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Inona no ho lovan-jafy

Ainsi donc les communales seront reportées pour, peut-être, jusqu’à dans un an. Ouais, entre les questions qu’on peut se poser sur la composition de l’Assemblée nationale, les dénis quant au fonctionnement discordant des élections, et autres choses, on peut être dubitatif. Bon, disons que je suis négative, pessimiste, dans une période où il faut de l’espoir. Tant pis, j’assume mes angoisses. Croisons les doigts.

J’ai eu la chance de voir cette semaine, un film extraordinaire, « Vincere, ou la vie héroïque et tragique de la femme cachée de Mussolini » de l’italien Marco Bellochio. Il y a des scénaristes et des réalisateurs impressionnants. L’histoire de la vie d’une maitresse de Mussolini permet de décrypter et mettre en scène les déviances psychologiques que peuvent provoquer la montée au pouvoir et l’ambition démesurée. On voit l’évolution de Mussolini : jeune socialiste exalté au début qui devient peu à peu un assoiffé de pouvoir, fasciste et utilisant tout le monde, dont la femme qu’ il aime. On voit en face de lui, une jeune femme enthousiaste, exaltée elle aussi, qui lui donnera tout ce qu’elle a depuis, devant la déviance de Mussolini et son trajectoire politique, s’en- fermera dans une opposition monomaniaque, un entêtement que l’on ne peut que comprendre : elle veut la reconnaissance et la dignité pour elle et son fils, le fils de Mussolini, elle le veut à en devenir folle. Le face-à-face est symbolique et quasiment sans issue. Jusqu’où ira le rapport de forces ? La femme sera brisée, le fils reprendra le flambeau et Mussolini, on sait ce qu’il est advenu de lui. Mais, et c’est là que le film est remarquable, quid-de l’entourage, qui a aidé l’engeance du peuple, qui s’est soumis à l’ordre établi, et peut-être pas pour lui ?

La remontée du fascisme, un peu partout dans le monde, les hurlements de tous les va-t-en guerre donnent froid dans le dos. Et pour nous ? La corruption, les abus de pouvoir et les arrogances donnent envie de crier. Et en même temps, il y a le peuple malgache. Un peuple impressionnant dans la résilience, un peuple qui crée en permanence, qui récupère tout, qui adapte tout. Il faut voir les bicoques de maintenance électronique, les garagistes, les ateliers de tout et aussi le reste, tous les bricolages et kit, de survie. Ce peuple-ci est toujours sur le fil du rasoir, mais il avance, vaille que vaille. Sans aide. Se structurant comme il peut. Mais hélas, le plafond de verre est bas, très bas.

Et c’est là que des écrivains comme Johary Ravaloson interviennent. Comme un lanceur d’alerte, un intellectuel. Dans son livre « Amour, patrie et soupe de crabes », il dénonce, fait son travail. Dans ce roman, il a convoqué un trio pour faire tomber la clôture, qui enferme le symbole de l’avenir : la Place du Treize-Mai, cette place d’où ont démarré nombre de révolutions, qui est maintenant fermée au public. Pour abattre tous les enfermements, l’auteur a composé ce trio d’un enfant des rues, véritable Gavroche, d’un travesti, fonctionnaire dans une administration et d’un haut-fonctionnaire, porteur de projet. Ce trio rencontre moult mésaventures et moult personnages hauts en couleurs, souvent glauques. Tout y passe : les corruptions de haut vol, les concussions, l’horreur à en vomir des prisons, les lâchetés et autres traitrises, les abus de pouvoir, les mensonges, mais aussi le courage de marginaux et les valeurs que véhiculent nombre de personnes. Il y a toute une philosophie dans ce livre, désespéré : « Il faut serrer les dents et y croire. » Et ses héros serrent les dents, car « Inona no ho lovan-jafy ? De quoi hériteront-ils nos des- cendants ? » Acte de foi de résistance des Malgaches. Et comme la femme de Mussolini, les héros de Johary Ravaloson demandent le « lovan-janaka », quel héritage pour les enfants, tous les enfants ?