nouvelle que Jésus a vaincu définitivement le Mauvais, le mal et le péché, même si ce dernier se manifeste encore, sous diverses formes, dans le monde d’aujourd’hui.

• Le Pape va aussi rencontrer les religieux. Que va-t-il leur dire quand on sait que le corps religieux malgache n’est pas sans tache?

Le Pape connaît bien la réalité des religieux malgaches et l’explosion des vocations lui donne beaucoup de joie. Il veut les soutenir en les aidant aussi à progresser dans l’amour de Dieu et du prochain. Il les invite à être reconnaissants, pleins de joie pour le don reçu, sans le garder comme un trésor que l’on cache, mais en le donnant généreusement. La consécration est pour être plus proche de Jésus Christ et pour mieux se donner aux autres. La vitalité de l’Eglise catholique malgache, même si par endroits il y a des réalités à purifier, s’exprime aussi à travers les nombreux religieuses et religieux engagés, en particulier, dans les domaines de l’éducation, de la santé et de la charité. C’est un motif de grande espérance pour l’Eglise Universelle, pour le monde entier. Le Saint-Père est très reconnaissant aux Religieuses et Religieux malgaches.

• Parlez-nous du pape défenseur de l’environnement. Quel message va-t-il délivrer, à ce sujet, aux Malgache ?

Le Pape François nous veut en dialogue constant avec le monde d’aujourd’hui. Son « Évangile de la paix » parle de rapports plus humains, de respect de l’autre, d’écologie, vu non seulement comme respect de l’environnement, mais surtout comme respect des personnes : une écologie intégrale. Homme du Concile Vatican II, le Pape ne cesse de répéter que les joies et les espérances de notre temps sont aussi nos joies et nos espérances. Pour cela, l’encyclique « LaudatoSii » est un hymne pour un monde plus durable, mais aussi plus fraternel. Madagascar est bien connu pour sa biodiversité, pour ses richesses naturelles uniques au monde. C’est pour cela que le Pape nous invitera non seulement à être fiers de cet héritage mais aussi responsables pour le transmettre aux générations futures. Ce serait une tragédie si l’égoïsme d’aujourd’hui devait ruiner la prospérité des prochaines générations.

• Sa façon de faire déroute un peu. C’est une nouvelle façon pour lui de penser et vivre l’Evangile?

Ce Pape, comme chacun de ses prédécesseurs, a un style pastoral propre. Il n’est pas européen. Il vient « du bout du monde ». Au-delà des gestes parlants et d’un discours volontairement simple, il veut aider surtout les pasteurs à renouveler leur manière d’annoncer l’Evangile au monde d’aujourd’hui. Le gouvernement pastoral, selon le Pape François, plus qu’une application automatique et homogène de l’enseignement de la foi, consiste en un discernement de foi du passage de Dieu dans la vie des gens.

• Un style pastoral propre ditesvous, qui va jusqu’à bouleverser des habitudes établies. Est-il prophète en son pays ?

Il pense qu’un Evêque, un Prêtre, un Diacre, un Catéchiste, sera fidèle à sa mission s’il est capable de marcher avec son peuple. C’est pourquoi je pense que le Pape privilégie la création de Cardinaux en charge de diocèses qui ne sont pas habituellement cardinalices, comme par exemple notre Cardinal malgache, Monseigneur Désiré, Archevêque de Toamasina. Le Pape veut un collège cardinalice vraiment universel, mais dans lequel seront bien représenter les périphéries du monde, et aussi les lieux où les chrétiens sont minoritaires . L’annonce faite dimanche dernier des treize nouveaux cardinaux en est une démonstration. En ce sens, le Pape François est révolutionnaire. C’est un Pape écouté et aimé parce qu’il nous aide à avancer sur le chemin de l’Evangile. C’est aussi un Pape humble, qui demande qu’on prie pour lui.