Actualites alaune Politique

Présidentielle avant Noël – Hottes tensions

Des électeurs attendent une pluie de cadeaux

La Haute cour constitutionnelle, HCC, a validé les résultats officieux du premier tour de la présidentielle, publiés par la Commission électorale nationale indépendante, CENI. De l’électricité dans l’air entre Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana au second round décisif

Lavés de tous soupçons. Les membres de la CENI, en particulier son président Me Hery Rakotomanana, peuvent laisser échapper un ouf de soulagement. Les chiffres définitifs et officiels de la HCC les ont confortés dans leur conviction. Au début des décomptes des voix, ils étaient accusés par Me Hanitra Razafimamanantsoa, l’avocate attitrée de Marc Ravalomanana, d’avoir reçu de la part d’un candidat une importante somme d’argent. Sans le nommer, tout le monde a deviné à qui elle faisait allusion.

faussetés

Me Hery Rakotomanana, d’habitude débonnaire est sorti de ses gonds. En invitant l’accusatrice à démontrer les preuves de ce qu’elle avance. En fait, quand Andry Rajoelina a fait jeu égal avec Marc Ravalomanana dans les six arrondissements de la capitale, fief du « roi du yaourt » depuis son élection à la mairie en 1999, ses courtisans avaient peur que la locomotive du « TGV » l’emporte dès le premier tour. Dès vendredi matin, soit 48 heures après le début des dépouillements, un journaliste de MBS-Radio a affirmé que le quartier général de Marc Ravalomanana a pu réunir tous les Procès-verbaux des 24 852 bureaux de votes, et le candidat numéro 25 a gagné par 53 % des suffrages exprimés, laissant loin derrière lui Andry Rajoelina, crédité de 35 %.
Le camp de Marc Ravalomanana a ainsi programmé un meeting de remerciement de la population à la Place de la démocratie à Ambohijatovo, suivi d’une auto-proclamation, comme président de la république. Comme ce fut le cas le vendredi 22 févier 2002 où Marc Ravalomanana a refusé d’en découdre avec Didier Ratsiraka au second tour, suivant la décision de la HCC. Un coup d’État qui a mis en péril l’intégrité du territoire national par la création des États fédérés par des officiers généraux et supérieurs côtiers soutenant Didier Ratsiraka, s’estimant être dans la légalité constitutionnelle eu égard au verdict irrévocable de la HCC.
Cette fois-ci, la ferme mise en garde de Ramtane Lamamra à son encontre, « moniteur » envoyé par l’Union africaine pour accompagner le processus électoral malgache, a dissuadé Marc Ravalomanana et ses irréductibles fanatiques radicalisés à franchir un nouveau palier dans l’escalade politique. Et au fur et à mesure que la CENI égrenait les résultats à une vitesse de tortue, la tendance vers la tenue d’un second tour s’est affinée. Un scénario qui convient mieux à Marc Ravalomanana, tout heureux d’arriver second, loin devant le président sortant Hery Rajaonarimampianina. Me Hanitra Razafimanantsoa n’a pas jugé utile de s’excuser auprès de ceux qu’elle a incriminés à tort. Marc Ravaloamanana est allé jusqu’à retrier ses 208 requêtes déposées à la HCC.
Par la suite, Andry Rajoelina, avec des cas précis, a remis en cause la fiabilité du logiciel utilisé par la CENI. Sans trop de succès non plus. Car la tenue d’un second tour a été déjà « programmée » par la communauté internationale. Bien avant que ne tombe le couperet de la HCC, l’Union européenne, par le biais de son ambassadeur Giovanni Di Girolamo a offert un chèque de 1 110 000 d’euros au basket fund de la SACEM, la caisse « de résonance » de la CENI. Et cette dernière a lancé une invitation intitulée « Partage d’information sur les préparatifs du second tour de l’élection présidentielle », 24 heures avant l’audience solennelle de la HCC. Les dés étaient pipés, il était inutile de croire à un miracle sorti des urnes.

le face-à-face final fait craindre
le pire car il doit opposer deux rivaux politiques
viscéraux

Mais le face-à-face final fait craindre le pire car il doit opposer deux rivaux politiques viscéraux. En 2007, par les persécutions perpétrées par Marc Ravalomanana, alors tout puissant président de la république, à l’encontre de ses entreprises de publicité, Andry Rajoelina décide de briguer la mairie de la capitale. Un pari fou pour les uns, un challenge hors norme pour les autres. Mais il a réussi à infliger un cuisant revers à Marc Ravalomanana, le jour de son anniversaire le 12 décembre. En battant par un score sans appel le candidat du TIM, soutenu par tous les ministres du gouvernement du général Charles Rabemananjara, PDS d’Antananarivo, en exercice, le malheureux Hery Rafalimanana. Alors qu’il a pourtant redonné à la capitale ses lustres d’antan et ses lettres de noblesse. Le temps d’accueillir avec fastes et dignité les Jeux des îles de l’océan Indien.
Une défaite électorale qui a longtemps laissé un goût amer en travers de la gorge de Marc Ravalomanana. Il a poursuivi les représailles en tous genres, visant à affaiblir le jeune maire, au lieu de l’aider à bien gérer la première ville du pays. Ainsi, pour le priver de fonds, Marc Ravalomanana a relégué la capitale au rang d’une commune rurale de deuxième catégorie. Ce qui a réduit, par exemple de façon considérable, le montant des impôts et taxes sur les propriétés bâties. Il a interdit aux membres du gouvernement du général Charles Rabemananjara, d’honorer la pose de la première pierre du futur Hôtel de ville. Guy Rajemison Rakotomaharo, président du Sénat et ancien PDS d’Antananarivo, a osé braver l’interdiction. Il sera défenestré du palais de verres d’Anosikely pour être remplacé par Ivan Randriasandratriniony au perchoir du Sénat. Aujourd’hui, c’est Lalao Ravalomanana et ses membres du cabinet à l’effectif pléthorique qui jouissent des bureaux neufs, spacieux et modernes de la mairie.

haine viscérale

Les animosités entre les deux protagonistes ont atteint leur paroxysme en décembre 2008 quand Marc Ravalomanana, dans ses dérives dictatoriales, a ordonnée la fermeture de VIVA-TV, coupable à ses yeux d’avoir diffusé une intervention à peine audible de Didier Ratsiraka depuis Paris. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase. La « Révolution Orange » est partie de la Place de la démocratie pour conquérir le pouvoir à Iavoloha, abandonné par Marc Ravalomanana le 17 mars 2009. Il s’agit ainsi d’une accumulation de frustrations chez les militaires et politiciens côtiers, humiliés par Marc Ravalomanana, qui ont trouvé en Andry Rajoelina leur sauveur inattendu et inespéré. La physionomie des choix des électeurs lors du scrutin du 7 novembre a abondé dans le même sens. Qu’en sera-t-elle le 19 décembre ? Le taux de participation ou d’abstention sera aussi déterminant de l’issue du scrutin. À une semaine de Noël, beaucoup d’électeurs auront l’esprit ailleurs.

Par Eric Ranjalahy