Actualites Editorial Opinions

Dans les limbes

ce mois d’octobre s’annonce studieux et chargé pour le gouvernement de Christian Ntsay. D’abord, il lui faudra préparer et présenter à l’Assemblée nationale, le projet de loi de finances 2020. Un vrai premier test sur les réelles capacités de Richard Randriamandranto, dépositaire de trois importants portefeuilles. Finances, budget et économie. Jusqu’à présent, il a hérité du bon travail de ses prédécesseurs. Si les députés de la majorité IRD ne risquent pas de poser des questions qui fâchent sur les propositions gouvernementales, la plupart sont, en tout cas, incapables de décrypter un si volumineux document bourré de chiffres et d’explications techniques complexes, les remarques pertinentes peuvent venir des experts du Fonds monétaire international, FMI.

Après la fin des décaissements réguliers des aides financières au titre de la Facilité élargie de crédit, FEC, de 310 millions de dollars, obtenue par le régime HVM, il est temps de passer aux nouvelles renégociations.

La mauvaise appréciation des technocrates malgaches pourraient venir des tentations de vouloir insérer les objectifs de l’Initiative pour l’émergence de Madagascar, IEM, de façon systématique, dans ceux du cadrage macroéconomique usuel. Ce qui reviendrait à dénaturer, par exemple, les prévisions de croissance économique en termes réels du Produit intérieur brut, PIB.

Les pays qualifiés d’émergents, au début de leur incroyable essor dans tous les domaines, ont réalisé des progressions à deux chiffres. Sur plusieurs années. Madagascar a-t-elle les moyens d’y parvenir? Le doute est permis dans la mesure où les grandes infrastructures pour améliorer la production énergétique, agricole, ou pour atteindre la venue des 500 000 touristes, se concrétiseront, au plus tôt l’année prochaine. Les barrages hydroélectriques de Volobe, de Sahofika ou de Farahantsana, censés offrir des coûts d’électricité plus abordables, ne seront pas opérationnels du jour au lendemain.

Comme l’extension du port de Toamasina ou encore la construction d’un immense barrage pour irriguer les vastes rizières du lac Alaotra. Sur le court terme, les travaux d’extension des aéroports d’Ivato et de Fascène à Nosy Be pourront être inaugurés une fois achevés. En fait, des chantiers ouverts par les précédents tenants du pouvoir profitent aux actuels dignitaires du pays. De même, l’échéance de 2030 fixée par Hery Rajaonarimampianina, semble avoir été des plus pragmatiques pour atteindre la vitesse de croisière.

Outre ces préparatifs du Budget initial 2020, le gouvernement aura à traiter deux délicats sujets. Celui d’Air Madagascar et de la Jirama, deux sociétés d’État en pleine crise financière, marquée par une grande tension au niveau de leurs trésoreries respectives. Pour Air Madagascar, le litige avec Air France remonte à la période transitoire. Il se présente comme suit. Les embrouilles en question, concernent la location-vente des deux Airbus A 340 qu’exploite actuellement Air Madagascar pour ses vols long-courriers. C’est cette transaction signée en juin 2012, en pleine transition et dans laquelle, la partie malgache est foncièrement perdante, qui est à l’origine des actuels boulets que la compagnie aérienne nationale doit trainer. Ou plutôt des plombs dans l’aile.

Non seulement les deux appareils sont d’un certain âge et consomment énormément de carburant, mais leur prix, à savoir 67 millions d’euros, s’avérait exorbitant et trop élevé par rapport aux valeurs techniques qu’ils offrent.

Le désaccord entre les deux compagnies porte sur le montant du reliquat à régler par Air Madagascar. Air France réclame 46 millions de dollars tandis qu’Air Madagascar soutient qu’elle ne doit plus que 23,5 millions de dollars de solde à régler pour les deux appareils. Dans l’un ou l’autre cas, Air Madagascar va perdre beaucoup. Elle sera fixée sur son sort le 17 octobre, quand le Tribunal de Paris statuera sur ce malentendu commercial.

Sans compter qu’à l’interne, l’État, actionnaire majoritaire, a la ferme intention de changer les membres de l’équipage d’Air Madagascar. Autant au niveau du Conseil d’administration qu’à la direction générale. C’est son droit le plus absolu, mais ces « changements de cap » à répétition, remettent aussi en question les réformes en cours. En parallèle, des critiques des quotidiens proches du régime commencent à apparaître sur de présumées incohérences et contradictions dans l’accord de partenariat stratégique conclu avec Air Austral. Un contrat signé du temps des autorités HVM. Mais lors d’une visite à Addis-Abeba, Rivo Rakotovao, président du Sénat, a eu des rencontres « préliminaires » avec des hauts responsables de l’Ethiopian Airlines. Une initiative jugée personnelle par le Conseil d’administration d’Air Madagascar qui n’a pas donné suite à l’action parallèle de Rivo Rakotovao.

Pour la Jirama, la dernière étude menée par la Banque Mondiale a relevé un déficit abyssal de 1 600 milliards d’ariary dans ses caisses. Cela reviendrait à dire que les subventions à tout-va et les réajustements tarifaires n’ont eu aucun impact positif sur le compte d’exploitation de la Jirama. Il reste alors l’option avancée par Andry Rajoelina et Christian Ntsay. Revoir de fond en comble et modifier les contrats passés avec les fournisseurs d’électricité de la Jirama. Ce qui est tout à fait envisageable. Car la Jirama les approvisionne en carburant, avant d’acheter leur puissance installée à des prix déraisonnables, pour la revendre à perte à ses abonnés. La Jirama peut aussi importer du carburant à partir du mois de novembre et se passer de l’emprise des pétroliers, toutes professions confondues, dominant le marché local. Ils évoluent avec un pacte tacite, une entente cordiale, pourtant interdite dans une économie libérale.

En résumé, le gouvernement a intérêt à rendre une copie plus claire et précise du projet de loi de finances 2020. Trouver des solutions fiables et viables pour Air Madagascar et la Jirama. Ce qui est loin d’être une mince affaire.