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Police de la route – Coûts de sifflets sur les trafics

Les «rebelles» face à la presse

Suite à la décision prise par le gouvernement de suspendre momentanément les activités de la police de la route des syndicats s’insurgent. L’issue du bras de fer est incertaine

Monsieur Haja est un peu inquiet. Tsaralalàna,
16 heures, une bande joyeuse de quatre jeunes femmes envahit l’arriere de son taxi avec armes et bagages. La Peugeot 305, rafistolée bon an mal an, ploie sous le poids. « On ne passera jamais le contrôle de police avec tout ce monde dans le véhicule ! », s’alarme-t-il. « Il n’y a plus de contrôle monsieur ! » s’exclament joyeusement les jeunes femmes. Monsieur Haja n’est pas d’accord. Il faut tout de même la présence des policiers pour prévenir certains abus, estime-t-il. Dans le cas présent, il n’a pas pu dissuader une de ses clientes de monter pour éviter la surcharge. Son collègue Iary avec qui il discutait auparavant est du même avis. « C’est la porte ouverte à tous les excès. Et je peux vous dire que tous les taxis clandestins sont de sortie en ce moment. » Iary pense qu’il faudrait installer des caméras de surveillance un peu partout. Il est persuadé que si les verbalisations se font près de ces caméras, les abus n’auront pas lieu.

contrôles

Le gouvernement n’est pas encore arrivé à cette conclusion mais la décision prise lors du conseil de la semaine dernière va dans le sens de la proposition du jeune chauffeur de taxi : lutter contre les abus. «Suite à la multitude de remarques défavorables des usagers pour tracasseries inutiles et actes de corruption», apprend-on dans le communiqué. Le gouvernement a décidé de suspendre provisoirement la mission de la police de la route, tout comme les missions de contrôles effectuées par la gendarmerie nationale sur les routes nationales. C’est ainsi que depuis maintenant une semaine, les policiers ne sont plus vus interpeller voitures et véhicules à deux roues dans les rues de la capitale.
La situation ne fait pas que des heureux et la riposte des corps concernés ne s’est pas faite attendre. Samedi, dernier, le syndicat des corps des inspecteurs de la police nationale et celui des brigadiers de la route se sont unis d’une même voix pour protester contre cette décision gouvernementale. Faisant éclater au grand jour une grogne qui couvait sous peu, ces deux syndicats policiers ont fait comprendre que des mesures seront prises si l’état n’accède pas à leur demande de «ne pas retirer à la police cette mission quotidienne.»

synDicats

«On comprend leur desarroi. C’est carrément leur gagne-pain quotidien qui est en jeu», raillent les internautes sur Facebook. Les syndicalistes ne le conteste même pas. Alphonse Randriamihamina, secrétaire général du syndicat l’admet : «le salaire brut du policier ne fait pas vivre. Voilà pourquoi certains policiers cèdent facilement à la tentation.» Sous couvert de l’anonymat, un brigadier de la route confie que lorsque les taxi-­­­be en charge du transport public vont passer leur visite technique, un policier perçoit au moins 1000 Ar par véhicule. «C’est ainsi que nous arrondissons nos fin de mois», assure-t-il. Notre confrère de l’Express de Madagascar, Garry Fabrice Ranaivoson rapporte même des cas de flagrant délit, récemment constaté sur deux agents de police et deux gendarmes par le premier Ministre Ntsay Christian lui-même, sur les routes d’Antsiranana. La décision de suspension prise par le gouvernement était pourtant déjà effective au moment des faits.
Les responsables étatiques ne se laissent pas démonter. «Les syndicats ne sont pas la police nationale. Les décisions prises au niveau du département ne se font pas en fonction de leurs déclarations. La suspension provisoire de la mission de la police de la route est celle du gouvernement et elle a pour objectif d’endiguer la corruption au niveau de la police nationale. Il appartient au ministre et à tous ces collaborateurs de mener à bien cette mission», déclare le commissaire principal Ainanirina Dina Estel, directeur de cabinet du ministre de la Sécurité publique. Le gouvernement lui-même a réitéré sa décision lors du dernier conseil des ministres mercredi et souligne qu’il s’agit bien d’une suspension provisoire de la mission de la police et non d’une suppression. «Il n’a jamais été question de remettre en cause le pouvoir de verbalisation reconnu aux missions de la police», est-il assuré dans le communiqué du conseil de gouvernement. Le premier Ministre et son équipe se donne du temps pour remettre les choses à plat et opérer ainsi à la mise en œuvre d’une réforme.
«Dans l’état actuel des choses, avec ou sans police de la route, le résultat est le même de toute façon», constate Mahefa Rakotonarivo, étudiant et usager des transports en commun, mais aussi témoin passif des pratiques policières sur son trajet pour se rendre à son université. Les charrettes à bras circulent sans papiers légaux et empruntent en toute quiétude les sens interdits. Des familles de trois et même quatre membres circulent à moto sans casque, au vu et au su des policiers de la route. Des véhicules d’un autre temps, servant pour la plupart de taxi roulent dans les rues de Tana sans qu’ils soient inquiétés. Lors du dernier rapport du sondage d’Afrobarometre sur la perception de la corruption à Madagascar, sorti au début de ce mois, le corps policiers, avec celui des juges ainsi que les politiciens, tiennent le haut du pavé.

Le premier Ministre et son équipe se donne du temps pour remettre les choses à plat et opérer ainsi à la mise en œuvre d’une réforme

Rondro Ramamonjisoa