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Grand Sud de Madagascar – Adduction d’eau

L’annonce du chef de l’État de la mise en place d’un pipeline long de 225 km dans le Grand Sud pour résoudre l’insécurité alimentaire a été accueillie avec enthousiasme. Mais le scepticisme concernant la région n’a pas disparu pour autant. L’histoire de l’adduction d’eau dans le sud est un eternel recommencement

Andry Rajoelina enclenche la vitesse supérieure. En visite dans le grand sud, le président de la Républque en a profité pour effectuer un appel éclair à l’endroit des partenaires internationaux afin de répondre à l’urgence humanitaire dans cette zone de la Grande île.
Le Chef de l’État, accompagné par une grande partie des membres du gouvernement, s’est rendu précisément à Beloha et Ampanihy. Deux localités du Sud du pays, représentatifs si l’ont peut dire, de cette région qui subit le plus durement les affres des aléas climatiques. Il s’agit pour le président de la République d’effectuer le suivi, avec les partenaires internationaux, des réponses à une première alerte humanitaire causée par la sécheresse, lancée l’année dernière.

eau salée
C’est également lors de cette descente dans le sud que le président de la République a annoncé la construction de deux cents forages mené en partenariat avec le gouvernement Chinois dans les régions Atsimo Andrefana et Menabe, et qui sera achevé au mois d’octobre 2019. Le chantier devrait démarrer en avril. Le Grand Sud sera ainsi doté d’un pipeline long de 225 km, permettant d’augmenter de 30 % l’accès à l’eau potable dans la région Androy, et de résoudre en grande partie le problème de l’insécurité alimentaire.
Le projet qui a débuté en 2016 permettra d’offrir de l’eau potable à environ deux cent mille personnes dans les deux régions concernées. Le montant total du budget alloué à ce projet s’élève à 29 millions d’yuan chinois, soit environ 4, 17 millions de dollars.
L’histoire de l’adduction d’eau dans le sud malgache est un éternel recommencement. Au milieu des années 90, avait confié à l’Express de Madagascar Aubin Zafisola, chef de service au niveau de la direction régionale de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène, le gouvernement japonais avait déjà financé la construction de forages. Ces derniers font aujourd’hui l’objet de réhabilitations co-financées par le Japon, l’Usaid et le gouvernement malgache, et mises en œuvre par l’Unicef. Ces pipelines vont permettre d’alimenter en eau, via des bornes fontaines installées dans les villages, les communautés traversées par le réseau Ampotaka-Tsihombe et Mandrare-Sampona. Une extension vers Faux-Cap, en partant de la commune de Soaramena, ainsi que l’instauration d’une nouvelle conduite entre Antanimalandy et Tsihombe sont aussi prévues. La partie littorale est celle qui connaît le plus de problème. Notamment en eau potable. L’eau est salée et est très difficile à consommer.
À Kopoky par exemple, petit village situé à deux heures de Beloha, il n’y a aucun point d’eau. En collaboration avec l’Unicef, le ministère de l’Eau et de l’assainissement approvisionne le village deux fois par semaine, à raison de 10 km3 le chargement. Cet approvisionnement est particulièrement destiné au Centre de récupération et éducation nutritionnelle ambulatoire pour la malnutrition aigüe sévère ou CRENAS. Lors des periodes de grande soudure, les gens se nourrissent exclusivement de raketamena et la décapitalisation, la vente de biens matériels comme les zébus, souvent à bas prix, s’opère. Heriniaina Rakotomalala, assistant technique volontaire auprès du fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), basé à Ambovombe, le constate. Dans ces cas, les écoles ferment même leurs portes.
Devant l’adversité, les habitants de la région choisissent de relativiser. « Ici les cyclones sont une bénédiction des dieux », plaisante le maire de Maroalomainty, petite commune située à près d’une heure d’Amboasary. Les précipitations sont faibles mais non dérisoires, expliquent les spécialistes de la région. La moyenne annuelle est comprise entre 500 et 1 000 mm. En comparaison, les Hautes-terres centrales reçoivent plus de 1 200 mm par an. « C’est le trop grand espacement des chutes de pluie conjugué à un ensoleillement excessif qui donne leurs spécificités au climat et à la végétation de l’Androy » , expliquent les techniciens.
L’insuffisance des précipitations durant la campagne agricole 2017-2018, couplée avec le phénomène El Nino, bien que de plus faible intensité, prévu se développer tout au long de cette année, fait craindre le pire. Les mois de janvier et février sont particulièrement à surveiller. Début octobre 2018, déjà, le Premier ministre Christian Ntsay est venu voir la situation sur le terrain. Il avait alors, fait égalemment appel aux partenaires et au secteur privé pour renforcer les réponses en cours. Des réponses multisectorielles ont été données pour faire face aux effets des aléas du climat. Depuis juin 2017, la situation humanitaire dans cette partie de l’île connaît une amélioration significative, mais rien n’est gagné.
Alors bientôt le bout du tunnel pour le deep south ? Les natifs de la région appellent surtout de leur vœux une meilleure coordination dans les actions entreprises par les gouvernements qui se succèdent. « Parfois, des projets empiètent les uns sur les autres », précise le chef de la région Androy, le lieutenant-colonel Michaël Randrianirina. « On ne sait plus combien de projets travaillent dans la région car ils sont très nombreux, dont ceux qui s’attèlent à l’adduction d’eau potable, à l’appui en alimentation, au contrôle de la santé et du développement des enfants, et tant d’autres », s’est plaint à l’Express de Madagascar un responsable opérant dans la région. Car les projets ont beau être nombreux, les habitants du sud ne sont toujours pas sortis d’affaire.

perennité
Accueillis naturellement par des commentaires enthousiastes, l’annonce du chef de l’État ne réussit toutefois pas à faire disparaître le scepticisme qui prévaut. Certains observateurs pointent du doigt le coût de l’installation et de l’entretien de ces infrastructures. Les habitants du sud devront s’attendre à débourser de l’argent en même temps que de beneficier des avantages, pour assurer leur pérennité. Un minimum de seuil de rentabilité est nécessaire pour que les installations ne tombent pas en panne et puissent assurer la consommabilite de l’eau.

Rondro Ramamonjisoa 

Editorial