Economie

Industrie extractive – Le sable noir de base Toliara s’enlise

En phase de recherche depuis près de vingt ans, le projet d’extraction de sable noir, l’ilménite de Ranobe dans la région Sud-Ouest fait face à de nombreux obstacles qui pourraient mettre en péril les investissements engagés

Théo Rakotovao, le chanteur mythique d’origine de la localité de l’exploitation du sable minéralisé, clame depuis des années qu’il veut avant tout défendre les intérêts des Mikea. Ethnie vivant encore des ressources naturelles de la forêt qui porte le même nom. « Ce projet n’apportera rien pour les Mikea, mais au contraire détruira l’environnement direct de cette ethnie. Les infrastructures routières que ces exploitants miniers veulent mettre en place pour évacuer leur minerai passera par la forêt Mikea » explique-t-il souvent à ses sorties médiatiques.
Siteny Andrianasoloniako, ancien député élu à Toliara a soudainement refusé la continuité du projet d’extraction à la fin de son mandat, en 2018. Il a rejoint les idées du chanteur avec des critiques acerbes sur les catastrophes qu’engendrerait un projet d’exploitation de ce genre avec la dégradation du sol, de la forêt et des impacts sur les baobabs de cette localité. Les motivations politiques du parlementaire résident, par ailleurs dans le fait que ce projet a été mal négocié depuis le début et qu’il propose de revoir les contrats dans les projets d’industrie extractive.
L’Organisation de la société civile pour les industries extractives (OSCIE) préfère laisser les richesses enfouies sous terre que de les vendre à « prix bradés ». L’exploitant minier promet des infrastructures telles que les écoles ou encore les routes mais « est-ce l’équivalent de la valeur de ces minerais de Ranobe ? » se demande-t-elle.

Lobbying
Une série de lobbying pour l’arrêt définitif et la continuité du projet a défrayé la chronique au mois de mars. Théo Rakotovao est venu avec les membres de son association Ma.zo.to, voir directement le nouveau ministre des Mines et des ressources stratégiques, Fidiniavo Ravokatra.
Cinq véhicules de marque Sprinter ont emmené de l’autre côté, des maires de Tsianisiha et d’Ankilimalinike, concernées directement par l’exploitation du gisement de Ranobe, ainsi que des représentants des autres communes périphériques ou de simples défenseurs du projet à Toliara. Ils ont organisé une conférence de presse dans la capitale arguant en premier lieu que Toliara et la région Sud-ouest ont besoin d’emplois.
Le bras de fer a été ainsi trop dur à trancher pour le ministre qu’il préfère passer le flambeau de la décision au président de la République, Andry Rajoelina. Celui-ci pourtant est contraint par le Code minier actuel ainsi que les contrats signés par les gouvernements qui ont succédé, qui ne lui donnent pas non plus trop de marge de manœuvre. Il devra changer le Code actuel si le contexte de l’exploitation de Ranobe n’est pas à son goût. Les permis d’exploitation ont d’ailleurs été délivrés au temps de la Transition en 2012 pour être renouvelés en 2017 pour une validité de 40 ans. Le projet Toliara Sands n’est pas encore affilié aux Lois sur les grands investissements miniers (LGIM).

Meilleur au monde
Le 22 décembre 2017, le groupe australien « Base Resources », (à prononcer avec un accent anglais) reprend le projet minier Toliara Sands, un projet de World Titane Holding. Quelques 75 millions de dollars d’investissement ont été apportés avec ce nouvel élan. Base Resources est indiqué comme un partenaire fiable du géant World Titane Holding en devenant actionnaire majoritaire. Ce dernier est en effet coté en bourses à Londres et en Australie et possède la mine de Kwale au Kenya.
« Le projet Toliara Sands est considéré comme le meilleur projet de développement des sables minéralisés au monde avec ses 884 millions de tonnes de réserve à 6, 2% de minerais lourds », a reconnu Phil Murphy, alors Chief Executive officer auprès de World Titane Holding lors de ses incessants déplacements à Madagascar, pour régler les points administratifs. « Le gisement de minerais de Ranobe présente l’une des meilleures qualités d’ilménite au monde. Le secteur extractif mondial a subi la chute des prix depuis une décennie mais il est entrain de reprendre la pente. Nous saisissons l’opportunité du marché mondial qui est à tendance haussière. La remontée des prix suit un cycle de cinq, dix ans et nous sommes actuellement dans cette hausse du prix », a détaillé le spécialiste des marchés.

Mirana ihariliva – Photos Mamy Maël