Economie

Prix du carburant – L’essence de la crise

Le ministre Vony Andriamanga doit marier les contraires

Deux mois pour trouver un terrain d’entente sur la nouvelle structure des prix. Deux mois pour rapprocher des intérêts diamétralement opposés. D’un côté l’Etat qui souhaite baisser les prix à la pompe en agissant sur la structure tarifaire et de l’autre les opérateurs qui ne semblent visiblement plus disposés à faire des concessions sur leur marge. Les discussions se poursuivent entre le gouvernement représenté par le ministère de l’Energie, de l’Eau et des Hydrocarbures et toutes les parties prenantes du secteur pétrolier. Jusqu’ici, les protagonistes n’ont trouvé aucun consensus autour de la nouvelle structure des prix du carburant. Si la situation n’évolue pas d’ici le mois de juin, le ministre Vonjy Andriamanga a brandi la menace d’une décision unilatérale du gouvernement avec les conséquences que cela implique. Un gérant de station-service qui a préféré garder l’anonymat a indiqué qu’un tel scénario peut conduire à un blocage du secteur en cas de désaveu des distributeurs.

Discussions
Qui parle de négociations parle forcément de concessions. Pour l’heure, le ministre Vonjy Andriamanga n’a pas été en mesure de dire jusqu’où le gouvernement peut aller pour parvenir à un prix à la pompe « socialement acceptable ». C’est justement le rôle du comité ad hoc qui a été mis en place. Ce comité est appelé à discuter des mesures financières qui accompagneraient la nouvelle structure de prix. C’est à ce niveau que seraient discuté des points comme les éventuelles modifications des taxes et les éventuelles subventions ciblées pour les transporteurs notamment. Pour notre interlocuteur, cette dernière mesure peut atténuer les hausses du cours mondial du brut au niveau de la population. Il a toutefois indiqué que cela ne pourra être possible sans une bonne gouvernance et la dématérialisation peut aider à cet effet. Il a notamment évoqué la possibilité de fournir des cartes de paiement spécifique à chaque transporteur qui leur permettrait d’avoir du carburant à un prix préférentiel, la ristourne étant alors automatiquement appliquée.

Aléatoires
Concernant les prix à la pompe, le gérant de station-service d’expliquer que si les prix ont été maintenus jusqu’ici, c’est parce qu’ils se réfèrent au cours du brut deux mois auparavant.
« C’est la raison pour laquelle nous avons atteint la vérité des prix en février, avance-t-il, car le cours du brut a baissé au mois de décembre ». En effet, le cours du Brent a connu un niveau plancher aux alentours de 60 dollars entre décembre et février, une période qui a même été marqué par un plus bas à 50 dollars vers la fin de l’année 2018. Reparti à la hausse à partir du mois de février, le cours a atteint les 67 dollars en mars et flirte avec la barre des 70 dollars en avril. Normalement, il faut donc s’attendre à une hausse des prix à partir du mois de mai. Notre interlocuteur toutefois de souligner que c’est la première fois que les autres acteurs du secteur sont invités à la table des négociations.
« Avant, les discussions ne concernaient essentiellement que l’Etat et les distributeurs. C’est la première fois qu’on a demandé les avis des gérants et des transporteurs entre autres ». Il a d’ailleurs fait savoir que plusieurs gérants ont actuellement de graves problèmes de trésorerie avec la marge actuelle qui leur est accordée avec 63.02 ariary par litre.

Tolotra Andrianalizah