Dossier

Polémiques pestilentielles – Les ordures inondent les débats

L’insalubrité de la capitale fait son entrée dans les débats de la joute présidentielle. Elle devient un objet de passe d’armes entre les camps des candidats provisoirement qualifiés pour le second tour

Une aubai­ne. En attendant le verdict de la Haute cour constitutionnelle (HCC), les deux camps provisoirement qualifiés pour un éventuel deuxième tour s’activent pour rester sous les feux des projecteurs. Chacun met en avant ses points forts et s’engouffre dans les failles de son adversaire.

politisées
La question de l’insalubrité, depuis quelques jours, s’infiltre dans les échanges passionnés entre les camps des candidats Marc Ravalo­manana et Andry Rajoelina. La déclaration du candidat numéro 13, à Ambohima­narina, lundi, a déchainé les contre-attaques de son vis-à-vis. Le porte-étendard des Oranges a annoncé qu’il comptait organiser une Haute intensité de main d’œuvre (HIMO), pour enlever les ordures.
Le favori du parti Tanora Malagasy vonona, semble vouloir capitaliser l’amoncellement des ordures dans la capitale pour prendre de l’avance sur son adversaire. Une intention qui a, visiblement, piqué au vif l’orgueil du candidat Marc Ravalo­manana. À cinq heures du matin, des journalistes ont reçu un appel téléphonique leur indiquant que les hauts responsables et ceux chargés de l’assainissement d’Antananarivo allaient se réunir à la mairie, à Analakely, à 7 heures du matin.
À l’heure donnée, c’est Marc Ravalomanana himself, reprenant son dossard de conseiller spécial du maire de la capitale qui mène les débats. La réunion à laquelle étaient invités les journalistes a été tenue sur le parking de l’hôtel de ville. Fortement remonté, le conseiller spécial de la première magistrate de la ville des Mille qui se tenait à ses côtés a décrété que les camions de la commune urbaine d’Antana­narivo (CUA), seront mobilisés pour la collecte des ordures.
L’insalubrité de la capitale est une faille béante dans la gestion de la capitale par le parti Tiako i Madagasikara (TIM). Outre l’Exécutif avec Lalao Ravalomanana, maire d’Antananarivo, et son époux, qui lui sert de conseiller spécial, candidat à la présidentielle présenté par le TIM et accessoirement président national de cette formation politique, le conseil municipal est dominé par cette formation politique.
Ces détails sont martelés à souhait par les Oranges depuis quelques jours. Ces derniers n’hésitent pas à s’engouffrer dans la brèche des défaillances dans la gestion de la capitale pour souligner « les limites du parti TIM ». Durant la bataille électorale pour la conquête de la capitale, le camp Ravalomanana a eu pour ambition de démontrer par sa gestion de la ville des Mille, son savoir faire en matière de gouvernance et de développement.
Le pari n’est, visiblement, pas gagné pour le TIM. Dans une contre attaque, Marc Ravalomanana a mis en avant des blocages politiques, lundi, devant la presse. Un point qu’il a nouveau soulevé, hier, durant la réunion de staff en plein air de la CUA. Le candidat numéro 25 est allé jusqu’à fustiger Roland Ravato­manga, ministre de l’Eau et de l’assainissement, hier. La société chargée de l’enlèvement des ordures est rattachée à ce département. Ce membre du gouvernement est, pourtant, l’un de ses lieutenants au sein du TIM.

Imbroglio
Le porte-fanion du TIM à la présidentielle, accable, également, le chef de l’État par intérim ainsi que le Premier ministre. Au début du mois, la société SAMVA, chargée de la collecte des ordures dans la capitale, s’est vue dotée d’une vingtaine de nouveaux camions bennes. Des problèmes de paperasses empêcheraient encore l’utilisation de ces véhicules.
Le locataire de Maha­zoarivo est aussi une des principales cibles des fidèles du candidat Ravalo­manana comme à l’origine du blocage, au motif, notamment, qu’il a été présenté par le camp Rajoelina. En réponse aux assauts, la primature a publié un communiqué de presse pour démentir toutes les accusations contre le chef du gouvernement, comme le fait qu’il serait à l’origine du blocage causant l’insalubrité de la capitale. Mahazoarivo déplore « une campagne de désinformation ».
La gestion des ordures a toujours, été un des nœuds gordiens dans la gouvernance d’Antananarivo. En cette période électorale, le sujet prend une dimension éminemment politique. Surtout que la conquête d’Antananarivo sera hautement stratégique durant le deuxième tour de la course à la magistrature suprême où chaque voix comptera.

 

 

 

 

 

Garry Fabrice Ranaivoson