Editorial Opinions

Déclin précoce, retraite avancée

Des admirateurs du candidat Hery Rajaonarimampianina essaient de le consoler en lui rendant des hommages bien sentis. Le présentant comme un homme d’État digne de tous les éloges. Tout en cherchant des motifs
de satisfaction de son éphémère mandat. Mais l’a été-t-il durant son premier et peut-être dernier mandat présidentiel? Il a commis de nombreuses fautes politiques qu’il vient de payer cash au scrutin du 7 novembre par son élimination dès le premier tour, avec un score indigne d’un président « en exercice » mais démissionnaire. Même le professeur Albert Zafy, frappé d’un empêchement précoce le 4 septembre 1996, a pu disputer le second tour de la présidentielle face au revenant Didier Ratsiraka. Et la perdre par 20 000 voix des suffrages exprimés. Un écart trop minime pour être significatif avec un taux de participation famélique de 20 %.
La première grosse mauvaise appréciation de sa part aura été cette volonté de rompre avec le passé. Il s’agit en fait d’effacer les tablettes de l’histoire la période transitoire qu’il a bien servie comme brillant ministre des Finances et du budget.
Il a eu le satisfecit des bailleurs de fonds sur la gestion des dépenses publiques. Même aucun partenaire financier n’a soutenu de façon officielle le régime transitoire. Et grâce à qui il a pu se faire un nom et prénom pour devenir ce qu’il allait être. Avec un surnom sur toutes les lèvres. Ses proches conseillers ont tout fait pour l’éloigner d’Andry Rajoelina. Alors que ce dernier, avec le Mapar, disposait 49 députés à l’Assemblée nationale. Ignorer et persécuter ses proches collaborateurs était-elle la meilleure des stratégies dans une république semi-parlementaire?
Et ses premiers ennuis vont apparaître dès la nomination du Premier ministre. Il n’a pas voulu suivre la lettre et l’esprit des dispositions de l’article 54 de la constitution, stipulant que la présentation du nom du Chef de gouvernement revient au parti au groupe de partis ayant la majorité. Un long débat infructueux s’est développé autour de cette notion de majorité. Induit en porte à faux par les fausses interprétations faites par Jean Eric Rakotoarisoa sur le cas d’espèce, Hery Rajaonarimampianina a fini par « choisir » Roger Kolo comme chef du gouvernement. La même voie extraconstitutionnelle a été adoptée pour placer à Mahazoarivo le général de brigade aérienne Jean Ravelonarivo et Olivier Mahafaly.
Roger Kolo n’a pas tardé à montrer ses limites. Non-maîtrise de la langue maternelle lors de la présentation du programme de gouvernement devant des députés médusés, et surtout une prévision utopique de croissance économique, en termes réels du Produit intérieur brut, PIB, de 7,5 % en six mois. Même les dragons asiatiques du temps de leur « émergence » n’ont pas atteint un tel niveau de performance. De passage au pays pour prendre contact aux nouveaux dirigeants, Andris Pielbags, commissaire européen au développement, a ironisé par des termes diplomatiques bien choisis cette « imagination » de Roger Kolo. Comment y parvenir après quatre années de crise politique qui ont laminé tous les secteurs nourriciers de l’essor économique? Roger Kolo sera victime d’un complot du palais, manigancé par Rivo Rakotovao, président national du HVM.
Mais son successeur, le général de brigade aérienne Jean Ravalonarivo, va aussi connaître un triste sort. Soupçonné par les conseillers à la présidence de la république de soutenir en sous-main la motion de requête en déchéance du Chef de l’État déposée par des députés, toutes mouvances politiques confondues, à la Haute cour constitutionnelle, HCC , il a été éjecté par l’hublot. Il a démissionné à son insu. Une situation rocambolesque, ubuesque confirmant le profond malaise au sein de l’Exécutif. Alors que les frondeurs de l’Assemblée nationale ont reproché à Hery Rajaonarimampianina son adhésion aux résolutions des Assises nationale de réconciliation, une concertation ne jouissant pas la moindre légitimité. Des résolutions indécentes qui ont exigé la dissolution de toutes les institutions, à commencer par la Chambre basse du Parlement.
Pour remplacer le « partant », Olivier Mahafaly a été la solution toute indiquée. Ministre de l’Intérieur et de la décentralisation, administrateur civil aux compétences avérées, il a offert sur un plateau d’argent au HVM, la majorité absolue au Sénat par le jeu des grands électeurs où le parti présidentiel a raflé pas moins de 1000 communes aux municipales. Dans la logique du HVM, il devait conduire au second mandat présidentiel de Hery Rajaonarimampianina en muselant ses principaux adversaires par une mainmise totale sur les rouages de l’Administration.
Mais ce calcul a été faussé par les événements du samedi 21 avril sur la Place du treize mai. Les « 73 députés pour le changement » voulant faire des « rapports d’activité » à la population tananarivienne, ont été empêchés par des éléments des Forces de l’ordre d’investir le Parvis de l’Hôtel de ville. Mais au bout d’une demi-journée de bataille rangée, les insurgés ont pris le dessus. Les manœuvres du HVM visant à ’étouffer dans l’œuf toute manifestation publique, considérée comme des actes de déstabilisation, viennent d’être démantelées.
Les meetings deviennent journaliers du moment que le préfet de police d’Antananarivo, le général Angelo Ravelonarivo ne s’y opposait plus. Les « 73 députés pour le changement » ont sensibilisé les citoyens sur l’adoption dans le chaos, sur fond de corruption, des projets de lois organiques des élections, par la majorité « fictive » acquise à la cause du régime. Encore une fois, l’idée de « monter » un groupe parlementaire à l’Assemblée nationale a joué un mauvais tour à Hery Rajaoanarimampianina.
Car, les révoltes du 21 avril allaient déboucher sur la nomination d’un Premier ministre de consensus, Christian Ntsay, et un gouvernement du même type. Suivant les obligations de la décision numéro 28 du 25 mai de la HCC. L’esprit de l’article 54 de la constitution a été honoré. Le « Plan Olivier Mahafaly » tombait à l’eau.
D’autant que Christian Ntsay a imposé la neutralité de l’Administration avant,
pendant et après les élections. Le HVM a été privé de son arme favorite : le recours de façon abusive aux prérogatives de puissance publique. Une des explications de la déroute électorale du président… sortant.

par Eric Ranjalahy