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Conscient Zafitody – « L’Université de Toamasina formera de nouveaux enseignants »

Conscient Zafitody, le président de l’Université de Toamasina insiste sur la formation des enseignants pour améliorer le niveau pédagogique des étudiants. Il en parle avec détermination.

Vous avez pris vos fonctions en avril de cette année, d’abord, dans quelle situation se trouvait l’université de Toamasina lorsque vous en avez pris les commandes?

En effet, comme vous le savez, l’université est un établissement public. Au ni- veaux pédagogique, il faudrait faire un grand effort puisque, en six années, nous avons connu deux an- née plus au moins raté pour ne pas dire année blanches. Dans ce sens, nous avons pris l’initiative de trouver la solution pour pouvoir ter- miner ces années ratées en élaborant en concertation avec les enseignants un plan d’action pour remettre à l’ordre l’année universitaire. et grâce à ce dialogue, nous y sommes parvenu aujourd’hui.

Quelle était donc votre priorité durant ces 100 premiers jours ?

Nous avons adopté une vision dès notre prise de service avec pour objectif de redorer l’image et le blason de notre université. Comme je l’ai dit, le redressement a été notre la priorité pour ces 100 premiers jours, surtout le rattrapage des année sabbatiques qui a été mentionné auparavant. Un plan de redressement a été établi et heureusement, tous les responsables y ont bien adhéré. À titre d’exemple, on peut citer la Faculté des lettres et sciences humaines qui a pu effectuer le 25 juillet la rentrée pour cette année universitaire. Et heureuse- ment, les acteurs sont vrai- ment très engagés et ont de bonne volonté pour travailler.

Les retombées attendues?

Grâce à ce plan de redressement, nous prévoyons qu’au mois de décembre de cette année, nous allons essayer de rattraper tous les retards des années précédentes. Et je suis optimiste puisque une des deux facultés les plus en retard entre déjà dans une nouvelle année universitaire et tous les instituts ont déjà adopté un calendrier universitaire normal.

Vous avez cité, entre autres, la lutte contre la corruption parmi vos chantiers, comment comptez- vous procéder ?

Effectivement, la lutte contre la corruption est un grand défi pour la nouvelle présidence. Déjà que c’est une pratique qui n’est pas permise par la loi, moi personnellement, je fais partie d’une commission de la justice et paix au niveau d’une paroisse de cette ville donc je pense que la corruption ne sera jamais admise à l’université. Nous allons informatiser et numériser tout le système administratif, notamment la gestion des notes des étudiants puisque c’est au niveau de la gestion qu’il y a des suspicions. Il y a, par exemple, des étudiants qui ne semblent pas être sérieux qui réussissent toujours leur examens. Grâce à ce système informatisé, on va détecter et contrôler facilement le système d’admission. Nous allons également lancer une campagne de conscientisation des responsables dont certains notamment ceux qui gèrent la scolarité et l’ informatique et qui manipulent les notes des étudiants quotidiennement. D’ici peu, par le truchement d’une collaboration avec le tribunal de première instance de Toamasina et du Bianco, les nouveaux responsables de gestion des notes vont prêter serment devant le tribunal pour une engage- ment moral.

Vous avez annoncé de nombreux chantiers dans votre programme, parmi les plus important figurent l’uniformisation des rentrées universitaires voire la mise en place d’une date de rentrée unique, ou en est-on aujourd’hui ?

En effet et ça c’est très important, car c’est ce que les gens, les parents et les étudiants attendent. L’année universitaire doit être bien précise, c’est-à-dire qu’il faut commencer à une date précise et terminer également à une date précise. Donc, à partir de l’année prochaine, on doit commencer l’année au mois de janvier et se terminera en mois d’octobre. Nous allons donc pouvoir appliquer le système LMD avec la semestrialisation de l’année universitaire. Chaque semestre dure environ 17 semaines, donc il faut commencer au mois de janvier et terminer au mois d’octobre. On n’acceptera plu les années universitaires qui se prolongent et tous les responsables sont déjà d’accord sur ce point.

L’amélioration de la pédagogie est un impératif et doit être en continue dans une université, pouvez-vous donner quelques axes d’amélioration sur ce point précis ?

Effectivement, l’université de Toamasina a connu un grand problème sur l’insuffisance d’enseignants. Alors, nous allons essayer d’établir un plan d’ouverture, c’est à dire que nous allons inviter des enseignants issus des universités sœurs à Madagascar pour étoffer l’équipe enseignante ici à Toamasina. Et parallèlement, nous allons également accélérer la formation doctorale pour former de nouveaux enseignants. Des réunions ont déjà été tenues dans ce sens et une formation est déjà programmée pour améliorer et accélérer la soutenance de thèse puisque seuls les doctorants qui vont soutenir leurs mémoires qui vont pouvoir étoffer l’équipe enseignante. Pour améliorer la qualité pédagogique, il faut d’abord améliorer la qualité des enseignants, et qui dit qualité, dit rangs. Normalement, il faut plusieurs maître de conférence et aussi des professeurs pour enseigner à l’université de Toamasina, mais malheureusement, c’est nous qui comptons le moins de professeurs parmi les universités à Madagascar.

La création de nouvelles filières pour les séries scientifiques au baccalauréat fait également partie de vos projets, qu’en est-il de sa réalisation ?

Aujourd’hui, seul l’université de Toamasina ne possède pas une école à Madagascar. C’est pourquoi nous avons décidé de créer l’École normale supérieur à partir de l’année prochaine. On va ouvrir deux filières, à commencer la mathématiques et le français. Pourquoi ? Parce qu’ il y a une situation anormale au niveau des lycées, des enseignants qui ont suivi des formations en gestion ou en économie mais qui enseignent le mathématique ou la physique au lycée. L’université de Toamasina apportera sa contribution pour changer cette situation, c’est pourquoi nous allons ouvrir la filière ma- thématique et le français et plus tard l’histoire, la géographie, l’anglais, etc.

Et pour l’amélioration des infrastructures aussi bien pour les salles d’étude que le campus ?

En fait, la subvention de l’État ne permet pas de construire toutes les infrastructures dont nous avons besoin. Il faut établir des partenariats et aussi instaurer la politique d’austérité à l’université. Nous pré- voyons, par exemple, de construire un bâtiment pour abriter cette nouvelle École Normale Supérieur.

Justement dès votre prise de fonction, vous avez prôné la concertation entre les parties prenantes pour résoudre les problèmes, comment cette concertation prend-il forme ?

Oui, il y a trois acteurs principaux au sein de l’université, les enseignants, le Personnel administratif et technique (PAT) et les étudiants. Ces trois groupes forment le trio qui devrait agir ensemble pour le bon fonctionnement de l’université. Nous allons mettre en place une plate-forme de dialogue qui sera consulté à chaque fois où une grande orientations ou une grande décision doit être prise. C’est cela qui a manqué auparavant et désormais nous n’acceptons plus les ordres imposés d’en haut. Tout doit être discuté et c’est la clé pour éviter toute forme d’incompréhension, toute sorte de malentendu et pour éviter aussi une éventuelle grève.

Pouvez-vous donner quelques exemple de problèmes qui ont été résolus grâce aux discussions depuis votre prise de fonction?

Nous avons en effet déjà mis en application cette stratégie et ça marche. J’ai déjà pris contact avec les étudiants et nous avons déjà eu deux réunions jusqu’à maintenant. Ce qui, par exemple, nous a permis d’éviter une grève des étudiants il y a trois semaines de cela. J’ai déjà rencontré également le syndicats du ̈PAT. Il y a déjà eu trois rencontres qui ont abouti à des actions conjointes. Et j’ai également rencontré le Syndicat des enseignants et j’ai bien pris note de leurs propositions et c’est justement suite à cette proposition que nous allons tenir un conseil scientifique.

Vous étiez en charge des antennes régionales de l’université à Fenerive Est avant votre élection, autant dire que vous connaissez bien la situation, avez-vous des projets pour ces antennes régionales ?

À l’université régionale de Fenerive -Est, nous avons travaillé dans un système de consensus total où le dialogue a été le maître mot. Il n’y a jamais eu d’année blanche là-bas. C’est grâce à ce système que le nouveau directeur qui y est en poste actuellement n’a jamais rencontré de difficulté depuis sa prise de fonction. Pendant que j’étais là-bas, chaque an- née, nous avons un projet d’infrastructure et ça continue jusque maintenant. Et moi, je crois que ce système peut également fonctionner à l’université de Toamasina. Ce que nous souhaitons pour les antennes régionale c’est plus d’autonomie financière vu que nous ne pouvons guère compter sur les subventions de l’État. La solution que nous avons trouvé c’est d’inciter chaque Institut à renforcer les partenariats déjà existants tout en cher- chant de nouveaux, que ce soit locale ou internationale. Pur le problème d’enseignants, par exemple, il faut collaborer avec des personnes ayant la qualité pour enseigner et aussi collaborer avec les entreprises, les ONG qui pourront recevoir les étudiants pendant leur stage.

Mais est-ce que les moyens humains et financiers suffiront ?

Evidemment que c’est largement insuffisant. C’est pourquoi il faut rechercher d’autre moyens pour combler une partie du vide en établissant les partenariats, avec des université sœur national et International. Même chose pour les laboratoires de recherche, il faut accorder plus d’effort à la collaboration avec les laboratoires Internationaux et nationaux sinon ce sera très difficile. Je peux citer comme exemple la signature dernièrement d’un accord avec l’université de Ningbo en Chine avec notre institut Confucius pour la constructions d’un bâtiment de deux étages au campus universitaire de Toamasina.

Justement, l’université de Toamasina manque cruellement d’enseignants avec seulement quatre professeurs titulaires, comment comptez-vous y remédier ?

Dans notre plan de redressement, nous allons appuyer les maître de conférences pour qu’ils puissent accéder au grade de professeur. nous allons les soutenir pour qu’ils puis- sent publier les dix articles obligatoires recommandés par les textes pour pouvoir présenter leur thèse de doctorat. C’est un des projets-phares de la présidence actuelle et qui figure parmi nos priorités absolues.

L’entrée dans le système LMD demande aussi de changements au niveau des universités, peut-on dire que l’université de Toamasina est aujourd’hui prêt dans ce domaine ?

La volonté est là et on avance pas à pas dans les réalisations. C’est difficile mais on n’a pas le choix puisqu’on est engagé vu qu’il y a des textes qu’il faut suivre. Nous devons nous s’adapter et c’est pour cela que la numérisation du système à l’université est déjà en cours. La mise en place d’une connexion internet pour les étudiants et les enseignants est également en projet. Au mois de novembre, nous allons présenter publiquement la première version du système numérisé et au mois de décembre le système numérique au niveau de l’administration et de la pédagogie sera opérationnel.

Comment voyez-vous l’université de Toamasina à la fin de votre mandat ?

À la fin de mon mandat je veux laisser une université de référence dans l’océan Indien, pas de grève avec des ressource suffisantes aussi bien au niveau des enseignants que financière et que la paix sociale y règne.