Dossier

Société – Les autistes font entendre leurs voix

A l’école Le Colibri, les enfants ne remarquent pas les différences

Cette année, la mobilisation sur l’autisme a été axée particulièrement sur le thème de l’inclusion. Nous avons choisi de visiter une école qui reçoit des enfants autistes dans ses classes. Une goutte que des parents désemparés voudraient faire déborder du vase

A l’école Le Colibri, les enfants ne remarquent pas les différences

La classe de Madame Mbola est en train de faire la lecture et l’expression écrite. C’est une véritable petite ruche. Le léger bourdonnement de petites voix ne trouble pourtant pas la concentration des petites méninges. Les grands aident les petits. « C’est comme cela qu’ils arrivent à être autonomes », explique madame Mbola. C’est une classe à deux niveaux. L’équivalent de la classe préparatoire et de la dixième. Les plus grands sont assis sur des bancs d’école ordinaires, les plus petits sont autour d’une grande table. Tout le monde s’applique. Les traits pré-tracés sur la feuille de papier sont suivis de près. Les lettres se forment progressivement.
J. est un peu en retrait. Assis sur une natte. Il joue. Il fait le va et vient entre la table où se trouve ses amis de classe et sa natte. « Il n’a pas la patience de rester sur la table jusqu’au bout mais il arrive à suivre tout ce qui se fait en classe », explique Madame Mbola. Il forme les mots avec des lettres en plastique. « Pour copier sur le papier c’est un peu plus difficile, mais quand il manipule les lettres, c’est formidable », s’enthousiasme son enseignante. Elle assure
qu’ « il a une mémoire formidable, beaucoup de potentiels. Voilà pourquoi on dit que ces enfants sont extraordinaires».
Avec J. deux autres petites filles sont déclarées autistes dans la classe de madame Mbola. Ils ont été admis en classe avec les autres élèves parce que les éducateurs ont estimé qu’ils sont capables de suivre.
« Vous voyez la petite fille là-bas ? Elle adore être avec les autres. Elle est très tactile. Elle adore celle qui est habillée en violet, elle la suit partout». Sur les quatre cents élèves de l’école Colibri où travaille Madame Mbola, 10 % sont autistes. Certains sont en classe avec les autres élèves, d’autres se retrouvent ensemble dans une même classe, encadrés par des éducateurs spécialisés.
Madame Mbola se fait elle-même aider par mademoiselle Nampoina, une éducatrice spécialisée et Angelo, auxiliaire de vie scolaire en stage.

manies

Mbolatiana Raveloarimisa, présidente de Autisme Madagascar est une combattante

« Ils arrivent absolument à suivre », assure Madame Mbola. « Ils ont leurs manies, leurs habitudes, mais ils sont parfaitement intégrés dans la classe. Et les autres enfants les acceptent ». L’heure de la lecture et de l’expression artistique touche à sa fin.
Les enfants se préparent à aller à la récréation, puis au cours de sport au stade de Mahamasina, en face. Tout le monde commence à ranger ses affaires. Madame Mbola tape des mains pour activer les choses. « Qu’est ce que c’est que ces crayons? Rangez-moi ces crayons! » Ceux qui ont fini viennent chercher leur goûter, une banane, dans un grand panier.
J. sortira bien avant tous les autres. Nous lui avons demandé son nom. Il s’est bouché les oreilles avec ses deux mains et a quitté la classe sans nous accorder un regard. « Il a eu un peu peur », dit Madame Mbola en souriant. Dans la cour où trône au milieu un grand arbre, des enfants jouent déjà. Ils sont tous habillés de leur uniforme de sport: haut vert sombre et short noir.
« Les enfants ne voient pas la différence », fait remarquer Madame Ranavela, ancienne directrice de l’école Colibri. Elle a maintenant laissé la direction de l’école à sa fille Kemba, qui met progressivement en place un système inclusif, permettant particulièrement aux élèves d’être rapidement autonomes. Dans son bureau, une maman chat allaite six petits. « Les enfants les adorent. Ils viennent les caresser. » Puis elle reprend:
« oui, les enfants ne remarquent pas la différence, ce sont les adultes qui compliquent les choses ».

Aménager la loi 97-044 sur le droit des handicapés

La première semaine du mois d’avril est consacrée à la sensibilisation sur l’autisme

« Nous ne sommes pas à la recherche d’aide financière. Nous sommes à la recherche de solutions ». Cette semaine, Autisme Madagascar a réuni autour d’une table différents départements ministériels (education, population, santé, …), organismes internationaux tels que l’OMS, une représentante de l’ambassade de France, juristes, médecin psychiatre, parents aussi. « Pouvez-vous nous aider? » a demandé Mbolatiana Raveloarimisa, activiste, mère d’enfant autiste mais aussi fondatrice de l’association Autisme Madagascar.
Après trois heures d’échanges ponctués de témoignages, l’idée de se regrouper au sein d’une entité fait son chemin. La représentante du ministère de la Population fait savoir qu’il existe un comité interministériel qui se consacre au handicap. Un projet d’aménagement, d’amendement de la Loi n° 97-044 du 2 février 1998 sur les droits des personnes handicapées est en cours. Cette loi, dans on article 16, « Vise à assurer aux personnes handicapées la jouissance et l’exercice de tous les droits reconnus à tous les citoyens sans distinction. Contient des dispositions spécifiques en ce qui concerne les droits à la santé, à l’éducation, à la formation et à l’emploi, ainsi que les droits sociaux. Stipule notamment que L’Etat doit assurer le respect, en matière de travail et d’emploi, du principe d’égalité de chance et de traitement entre travailleurs handicapés et travailleurs en général». Il est tout à fait possible d’y intégrer la problématique de l’autisme, fait-elle savoir. Le projet d’aménagement passera en conseil du gouvernement, en conseil des ministres, et plus tard devant les députés.
Autre solution saluée par une salve d’applaudissements, la considération de l’hyper ou de l’hypo sensorialité de la douleur.
« Il est tout à fait possible de proposer des stages pour des médecins Malgaches à l’hôpital d’Avignon, et de chercher un partenariat pour financer le trajet », suggère Didier Bourgeois, médecin psychiatre de passage à Madagascar. Pour l’instant, les médecins malgaches ne trouvent comme solution que la prescription souvent abusive de
médicaments contre l’épilepsie, de plus en plus dénoncée par les familles.
Les participants à l’échange en tous les cas, se sont accordés sur au moins une chose : Il faut intensifier la sensibilisation.
« Depuis quatre ans maintenant, si vous entendez le mot autisme, c’est parce que nous n’avons rien lâché sur la sensibilisation », note Mbolatiana Raveloarimisa. Et d’ajouter: « Il y a certaines situations à Madagascar qui ne sont pas acceptables. De voir des enfants dans des sessions manger des excréments est inhumain. Moi, je peux encore m’occuper de mon enfant, certains parents complètement désemparés attachent leurs enfants ».

 

Textes: Rondro Ramamonjisoa – photos: Rondro Ramamonjisoa et Mamy Maël 

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