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Des normes problèmes

Fallait- il s’en réjouir? Descendre dans la rue, drapeaux à la main, chanter l’hymne national, avec un concert de klaxons et des coups de sifflets à n’en plus finir. Comme ce fut le cas, lors des victoires des Barea et même après la défaite face à la Tunisie à la Coupe d’Afrique des nations. Toutes proportions gardées. Quand le Conseil d’administration du Fonds monétaire inter- national, FMI, venait d’octroyer 43,4 millions de dollars au titre d’une tranche de la Facilité élargie de crédit, FEC, d’un montant total de 310 millions de dollars, obtenue par le régime HVM en juillet 2016. Il s’agit ainsi d’une victoire à la Pyrrhus pour l’actuel ministre des Finances, du budget et de l’économie, Richard Randriamandrato.

Dans la mesure où il n’a pas eu à négocier un programme avec le FMI, mais de poursuivre ce qui a été convenu avec le gouvernement malgache. Le seul changement dans les discussions aura été l’arrivée de Charalambos Tsangarides à la place de Marshall Mills comme chef de la mission de revue du FMI. Il a félicité les efforts des dirigeants malgaches en dépit des polémiques autour des prix du carburant. Voulant faire bonne figure devant la population, à la suite du revers essuyé par le « non au référendum jumelé aux législatives » de la Haute cour constitutionnelle, HCC, Andry Rajoelina a affirmé avec fracas et détermination, la faisabilité de réduire de façon conséquente les prix du carburant. Pourtant, les bailleurs de fonds ont toujours prôné l’application de la vérité des prix, et l’abandon graduel des subventions, sous quelque forme que ce soit.

À ce propos, le ministre de l’Énergie, des hydrocarbures et de l’eau, Vonjy Andriamanga, a failli à ses missions. Il n’a pas pu modifier le différentiel des coûts pour déboucher sur ces prix de vente assez élevés comme Andry Rajoelina lui a signifié. Il a, par exemple, expliqué, suivant les résultats d’une étude effectuée par la Banque Mondiale, que les pétroliers, toutes professions confondues, sur le marché malgache réalisent un bénéfice de 100 dollars par tonne métrique contre 56 à l’île Maurice. Mais comment faire pour remédier à ces anomalies tout à fait incompréhensibles? Du moins en apparence. Car, en réalité, le commerce du pétrole est un domaine très réglementé où les « miracles » se produisent rarement.

Un brin populiste, dans la peau d’un Robin des Bois qui s’est trompé d’époque, Andry Rajoelina a mis en avant des « frais d’achat » trop lourds dans le circuit de distribution pour soutenir ses thèses. Mais les acquis de la rencontre « au sommet » entre Andry Rajoelina et les « concernés » au palais d’Ambohitsorohitra, ont encore démontré et établi cette implacable logique. Des baisses à « petits coûts » ont été obtenues par Andry Rajoelina. Pour qu’il ne perde pas la face aux yeux de ses concitoyens qui attendaient une importante décrue, au regard de ses déclarations époustouflantes au Palais des sports et de la culture de Mahamasina, lors d’un one man show qu’il affectionne tant, pour marquer les cent jours de sa présidence. Maintenant, la question découle des… pompes. Les baisses aux compte-gouttes vont-elles se poursuivre ou les hausses régulières vont-elles reprendre leur « cours » normal? Cette seconde issue a plus de chance d’être la meilleure solution pour sortir de l’impasse, pour briser la quadrature du cercle. Pour au moins trois raisons.

D’abord, cela fait presque onze mois que ce statuquo a perduré. La dernière majoration a eu lieu au mois de novembre. La tension politique consécutive à la tenue de la présidentielle a gelé de fait les prix du carburant. Personne ne voulait verser de l’huile sur le feu au risque de provoquer un embrasement général. Andry Rajoelina, par la suite, a laissé entrevoir cette possibilité de baisse. Et les gérants des stations-service commencent à revivre le cauchemar de la Transition. Où la plupart ont déposé leur bilan par l’étroitesse de leurs marges commerciales. Ils sont des « travailleurs indépendants », mais ne sont pas des employés des sociétés pétrolières, comme beaucoup le pensent. Tôt ou tard, ils vont dénoncer cette situation intenable pour eux.

Ensuite, les cours du baril sur le marché international ont tendance à suivre une courbe ascendante alors que l’ariary continue de se déprécier face au dollar. Les apports financiers du FMI, destinés à consolider les réserves en devises, n’ont pas encore dopé la monnaie nationale sur l’échelle des valeurs. Il se peut que ces questions liées aux prix du carburant soient les thèmes centraux des prochains pourparlers avec le FMI. Après l’expiration de la FEC, il faudra passer à autre chose. Les réelles capacités techniques de Richard Randrimandrato vont être soumises au révélateur. Des observateurs s’accordent à dire qu’il n’a pas le niveau de ses brillants prédécesseurs et dissimulent ses carences et défaillances par de la « philosophie financière » à dormir debout. Or, la crédibilité du gouvernement va être mesurée à ses aptitudes à convaincre ces partenaires financiers.

Enfin, l’idée de l’État d’importer du pétrole, sans passer par les principaux acteurs des activités des hydrocarbures, était plutôt utopique. Il est temps de revenir et d’admettre l’évidence. Andry Rajoelina, en voulant jouer avec le feu sur un sujet incandescent par excellence, doit trouver une parade pour éteindre le brasier des frustrations et mécontentements, déjà ressentis chez les consommateurs par « les rabais symboliques » gagnés de haute lutte. Il aurait été plus judicieux pour lui de détailler le mécanisme de fixation des prix du carburant, au lieu de taxer les pétroliers de profiteurs malveillants. Les réformes qu’il a voulu imposer sont en panne… de sens.