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Nouvelles tendances – La Responsabilité sociétale des entreprises, en vogue

La Responsabilité sociétale d’entreprise, RSE, est un reflexe à adopter à Madagascar. Le concept a besoin de la prise de conscience de toutes les parties prenantes.

RSE. Trois lettres qui entrent dans les habitudes des entreprises occidentales mais que les entrepreneurs et les sociétés malgaches découvrent encore. C’est le combat du cabinet Ur-CSR d’Ulrichia Rabefitiavana depuis quatre ans lorsqu’elle a créé le salon de la RSE et des initiatives pour le développement durable. La quatrième édition s’est déroulée cette semaine sur le parking de la gare de Soarano. Le choix de l’endroit n’est pas fortuit dans la logique de démocratisation du concept voulue par Ulrichia Rabefitiavana qui a troqué le cadre feutré du Carlon de la dernière édition pour la gare de Soarano dans le centre-ville.

Improvisations

David Roger, fondateur du cabinet Buy Your Way, coorganisateur de l’évènement, explique que la RSE est en train de se mettre en place à Madagascar. D’après lui, il y a un parallèle entre le démarrage du concept dans les pays développés et ce qui se passe actuellement dans la Grande île.  » La RSE a démarré au niveau mondial au début des années 2000. La plupart des grands groupes qui ont démarré sont partis sur la base de la gestion de risque et la pression de certaines parties prenantes. C’est le cas notamment des miniers « , souligne David Roger.

 » Donc à Madagascar, c’est normal si les entreprises les plus en vues sont Ambatovy, Base Toliara et Rio Tinto. Ces gens là ont l’habitude de travailler sous ce type de pressions ». D’après lui, ce qui manque encore à Madagascar ce sont ces pressions. Dans ce sens, il estime que certains acteurs pourraient jouer leur rôle à l’instar des syndicats des
travailleurs ou les représentants des consommateurs. Bien que Madagascar ne soit pas encore une société de consommation, David Roger pense qu’il serait intéressant de stimuler les consommateurs sur les questions d’impact. Quoi qu’il en soit, il avance qu’une petite entreprise peut adopter une démarche RSE suivant les convictions fortes de son dirigeant d’un point de vue éthique.

Nuances

En attendant, il est intéressant que le cadre légal soit plus fourni pour insuffler le reflexe RSE aux chefs d’entreprises. Pour Ulrichia Rabefitiavana, les lois malgaches dans ce sens sont perfectibles. « La législation actuelle se focalise surtout sur les impacts environnementaux mais beaucoup moins sur les impacts sociaux », souligne-t-elle, ce qui nuit aux réels impacts des actions menées par les entreprises. D’après un exposant, au salon José Rakotomanjaka, fondateur de Quality and Environment Integrated Management (QEIM), on a tendance à confondre RSE et mécénat à Madagascar. Pour ce dernier, la RSE doit entrer dans la stratégie des entreprises. Même son de cloche chez David Roger qui évoque une RSE plus stratégique pour qu’il y ait plus d’impact réel.

Présente à Madagascar depuis près de 28 ans, l’ONG internationale Pact privilégie des partenariats avec des entités qui sont dans une logique de développement durable. Dans ce sens, elle travaille avec des entreprises que la représentante du pays Mirana Rakotosamimanana qualifie de « sérieuses ». « Le secteur privé exploite les ressources pour maximiser leur profit. Chez Pact, nous pensons que les entreprises sérieuses peuvent apporter un développement durable dans la communauté où elles sont implantées ». C’est ainsi que l’ONG a proposé à Rio Tinto le projet Rise en 2013. L’organisation est partie du constat de l’Unicef que la région Anosy a le niveau scolaire le plus bas de la Grande île. L’objectif du projet Rise tourne autour de l’accès à l’éducation et l’amélioration de l’employabilité.

Rise, en activité dans l’Anosy

Au cours de ces six années, 2500 jeunes ont bénéficié des bourses du programme. Source de satisfaction pour Mirana Rakotosamimanana l’amélioration palpable du niveau scolaire cristallisée par la distinction du lycée Paul de Fort-Dauphin soutenu par Pact qui a eu le troisième meilleur résultat au baccalauréat 2017 et le meilleur résultat au baccalauréat 2018 dans la série C. En ce qui concerne l’employabilité, elle a fait savoir qu’une trentaine de jeunes ont actuellement un emploi stable dont certains à Rio Tinto, à Ambatovy et dans d’autres secteurs comme dans des banques ou des ONG. Pour Mirana Rakotosamimanana, avoir une entreprise comme Rio Tinto devrait être une aubaine pour la région Anosy au-delà des emplois et des infrastructures qu’elle apporte.